TF1 a fait fort en nous proposant, une fois n'est pas coutume, une vraie bonne soirée TV un lundi soir. L'emprise, c'est l'histoire vraie d'une femme battue par son mari pendant 14 ans de sa vie, et le moins que l'on puisse dire, c'est que la réalisation est vraiment très réussie ! Réussi car il arrive à créer les deux sentiments qu'un tel film doit arriver à créer: l'émotion et la colère. Personnellement j'ai senti une révolte naitre en moi dès les premières images choc, et cela n'a fait qu'empirer au fur et à mesure des coups et des scènes presque insoutenables. Pourtant la violence n'est pas filmée totalement, mais nous avons toujours les images terribles après coup de cette femme tuméfiée, voir même de cette jeune enfant en fin de film. Un dégout profond nait pour cette homme violent, un dégout encore plus gros quand on se dit que ce genre de comportement monstrueux est bien plus présent que l'on ne veut le croire au sein de notre société. Les dialogues sont également particulièrement touchants de dureté. On y ressent cette peur intense et quotidienne, on y ressent aussi la peur et la compassion des différentes personnes qui gravitent autour de ce drame familial.
Ce film se veut également très complet et apporte certaines réponses à de nombreuses questions que tout à chacun est en droit de se poser, comme la traditionnelle: "Pourquoi n'a t'elle pas pris ses gamins et n'est elle pas partie avant?"
On y rencontre alors une femme touchante, qui, à l'aube de ses 18 ans, rencontre un homme, le premier de sa vie, dont elle va tomber littéralement sous sa coupe. La seule question que je me suis posé c'est "Pourquoi ne pas être parti après les premiers coups, assez rapides et d'une violence déjà inouïe?". J'ai eu l'impression du portrait d'une jeune femme qui cherchait tellement liberté, indépendance, et amour qu'elle était prête à tout pour vivre avec cette homme marginal qui possédait un certain charisme et qui, d'extérieur avait de quoi faire "rêver" une gente féminine en quête d'une nouvelle vie.
Par la suite, on découvre une femme prisonnière de sa relation, du mensonge, du chantage. Une femme qui affiche certes une grande faiblesse puisqu'elle n'ose rien, vit dans la peur, et ne cesse de se mettre à genoux lorsque son monstre de mari revient avec ses belles paroles et ses regards de chien battu.
Puis, enfin, ce film est aussi un message fort, un cri d'alarme envers notre société individualiste et envers nos structures sociales. Comme le dit le superbe plaidoyer de l'avocat général en fin de film, (plaidoyer très émouvant de Marc Lavoine dont je ne suis pourtant pas spécialement fan mais qui pour le coup m'a fait vibrer) c'est toute la société française qui doit se sentir coupable quand ce genre de drame arrive: l'entourage qui n'a pas le courage de s'interposer ou de faire bouger les choses (comme cette voisine qui se cache derrière son linge étendue alors que la jeune enfant l'appelle à l'aide), les forces de l'ordre qui ne font rien lorsqu'elles arrivent sur place, et SURTOUT, ce qui est pour moi le plus grave, cette assistante sociale qui n'offre qu'une nuit d'hôtel à une famille dont la mère est littéralement tuméfiée par les coups, sous prétexte qu'il n'y "a pas de places". Dans un pays où le social est tellement mis en avant, il serait peut-être bon de revoir certaines priorités et façons de faire, car avec les différents hébergements sociaux , d'urgences et les hôtels qui existent, ces victimes devraient pouvoir avoir le soutien nécessaire lorsque ces horreurs arrivent. Quelle honte de laisser cette femme (et combien d'autres?) livrées à elles-mêmes dans la rue ou contraintes de retourner à leur domicile...
De quoi donner une grande explication sur le terrible chiffre donné à la fin: 8 femmes battues sur 10 ne portent pas plainte. POURQUOI ?? L'élément de réponse est là. Pourquoi porter plainte quand il n'y a que peu de soutien et des condamnations ridicules qui permettront à ces sous-hommes de sévir encore et encore...
L'interprétation est également superbe, chapeau à tout les acteurs, même si nous pouvons sentir quelques limites chez les seconds rôles. Mais n'en tenons pas compte là n'est pas le plus important. Fred Testot m'a surpris également dans un tel rôle, et que dire de l'actrice principale... Quelle force dégagée.
Le film voulait choquer et passer un vrai message, je pense qu'il est passé. Je connaissais évidemment l'existence de ce genre de drame, mais le voir mis en scène aussi brutalement appuyé par ces chiffres, c'est une véritable prise de conscience. Faisons bouger les choses si un jour, cela s'impose sous nos yeux et nos oreilles.