Ce film est divin. Tout d'abord et évidement parce qu'il est servi par deux acteurs d'exception et un réalisateur de génie, une mise en scène troublante, une photographie splendide. Et comme si ça ne suffisait pas, il s'agit d'une adaptation de pièce de théâtre (de David Ives) elle même adaptée d'une oeuvre de poids de la littérature du XIXème (de Sacher-Masoch) sur un sujet dont on s’aperçoit de plus en plus qu'il est un sujet majeur de la philosophie et de la psychologie moderne.
Ce film fait appel à vos colères, vos engagements, vos idées, vos convictions... Tour à tour, les comédiens vous révoltent, vous séduisent, vous perturbent, vous touchent, vous excitent, vous énervent, vous font rire, pleurer (bander aussi)... et réussissent totalement à vous convaincre qu'en plus de leur jeu, rien n'est plus vrai qu'une relation amoureuse basée sur la domination et la soumission, alors que ça n'était absolument pas votre conviction. Leurs bouches articulent à l'instant précis les propos qu'il fallait tenir, ceux qu'on aurait eu envie de dire nous même pour leur répondre ("Je ne sais même plus où je me trouve à cet instant" lancé par un Amalric hypnotisé est bluffant de perfection)...
En un mot, le spectateur n'est pas voyeur dans ce film... il est esclave soumis.
Alors oui, c'est polémique et parfaitement rétrograde, c'est archaïque, mais comme tous les sujets profonds le sont après tout. Mais pour peu qu'on soit assez intelligent, on s’aperçoit qu'il ne s'agit pas de traiter du rapport homme/femme, mais plutôt des rapports humains. Qu'il ne s'agit pas de misogynie, mais d'illusion, qu'il ne s'agit pas de perversion, mais de théorie... et au final que la soumission est une domination etc... Pour ceux qui veulent réfléchir sur ces sujets là, grand bien leur fasse. Pour ma part, je me suis soumis à ce film avec bonheur et j'ai pris les coups de cravache avec un plaisir inattendu qui (comme de tous les bons films) m'a permis finalement d'en apprendre bien moins sur le monde que sur moi-même.