En 1989, la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi obtenait la Caméra d'Or à Cannes pour Mon XXe siècle. En 2017, elle a décroché l'Ours d'Or pour Corps et âme. Et entre les deux ? Une poignée de films pas sortis en France (hormis l'obscur Simon le mage), un documentaire, un court-métrage et une série télévisée. Bref, pas vraiment une carrière à la hauteur de l'immense talent dont elle fait montre dans son dernier film. Corps et âme est une comédie romantique mais on en a rarement vu, pour ne pas dire jamais, de cette qualité et de cette originalité. Le mieux est d'ailleurs d'y aller sans connaître quoi que ce soit de son scénario. Il suffit de savoir qu'il s'agit d'une histoire d'amour entre deux handicapés sentimentaux, que la majeure partie du film se passe dans un abattoir (pas bien romantique pourtant), qu'on y voit un cerf et une biche dans une forêt enneigée, que les rêves y tiennent une grande importance, voilà tout. Poétique, surprenant, allégorique, magique, burlesque, Corps et âme est tout cela à la fois. C'est aussi un film qui montre avec pertinence le monde du travail, ses dysfonctionnements et ses compromissions, et qui fait par ailleurs singulièrement réfléchir sur la façon dont sont traités les animaux destinés à nous nourrir. Mais cela reste avant tout un hymne à l'amour et au rapprochement des âmes. A son scénario, admirablement écrit, répond une mise en scène inventive et fluide. L'un des plus beaux films de l'année, ni plus, ni moins, qui mériterait de faire plusieurs millions d'entrées dans les salles françaises. Et l'Oscar du meilleur film étranger ? Absolument, aussi !