La véritable force du film est de nous faire oublier notre vie pendant plus de deux heures et demie pour nous plonger dans celle de cette petite famille américaine. Alors oui, les États-Unis ne sont pas la France et se retrouver dans ces personnages n'est pas toujours évident, les mœurs et les habitudes quotidiennes n'étant décidément pas toujours les mêmes
- recevoir un fusil de chasse pour ses 15 ans n'est pas commun, même s'il s'agit d'un héritage !-
Cependant, l'originalité osée et remarquable de filmer ces acteurs douze ans durant confère une sincérité, une crédibilité et un attachement incroyable à ces gens là. Ce ne sont plus des acteurs, mais des hommes et des femmes tout comme nous et c'est avec un plaisir coupable que l'on regarde évoluer les personnages, qu'on les voit vieillir et que l'on constate le tour que prend la vie de chacun de ces membres. Ce parti pris de garder les mêmes acteurs est une réussite très touchante et ce que Richard Linklater nous montre ici, c'est ces petits riens et ces grands tourments qui font que la vie est la vie, la nôtre et la grande. Il est surprenant de voir évoluer ce garçon, de la voir grandir, se poser les questions que tout le monde s'est posé à son âge, d'être nostalgique de certaines époques, d'être ému à ses idéaux, tendre quand il est perdu. Toutefois, son côté faussement marginal qui se dessine peu à peu chez lui, le tout dans une dimension temporelle extrêmement dilatée, menace de temps à autre de nous rendre indifférents à son sort, en tout cas moins concernés. Mais cela illustre le chemin qui se trace dans toute sa difficulté et le réalisateur revient à l'origine de chacun de nous, tout en simplicité, posant un regard à la fois tendre et implacable sur la société et le monde d'aujourd'hui. Certains reprocheront à « Boyhood » d'être trop lisse et simpliste, on ne peut pas vraiment leur donner tort mais de fait, si Richard Linklater décide d'accompagner son spectateur, c'est afin de lui faire poser un regard sur de petites choses, des riens du tout qui constituent la vie. « Boyhood » est riche de son vécu, émouvant et sincère. Et puis brusquement, le film arrête son parcours dans le temps, celui qui passe inexorablement et transforme chacun de nous, quand l'histoire, elle, ne peut que continuer. La caméra n'accompagnera plus la vie de ces êtres-là et s'arrête dans un flottement unique et si précieux : l'instant présent.