"Galveston" est un polar noir romantique intéressant sur bien des points mais globalement inabouti. C'est principalement au démarrage que le film pèche, balançant maladroitement la situation de départ
(le cancer de Roy, la présence de Rocky par hasard, le piège de Stan)
et offrant un premier tiers bien trop peu bavard et extrêmement long et contemplatif
(coïncidant avec la cohabitation incertaine entre le gangster et la prostituée)
. Par la suite, le scénario gagne en puissance au fur et à mesure que le scénario rentre de plain pied dans la psychologie des protagonistes
(Roy, mourant, qui commet une erreur en appelant Stan et reste profondément humain derrière un aspect rustre; Rocky, femme violentée qui a peur de l'abandon, a besoin de soutien et se dévoue pour sa fille (en bossant tard le soir))
, évite certains pièges
(pas d'amourette trop rapide entre les 2, Roy ne meurt pas en premier et en voulant sauver Rocky comme on aurait pu le penser)
, propose de solides twists
(la mort de Rocky, Rocky est la mère et non la soeur de la petite qu'elle a récupéré, elle a tué son beau-père, Roy survit à sa capture et se fait arrêter)
et une fin belle et symbolique
(Roy a vécu jusqu'à pouvoir dire la vérité à la fille de Rocky et il s'en va en pleine tempête rejoindre Rocky au paradis, représenté par la plage ensoleillée)
. Sur la forme, outre un rythme faible au départ, on peut dire que Mélanie Laurent est parvenue à restituer l'ambiance poisseuse de l'Amérique profonde
(le motel, la cabane au milieu de nulle part, les étendues désertes, la misère sociale)
par le biais d'une mise en scène soignée
(plans larges magnifiques; la caméra qui vole pendant la danse; le plan-séquence plutôt bien foutu en dépit de quelques passages moins précis (la caméra met 3 heures à passer derrière un bidon))
et d'une photographie somptueuse
(la lumière du soleil face à l'obscurité nocturne et ses tons de vert)
. Enfin, "Galveston" n'aurait pas son charme sans les prestations époustouflantes du charismatique Ben Foster et d'une Elle Fanning à fleur de peau. En bilan, il est dommage que le film peine à se lancer (contexte, rythme, dialogues, le personnage de Stan), car "Galveston" a des choses intéressantes à raconter dans sa dernière heure et bénéficie aussi bien de son casting que de la qualité de la réalisation et du visuel.