Criant de vérité, Still Alice est tout aussi dérangeant que tendre et, pour ça, Julianne Moore incarne son rôle avec justesse, si bien que je ne voie pas qui d'autre aurait pu le faire aussi bien. On assiste donc, impuissants, à la dégradation physique et morale d'une femme, mais aussi d'un couple, d'une famille et de toute une vie sociale, qui s'effritent peu à peu
jusqu'à leur quasi complète disparition puisqu'à la fin, seule la fille incarnée par Kristen Stewart, elle-même atteinte par la maladie, reste auprès de sa mère, qui semble abandonnée de tous, préférant se tourner vers la vie (avec mariage, enfants, etc.) plutôt que d'assister à la déchéance
. Forcément, l'ambiance est très lourde, il ne faut pas compter sur la moindre touche de légèreté pour faire passer la pilule, au contraire, l'heure est grave ; si grave d'ailleurs qu'on se demande bien quel est le propos, au final. Étaler la vérité au visage des novices ? Titiller la sensibilité des pouvoirs publics pour que la maladie soit davantage prise au sérieux ? Faciliter le travail des aidants ? Le parti pris des réalisateurs semble avoir été de dépeindre un portrait le plus juste possible et de laisser libre cours à l'interprétation des spectateurs, en restant dégagés de tout engagement politique ou social. Personnellement, je reste un peu sur ma fin, comme s'ils n'avaient fait qu'insinuer les choses sans jamais avoir osé les dire de peur de froisser quelqu'un. Mais quitte à réaliser tout un film sur le sujet et aussi bien présenter la maladie par une actrice principale de grand talent, autant qu'il y ait du fond. Peut être suis-je trop rabat-joie mais désormais le seul portrait ne me suffit plus, aussi qualitatif soit-il.