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Un visiteur
4,0
Publiée le 19 mars 2021
Javier Gutiérrez Alvarez, toujours plein de compétences, est un acteur qui sait être dans la performance. J'aime son côté froid et imperturbable, et son charme. Sans filtres, là où on a l'habitude de surtout voir et devoir supporter surtout du nichon, en veux-tu en voilà, lui, il n'hésite pas à nous montrer ses fesses, et le reste ; tout va bien tant qu'il nous pète pas dessus. J'apprécie aussi la nudité de la gardienne, sans filtres elle aussi. Et là aussi, on ne nous oblige pas à voir un corps de sirène de rêve aux formes normalisées, mais une masse de chair difforme mais féminine quand même, et ça, ça fait du bien, un corps que l'on s'attend plutôt à trouver dans l'atelier d'un grand peintre, espagnol, why not ? Le film est bien.
Rien d'exceptionnel, rien d'incroyable. Tout est finalement dit dans le sysnopsis, sans que les deux heures de visionnage apportent grand chose... Il y manque définitivement du relief. Pourtant, les vingt premières minutes laissent entrevoir un film de qualité en apparence, mais on est vite déçu par la suite, qui reste fade et sans profondeur... Tous les personnages, par ailleurs, sont grotesques, au point de ne pouvoir s'attacher à aucun d'entre eux - spoiler: l'exception reste la concierge, que j'ai trouvé sublime et remarquable, en plus d'être attachante. De plus, la comparaison entre la qualité d'écriture qu'il souhaite produire idéalement, et celle de sa femme, laquelle aurait eu un grand succès uniquement en écrivant de "la littérature de masse", n'a aucun sens : si la morale est d'écrire "con los corrones", force est de constater que le protagoniste n'arrive pas plus à écrire de meilleur roman, restant persuadé jusqu'au bout qu'écrire "una litteratura de verdad" signifie copier les dialogues existants dans la réalité. .. A croire que le réalisateur de ce film n'a pas une conception très profonde de ce qu'est l'écriture... Dommage.
Certains chantent sous la douche persuadés d'être un jour lauréat de The Voice et d'autres rêvent d'écrire. Tout le monde finalement se pense talentueux et frustré de ne pas voir son génie reconnu à sa juste valeur. Aznavour l'a bien décrit et l'obscur Alvaro, gratte papier chez un notaire pense mériter lui aussi le haut de l'affiche. Ecrasé par le succès littéraire de sa femme qui le trompe et le considère de surcroit avec un tantinet de pitié, il besogne depuis des années devant une page blanche qu'il n'arrive à remplir que de banalités. Leurré par son professeur de littérature, il décide enfin de poser ses " couilles sur la table" et de s'ancrer dans la banalité du réel de la vie de son immeuble pour trouver enfin la vraie littérature, une écriture vraie, dénuée de fioriture qui parle de l'humain dans toute sa splendide simplicité. Grisé par l'impression fallacieuse de maitriser l'authenticité de ses "personnages", Alvaro s'enfonce dans son délire et perd justement le sens de cette réalité qu'il s'efforçait de capturer à tout prix. Le rythme est lent comme peut l'être la venue de l'inspiration, le décor dépouillé comme une page blanche. L'acte d'écrire n'est pas anodin: s'il n'est pas maitrisé il peut rendre fou, il plonge dans l'intime, dans les délires et les paranoïas de l'auteur. Alvaro perd pied. L'histoire qu'il pensait dominer, le dépasse, l'écrase. Même anéanti, l'illusion créative le poussera encore dans les mêmes illusions, celles de tenir enfin son chef d'œuvre au bout de ses doigts. Un bon film sur les dérives du rêve que l'on caresse tous un jour; être un artiste.