OrelSan, c'est du rap. Du rap qui parle à tout le monde, d'abord parce qu'il aborde des thèmes hyper actuels, ensuite parce que ses chansons semblent poursuivre un cheminement entamé depuis pas mal de temps: qu'est-ce qu'on fait de sa vie à 30 piges? Pourquoi est-ce qu'on a du mal à se fondre dans la norme? Ce thème est excellent pour un film, on pourrait le développer, en faire une fresque morale, sociale à n'en plus finir. Mais là où un réalisateur aurait éparpillé du pathos, avec des gueules déconfites un peu partout, Orel (on a envie de l'appeler comme ça, c'est notre pote après tout) filme tout avec un extrême pragmatisme: ça passe pas par quatre chemins, ça va droit au but, les dialogues sont rarement inutiles, et on doit cette compréhension très fluide à l'expérience personnelle des Casseurs Flowters. En effet, on voit au début deux gars faire un clip dans la cuisine d'un hôtel avant que la caméra soit bousillée en tombant dans une sauce; leur réaction n'est pas celle de deux trentenaires dépressifs "on n'a que ça pour se divertir, qu'est-ce qu'on va faire?", absolument pas, au contraire ils se marrent, parce que c'est absurde, parce que les situations qu'ils nous présentent relèvent toutes d'un haut degré d'authenticité et qu'il vaut mieux rire de ses malheurs que s'en lamenter. Et cette énergie, ce sens pur de la dynamique nous happe pendant deux heures. Alors, certes on pourrait reprocher le fait que l'histoire se base sur un seul but: "faire un son pour demain, un son qui parle aux gens" mais étrangement, ce n'est jamais dérangeant. On voit les deux mecs dans un canapé, se demander "qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui?" avant de sortir, de boire, de se faire engueuler par leur père (une des meilleures chansons du film), de se faire descendre par leur propre égo, de parler avec leur petite copine, mais ça marche pas...alors ils errent dans le monde, et c'est là que le film atteint sa plus grande qualité: il parle à tout le monde! On a tous vécu une de ces situations au moins une fois, et on les voit se représenter devant nous, sans exagération, sans insistance. Quand on regarde Comment c'est loin, on ne cherche pas de qualité stylistique au niveau de la photographie, non, on cherche la vérité, les sentiments d'impuissance face à l'ennui ou la désorientation causée par une société toujours plus anxieuse d'être dans les normes. C'est généreux, c'est profond même, et les rares scènes de coup de gueule sonnent juste, et ce même si on a affaire à une comédie (plutôt amer sur le coup). C'est donc un film de potes qu'on voit là, mais pas un débile qui sort dix vannes pourries en une minute, un vrai film qu'on comprend, qui nous parle. Un film sur la jeunesse, pas celle qu'on idéalise avec des préjugés réchauffés, mais celle d'aujourd'hui.