L'Invention de Morel
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soniadidierkmurgia

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4,0
Publiée le 3 septembre 2026
« L’invention de Morel » est une petite perle du roman fantastique écrite en 1940 par l’écrivain argentin Adolfo Bioy Casares dont il s’est dit qu’Alain Robbe-Grillet et Alain Resnais se seraient inspirés pour concevoir la structure narrative de leur chef d’œuvre du film surréaliste « L’année dernière à Marienbad » (1961). Allégation démentie par les deux hommes dans les colonnes des Cahiers du Cinéma lors d’un entretien mené par André S. Labarthe et Jacques Rivette. En 1967, le roman étant réputé difficilement adaptable à l’écran, la deuxième chaîne de l’ORTF tente le pari en produisant un téléfilm réalisé par Claude-Jean Bonnardot et scénarisé par Michel Andrieu tous deux ayant fait l’essentiel de leurs carrières à la télévision. La première diffusion aura lieu le 8 décembre 1967.
Après une introduction plutôt brumeuse, le téléspectateur un peu désorienté finit par comprendre que Luis (Alain Saury) est un évadé de prison ayant trouvé refuge sur une île au large de l’Amérique du Sud réputée déserte depuis que plusieurs personnes y ayant séjourné soient mortes d’un mal mystérieux. L’île recèle une grande villa pouvant s’apparenter à un musée privé, plusieurs toiles de maîtres recouvrant ses murs.
spoiler: Luis se croyant seul occupe la villa mais un matin il découvre un groupe d’individus visiblement d’extraction très bourgeoise et semblant venir de la Belle Epoque (l’action se déroule en 1935). Les intrus plutôt frivoles vaquent à leurs occupations ludiques avec comme hôte un nommé Morel (Didier Conti) au tempérament autoritaire et parfois inquiétant. Après huit jours de séjour comme par enchantement, le groupe semble avoir disparu. Mais il réapparait quelques jours plus tard, chacun de ses membres répétant au millimètre gestes et paroles. De plus aucun d’entre eux ne semble remarquer la présence de Luis qui comprenant qu’il ne pourra sans doute s’évader de l’île, tombe amoureux de Faustine (Juliette Mills) avec laquelle il ne peut entrer en contact. Le même phénomène se répétant à intervalle régulier, Luis finit par en connaître tout le contenu parfaitement. Ses recherches l’amènent à mettre à jour l’invention incroyable de Morel qui réservera bien d’autres surprises.

Le téléspectateur est alors transporté au cœur d’une intrigue complètement fascinante où l’auteur semble s’interroger sur les réels bienfaits du progrès technique dont en 1940 certains commencent à percevoir les travers avec une certaine inquiétude là où moins d’un siècle plus tôt un Jules Verne écrivant ses romans d’aventures et de science-fiction alors que la Révolution Industrielle battait son plein, s’avérait être un optimisme convaincu sur le sujet.
Le jeu des acteurs un peu robotique pourra surprendre voire rebuter, sans aucun doute inspiré de celui prôné par les tenants d’une Nouvelle Vague encore très influente bien que son déclin soit déjà amorcé en 1967. Paradoxalement celui-ci par son aspect désuet et désincarné renforce encore le mystère autour de cette troublante invention qui pour le coup rappelle à son tour « L’année dernière à Marienbad » sorti sur les écrans seize ans plus tôt. Le téléfilm avec quelques autres du même acabit sont regroupés dans une série de DVD édité par l’INA sous le vocable évocateur « Inédits du fantastique »
Zacco
Zacco

12 abonnés 1 critique Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 juin 2016
Bonnardot s'en tire admirablement bien, dans cette adaptation difficile du roman de Casares. Il arrive à retranscrire la complexité de la narration et nous offre ici et là quelques moment de pure beauté. L'ombre de Resnais rode partout dans ce film.
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