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Flore A.
37 abonnés
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2,0
Publiée le 28 février 2014
Une belle utilisation des bruits, de belles images, une chronique sociale assez cruelle de la middle classe brésilienne. C'est assez loin de la société française donc il y a un intérêt documentaire mais j'ai eu aussi du mal à m'identifier et à vraiment m'intéresser à cette histoire, notamment à cause des longueurs.
On ne peut qu’être reconnaissant à Survivance, le distributeur, d’avoir repéré cette pépite et vouloir la diffuser auprès des spectateurs. Mais 9 salles France (et même pas en exclusivité : juste une ou deux séances par jour, quand ce n’est par semaine !) là, on croit rêver. Evidemment, sortir en même temps que le mastodonte "Supercondriaque" qui truste la moitié des écrans disponibles (836 copies), laissant le reste aux autres poids-lourds de la semaine (en vrac : "Non Stop", "The Grand Budapest Hotel", "Un été à Osage County" et "Terre des Ours" – quels que soient leurs mérites respectifs), c’est un peu mission impossible. Il est vraiment temps que les pouvoirs publics se mêlent de ce problème de l’accès aux salles et régulent un tant soit peu un système qui ne favorise que les gros bouzins et décourage la curiosité. Sérieux, quelles chances a "Les bruits de Recife" de rencontrer son public ? C’est d’autant plus injuste que ce premier long-métrage du brésilien Kleber Mendonça Filho est une merveille de film. Aussi singulier, aussi enthousiasmant qu’un "Oslo, 31 août", par exemple. Une exploration quasi organique de l’espace de la ville où, travaillant à la fois sur ce qui est montré, perçu ou seulement deviné, le réalisateur exarcerbe petit à petit le sentiment de claustrophobie et rend sensible la paranoïa croissante des habitants. Cette proposition de cinéma, cette manière absolument inédite de composer avec le hors champ et la matière sonore, impressionne pour longtemps. Elle méritait évidemment mieux que cette sortie étriquée, cette aumône dérisoire (putain, 9 salles, j’en revient toujours pas !) que lui font les exploitants français.
Chef d'oeuvre d'une grande subtilité, tout à la fois sur le fond et la forme. Ce film transgenre ne ressemble à rien de connu. Ne nous y trompons pas, la langueur, voire l'ennui décrit et qui peut nous gagner, maintient ingénieusement tous nos sens dans une attente diffuse, imperceptible, nous surprend puis nous renvoie vers une incertitude toujours à l’affût, pour nous saisir à nouveau. Jusqu'au feu d'artifice... et je n'en dirai pas plus.
Voici enfin la sortie en salle ce mercredi du film de Kleber Filho Mendoça "Les bruits de Recife" (O Som ao Redor).
Le film qui a été très bien accueilli par la presse internationale met en scène une (des) histoire(s) de voisinage dans le quartier de Setubal à Recife, dans le nordeste du Brésil.
Petits échanges entre amis/voisins et point de départ d'un scénario ultra-précis qui va permettre d'aller explorer bons nombres de thèmes viscéraux de la société brésilienne actuelle : angoisses urbaines, castes sociales, peur de l'autre, réminiscences sucrières, d'un passé qui agit sur des temps actuels comme la radioactivité sur la matière...
On n'a que trop peu ou rarement vu au cinéma, ces dernières années, d'efforts sur le travail fait de mise en scène, entre précision et adéquation du son et des images.
O Som Ao Redor propose sur ces aspects un univers très cohérent qui tranche avec ce qui a déjà pu être vu ou fait en la matière.
Le support sonore et visuel est complètement en phase avec le propos du film, via une bande son qui exploite brillamment les mouvements possibles de la caméra mais aussi ses limites, notamment dans les interstices où elle ne peut s'immiscer (entre immeubles gardés, coursives sans perspective et fenêtres barreaudées) pour suggérer l'indicible et parfois en hors-champ laisser présager du pire.
Les bruits de Recife naviguent à merveille dans un environnement urbain anxiogène dont la verticalité des constructions marque une société brésilienne qui ne cesse de fantasmer de tours toujours plus hautes.
Et c'est peut-être là où réside la force du film, le son traverse tous ces espaces clos et va au-delà de ce qui peut être montré.
Expérience sensorielle garantie pour ceux qui connaissent et/ou ont eu la chance de vivre un moment à Recife, en cinémascope immersif, la pellicule rappelle aussi dans le moindre détail ce qui caractérise Recife.
Merci au réalisateur et à l'équipe du film pour ce bol d'air cinématographique. Espérons donc que ce long métrage sera le début d'une grande série.
Abstrait, métaphorique et hyperréaliste, ainsi se présente Les bruits de Recife, le premier long-métrage de Kleber Mendonça Filho, très remarqué dans plusieurs festivals internationaux et représentant le Brésil dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger. Le film se passe entièrement dans une rue de cette grande ville du nord du Brésil et décrit quelques scènes quotidiennes de la vie de ses habitants, membres d'une classe moyenne relativement aisée et de ses rapports avec sa domesticité. Les bruits de Recife s'appréhende comme une oeuvre qui traite des inégalités sociales avec un écart qui se creuse de plus en plus et de la violence sous-jacente qui rend chacun paranoïaque et de plus en plus obsédé par la sécurité. Le réalisateur a énormément travaillé sur l'espace et surtout les sons, qu'il rend inquiétants, renforçant un persistant sentiment de claustrophobie. Ceci posé, si le film a beaucoup d'intentions et d'idées, celles-ci ne trouvent pas suffisamment de prolongement sur l'écran, dans le sens où ces tranches de vie, plutôt banales, si on ne capte pas leur charge électrique, forment un puzzle dont la finalité est d'une subtilité qui n'a absolument rien de spectaculaire et n'est pas loin, parfois, de susciter un ennui poli.
Dans une mise en scène à la fois tranchante et tendre, le film exhume les spectres d'un passé qui ne passe pas. Un coup de maître d'un réalisateur qui cite, sans hiérarchie, comme influences à la fois Countiho et Carpenter. Soit l'acuité documentaire mêlée à un sens inouï du suspense.