À l'image des murs recouverts d'un nouveau papier peint qui tente d'oublier ce qui est vieux et dépassé, ce film d'animation manifeste d'une perte de connexion avec, non pas les légendes, mais son patrimoine culturel, sa mémoire et son histoire, d'une manière de faire et d'être qui se perd, et c'est sans repère que grandissent les nouvelles générations, plus primaires, plus égoïstes, ne prêtant plus attention à la nature et la culture de l'autre.
C'est ce que représente cet arc en parallèle avec ce restaurant qui tente de suivre les traditions, mises en danger par la modernité d'un monde en perpétuelle évolution, d'une jeunesse qui délaisse son héritage et n'a plus besoin de partage, le but étant de gagner, même si l'on est aveuglé.
C'est à l'image de cette belle dualité, complémentarité représentée pour ces frères si différents et similaires, où l'un préfère agir et partir en solitaire pour une noble cause, afin de sauver et changer le monde, là où l'autre préfère intervenir et interagir dans les petites choses anodines du quotidien, pour aider ne serait-ce qu'une seule personne. Si le premier se dénature lui-même par tous les sacrifices qu'il fait, perdant son identité, son humanité, c'est dans la création de la monstrosité que le second permet de révéler le pouvoir de la collectivité et de l'unicité.
Le combat des esprits est à l'image du combat rural final qui permet à tous de se réunir dans les festivités symboliques d'une nouvelle année, comme un rite de passage et d'hommage vers la compréhension et la réconciliation.
C'est une animation touchée par quelques moments de maturité, visuels et spirituels, grâce à cette relation fraternelle et à son héroïne qui est telle une étincelle, dernière lumière de cœur et de valeur dans un monde dans lequel le sens des choses n'a plus d'importance.
Atypique et sans prétention, ce film chinois mise sur son ambiance, ses clins d'œil à ses traditions, et qui, dans sa représentation et incarnation de la mythologie, pourrait se rapprocher du film de DreamWorks, Les Cinq Légendes.
Néanmoins, bien que ce soit plaisant et dépaysant, tout parait sans intensité, sans emotivité, avec des combats un peu bâclés, une intrigue simple et sans grand intérêt, avec les projets du méchant maire, et des personnages auxquels on ne s'attache pas complètement.
On pourra malgré tout noter que le film a subi quelques coupures et censures, réduisant la cohérence de l'intrigue et de ses personnages, et appauvrissant tout le rapport au folklore chinois.
De son titre originel Xiao Men Shen, on retrouvera des modifications scénaristiques, ainsi que sur l'état d'esprit même, avec par exemple l'un des frères qui se rebelle contre le règlement et l'autorité, totalement absent de la version d'origine, ou encore une relation amoureuse effacée. On a également une voix off rajoutée qui raconte l'histoire que l'on suit, apparemment trop difficile à comprendre, ainsi que l'ajout de blagues puériles et de dialogues pour ne pas laisser place au silence ou à l'émotion de s'installer. Le pompon revient aux musiques originales qui ont eu leur grand remplacement par des tubes de la pop culture qui changent complètement la tonalité du film, même la chanson Kung Fu Fighting fait tâche, et ce, sans oublier la référence aux Jedi.
Il est vrai que la notion des dieux et des esprits dans les pays de l'Extrême-Orient est moins compréhensible et accessible au public occidental, qui préfère favoriser le rythme et la dynamique d'une cool attitude assumée et ultra-référencée, même si c'est au détriment de l'identité et de l'authenticité culturelle et originelle de toute une nation, l'inverse exacte des valeurs véhiculées dans les films occidentaux.
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