Ouais. Euh. Quoi ? Non. Et pas non une fois : non toutes les fois possibles. A Beautiful Day, ou You were never really here, ou A Beautiful Day (You were never really here), confusion de titres qui en dit long sur le flou artistique de l'entreprise, n'est pas un film gentiment raté, ce n'est pas un nanar : c'est un foirage antipathique. Pourquoi ? Parce que personne n'aime se faire entuber. ABD est une arnaque multidimensionnelle. Une arnaque sur le plan esthétique, la réalisatrice se livrant à un exercice de style nombriliste incessant et totalement à côté de la plaque, donnant lieu à un flot frénétique et continu de scènes filmées comme il ne faut littéralement pas (voir les scènes d'"action"... répète après moi, copine : surprendre le spectateur ne nécessite pas de faire EXACTEMENT ce qu'il ne veut pas voir) (mention par ailleurs à une violence graphique radicale qui a sans doute donné à Ramsay l'impression de faire du cinéma audacieux). Une arnaque sur le plan scénaristique, ensuite, l'histoire du film, bricolée paresseusement par une "auteur" négligeant cette notion plébéienne de scénario, se caractérisant par une narration affreusement décousue (que tout ne soit pas expliqué dans un film ne nous dérange pas, les zones d'ombre peuvent contribuer à la réussite dramatique d'un film, mais là, c'est fait de telle sorte qu'on finit par s'en contrefoutre), des facilités énôrmes et une simplicité suicidaire – le prix cannois du meilleur scénario accentuant le dramatique de l'affaire. Une arnaque sensorielle enfin, notre oreille musicale ne sortant pas indemne de l'ignominie sonore qui fait office de bande originale (seul partie réussie : dans la partie Shining, vers la fin... qui dure trente secondes). Et au milieu de cette débandade, le pauvre Joaquin Phoenix fait tout ce qu'il peut en présence d'une réalisatrice à la ramasse : son Joaquin Phoenix. C'est-à-dire qu'il bouffe la scène, oui. Mais faut voir la qualité de la scène. A Beautiful Day est une anthologie de ce qu'un cinéaste indé doit éviter s'il ne veut pas passer pour un parfait connard aux yeux des gens normaux. En gros, c'est du cinéma qui se regarde filmer sans même le mériter, dénué d'une once de générosité et d'égard pour le public, à faire passer l'imbitable Only God Forgives de Refn pour un film de Zemeckis. Dans tous les cas, si réelle proposition de cinéma il y a, je ne l'accepte pas, du tout, jamais. Autant dire que le plumitif dégénéré du Times qui y a vu le "Taxi Driver du 21ème siècle", à moins d'avoir été grassement payé en sushis au thon, n'a rien compris au film de Scorsese, ni au cinéma, ni même à la vie, irais-je jusqu'à dire, et que la moyenne critique sur Allo, plus gros foutage de gueule depuis The Assassin, apporte de l'eau au moulin de The Square. En conclusion, Lynne Ramsay peut aller au Diable...