Nostalghia
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anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 17 mars 2018
Je n'ai pas spécialement compris ce film au niveau de ses codes et la façon dont il délivre son message.
Peut être est-il un peu prétentieux de vouloir prétendre saisir la plénitude de ce film dans un certain milieu du cinéma indépendant, j'entends par la que beaucoup s’extasient devant ce film en y dégotant mont et merveilles, comme une sorte d'appropriation de vérités personnelles, ce qui semble assez être le paroxysme de la critique.
Je ne suis pas certain qu'il soit nécessaire d'intellectualiser le film pour un extirper une essence pompeuse au final révélatrice d'une certaine vision trop élitiste de ce type d'oeuvre.
Ce n'est pas du mauvais cinéma, il y a de belles choses, c'est un film intéressant et spécial, mais le problème réside dans le fait que il ne doit pas être interprété selon des visions strictes, ce qui est le cas (souvent) et pose un dilemme.
peter W.
peter W.

57 abonnés 1 137 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 14 mars 2018
Je mets la moyenne pour le formalisme de la réalisation, certains scènes sont superbes. on retrouve même des passages qui font penser à Stalker mais si pour ce dernier j'étais arrivé à me faire ma propre idée sur le scénario, ici je reste largement dans le brouillard. critique certifiée conforme
 Kurosawa

677 abonnés 1 509 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 janvier 2018
Les films d'Andreï Tarkovski ne sont pas des plus optimistes, et "Nostalghia" est l'un de ses plus désespérés. Comme le cinéaste, son personnage est en exil dans une Italie embrumée, atteint de nostalgie – à comprendre ici au sens de "maladie mortelle" – et plonge dans une crise existentielle irrémédiable. Loin de coller au point de vue d'Andreï, le film lui oppose l'espoir d'un fou pensant encore sauver le monde. En effet, Domenico demande à l'exilé de traverser la piscine vide de son hôtel en tenant une bougie à la main, sans que celle-ci ne s'éteigne. Le geste est à la fois dérisoire et incompréhensible mais sera pourtant tenté par Andreï lors d'une séquence finale éblouissante, peut-être le sommet du cinéma de Tarkovski. Loin de sa Russie natale, le cinéaste retranscrit ce sentiment d'un monde qui s'enflamme et, qu'on croit encore ou non en lui, la mort est inévitable : face à l'indifférence des hommes, ne reste plus qu'un dernier cri de révolte, un ultime souvenir avant l'apocalypse. L'expérience est exigeante, parfois aride, mais vaut le coup d'être vécue, rien que pour son final bouleversant.
Bernard D.
Bernard D.

131 abonnés 613 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 décembre 2017
Dans le cadre de la rétrospective consacrée à Andreï Tarkovski, j’ai vu son avant-dernier film « Nostalghia » sorti en 1983. Ce film étant le plus autobiographique du cinéaste, une petite note chronologique est nécessaire :
1) Le film est dédié à sa mère récemment décédée ce qui explique l’importance des premières scènes avec la Madonna del Parto enceinte et dont le ventre libère une nuée d’oiseaux dont les plumes redescendent doucement sur terre … et avec dans les cheveux d’Andrei une petite tâche blanche, marque du St Esprit ?
2) Suite à des conflits avec les autorités, Tarkovski a dû quitter sa Russie natale en 1982 pour l’Italie mais en laissant en gage sur place sa femme, son fils et son chien.
« Nostalghia » raconte l’histoire d’un grand poète russe (comme son propre père) venu sur les traces d’un musicien exilé en Italie mais qui a pu rentrer dans sa Russie natale pour s’y suicider. C’est la douleur des souvenirs peut-être à jamais perdus que ce film raconte et qui amène à l’irréalité de l’instant présent. De fait Andrei va refuser les avances que lui fait son interprète italienne d’une beauté rayonnante car « les sentiments inexprimés ne s’oublient jamais », et il trouve les gens dits normaux vains. Le poète va progressivement s’identifier à Domenico, le fou du village mystique qui prône en un changement radical du monde matérialiste et aspire à nouveau monde de liberté et de spiritualité. Domenico ira jusqu’à un sacrifice purificateur et rédempteur … pendant qu’Andrei réalisera son vœu en traversant avec une bougie bien symbolique la piscine miraculeuse de Ste Catherine à Bologne pour « sauver l’humanité ».
In fine la nostalgie conduit à un rejet de la réalité du monde présent et à une croyance ferme envers son passé, une foi dans la valeur de ses souvenirs ... d’où la merveilleuse scène finale où Tarkovski a reconstitué à l’intérieur des ruines de l'abbaye de San Galgano sans plafond (ouverte à tous ?), sa datcha devant laquelle Andrei et son chien contemplent le reflet de sa vie, de ses souvenirs dans une petite mare.
Ce film qui a parfois des petits cotés Felliniens (les occupants de l’hôtel des thermes à Bologne, les personnages figés dans la scène tournée à Rome …) et d’une plastique assez époustouflante alternant le noir et blanc et la couleur, avec des plans séquences très lents filmés avec des variations subtiles de la lumière, de la profondeur de champ, le retour dans le champ de la caméra de personnes filmées au début du plan … le tout avec une bande son très riche et – seul point optimiste du film – à 2 reprises l’hymne à la joie de Beethoven. On retrouve dans ce film l’importance de l’eau qui probablement comme l’eau du baptême, permet de régénérer la vie (scène des thermes de Bologne où les personnes « veulent la vie éternelle », l’eau dans la maison de Domenico, l’eau de la petite mare dans la scène finale).
Bref un film d’un peu plus de 2 heures … d’une profonde richesse et d’une beauté enivrante.
Yann L.
Yann L.

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1,0
Publiée le 6 octobre 2017
Long, trés long, abscon, désagréable.
Le malaise se poursuit en lisant les critiques élogieuses sur ce site.
J'ai l'impression d'avoir assisté à une parodie de film intellectuel mais qui dure... 2h06
Et 2h06... ça peut être long.
Kiwi98
Kiwi98

296 abonnés 238 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 octobre 2017
Rien n’avait préparé le cinéma d’Andreï Tarkovski à une œuvre aussi vertigineuse, passionnante et douloureuse que « Nostalghia ». Sorti à l’orée des années 1980, alors que son réalisateur commence tout juste son exil en Europe, ce film est un ouragan de beauté semi-autobiographique au sein duquel les tourments laissent place à la nostalgie, au doute, et à l’autodestruction. « Je suis las de ces beautés écœurantes » clame d’entrée de jeu le personnage principal, Andreï Gorchakov, un poête russe perdu dans une Italie brumeuse, hanté par les souvenirs et sa terre natale. Ici, la réalité vacille, comme une flamme sur une bougie, et la raison se perd dans le labyrinthe des regrets. Car Andreï Tarkovski nous projette dans une expérience repoussant les limites du cinéma et de notre patience de spectateur à travers un récit austère, spectral, et apathique.

Il est dit qu’un artiste atteint son zénith lorsqu’il parvient à un haut niveau de souffrance. Fraichement exilé d’Union Soviétique, Andreï Tarkovski entame le tournage de « Nostalghia » en Italie, en collaboration avec le célèbre scénariste Tonino Guerra. Le choix de l’Italie n’est, bien sûr, en rien anodin, puisqu’il s’agit de la terre de l’humanisme, des arts, de la renaissance, également doté d’un patrimoine cinématographique pour lequel Tarkovski n’a jamais cessé de clamer son admiration. Et pourtant, « Nostalghia » est un film issu du doute, et de la nostalgie de son auteur pour son pays natal. « Nostalghia », plus qu’une forme d’autobiographie, est donc un film sur le malaise et le sentiment d’échec de son auteur. On pourrait lui relever une empreinte quasiment documentaire, tant il retranscrit à la perfection le marasme de l’exil et le poids destructeur de la nostalgie. À ce titre, Gortchakov, s’il a son corps en Italie, à son esprit en Russie. Et Tarkovski n’hésite à nous entrainer dans le crépuscule de ce personnage à la fois halluciné et désenchanté. Sa lassitude, sa souffrance, en font un parfait personnage tarkovskien. Véritable fantôme enfermé dans la brume, Gortchakov est un trou noir, un homme dégoutant, incapable d’aimer, terne, une silhouette spectrale dénuée de désir.

On pourrait maintenant revenir à une scène au début du film. Une séquence à faire s’émouvoir le plus déterminé des cyniques. Eugenia, interprète italienne de Gorchakov, entre dans une église. Elle pose alors une question à un prêtre : « pourquoi les femmes prient-elles autant ? ». À cette question, l’homme lui répond : « les femmes sont faites pour faire des enfants et les éduquer le mieux possible ». Si ce dialogue a de quoi faire rougir un spectateur progressiste, il ouvre l’une des plus belles scènes de l’histoire du cinéma. Fascinée par une jeune femme en train de prier, Eugenia s’arrête, et l’observe alors qu’elle est en train d’ouvrir la robe d’une statue de la Vierge. En sort une nuée d’hirondelles, ainsi qu’une représentation de « La Madonna del Parto » de Piero della Francesca. Ce que nous suggère ici Tarkovski, c’est que la quête du bonheur n’est qu’un artifice nous détournant de notre vraie route : la quête de la vérité, à travers l’expérience esthétique. Car « Nostalghia » se passe dans un monde pré-apocalyptique ou le bien-être et la modernité n’ont aucun sens.

Un autre personnage intervient dans ce récit tortueux et sensoriel : Domenico. Secondaire dans la narration, il est pourtant le protagoniste le plus important. Sa folie ne tarde pas à fasciner Gortchakov, qui prend rapidement contact avec lui. Dans l’un de ses rêves, le poète va jusqu’à le voir apparaître à sa place dans son reflet, un moment onirique d’une poésie affolante. On note également le plan-séquence ébouriffant de beauté nous faisant visite sa demeure, nous rendant directement compte de la folie du personnage. Comme s’il n’était déjà pas déjà suffisamment explicite, Tarkovski met en scène, à travers les traits de cet homme, ce qu’il a peur de devenir, et ce que Gortchakov peut potentiellement devenir. Car Domenico a une obsession : traverser une piscine vide avec, à sa main, une bougie allumée, pour « sauver l’humanité ». Et à la fin du film, c’est donc Gortchakov qui accomplie cet acte. À ce titre, il est quasiment impossible de parler de « Nostalghia » sans revenir à cette scène, tellement belle qu’elle en devient indescriptible. Tarkovski parvient à l’apothéose de son cinéma en dépeignant ce solitaire essentiel, mettant en avant toute sa souffrance. Cette scène est si absurde, si gratuite, longue et modeste, qu’elle se transforme rapidement en séance d’hypnose. L’Humanité contenue dans une flamme prête à s’éteindre, ou comment nommer l’innommable et sonder l’insondable.

« Nostalghia » est également une romance tragique et pathétique entre Gortchakov et Eugénia, s’achevant sur une séquence particulièrement difficile. Eugénia déverse toute sa rancœur sur un homme sibyllin, et Tarkovski nous laisse regarder tout le mal-être découlant de cette femme ayant pour seul désir celui d’être aimée. À la fois désespérés et désintéressés face au sublime, les personnages de « Nostalghia » pousse le film à aborder un nombre considérable de pistes philosophiques, métaphysiques, métaphoriques, et politiques, avec une acuité unique, conservant la majesté si singulière de cette œuvre. Tarkovski ne se contente pas de reconstituer benoitement le sentiment de nostalgie, mais l’invoque avec une force que l’on pourrait lucidement qualifier de divine.

Ainsi, « Nostalghia » s’emploie à une gnoséologie de la mélancolie, de la désillusion, et du désespoir, faisant une lecture iconographique de l’impossibilité de vivre tout en subjectivisant le temps, conduisant dans les abysses intimes de notre personne. Oui, « Nostalghia » est un film difficile, mais pas compliqué. Nous croyons plonger dans une ambiance flottante, en réalité, nous tombons rapidement sous le choc d’une telle puissance dramatique. Pas de symbolique, pas d’allégorie, pas de didactisme, seulement l’impression d’assister à un miracle, d’avoir le temps sur les tempes, d’être dépossédé de tout contrôle. Et si seulement il était possible d’arrêter là… Mais rarement, voire jamais, un film aura retranscrit avec autant de sagesse et de subtilité le sentiment amoureux, dans une dimension aussi tragique. On pourrait s’extasier indéfiniment devant la beauté de ces plans, ces dialogues disposant tous de multiples niveaux de lecture, cette errance à la fois géographique et psychologique, ou encore ce rythme ciselé avec une précision d’horloger… Car l’espoir est un combat de tous les jours, dans un monde courant tout droit vers sa fin.

À titre personnel, je ne considère pas le cinéma comme étant un art. Pourtant, chaque plan de « Nostalghia » est un tableau de maitre. Car Andreï Tarkovski est au cinéma ce que Titien est à la peinture, ce que Bach est à la musique. Et ne jamais avoir vu son œuvre, c’est comme ne jamais avoir vu la lune la nuit. Un film-monde métempirique. Un chef-d’œuvre primordial. Une fascination. Un sacrifice.
kingbee49
kingbee49

56 abonnés 658 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 15 juillet 2016
Ce n'est pas du cinéma, c'est de la poésie en suspension... Un film hanté par la mort et le souvenir, unis dans une même grâce des gestes, des regards, des mouvements... Et cette petite flamme que le héros tente de préserver jusqu'au bout dans cette grande piscine, c'est à la fois futile et tellement douloureux... J'ai vu "Nostalghia" et j'ai ressenti comme l'éblouissement du désespoir, celui de ne pas dire les choses, mais de les raccrocher au temps du regard, de l'humilité... Que dire d'autre ? Faut il vraiment parler de la grammaire cinématographique à propos de ce film ? Avec cette technique qui n'en est plus une, cet esthétisme qui n'en est pas, avec ce qu'il faut de souffle et de brume pour laisser passer la petite lumière...? Tarkovski était peut-être un génie mais c'était un cinéaste furieusement humain avant tout, donnant à vivre et à mourir dans son oeuvre pour nous dire tout et rien de l'existence, et se souvenir de çà.
Kloden
Kloden

149 abonnés 997 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 22 juillet 2015
On connait bien le rapport primal du peuple russe à sa terre, l'amour mystique dont il tire sa grandeur et son errance. C'est donc tout naturellement que Tarkovski, artiste par excellence, homme sensible et profondément lié à l'invisible et l'indicible qui émane du monde, a ressenti son exil italien comme un déracinement. Nostalghia racontait un peu cet écartèlement, en plus de tenter de décrire un peu celui d'un monde à la culture et au rapport à la vie déliquescent. Le sujet aurait pu me parler, hélas je n'ai vécu Nostalghia (un peu comme Le Miroir et sans doute même davantage) que sur le plan intellectuel. Peut-être est-ce du à la complexité de communiquer vers l'extérieur un sentiment aussi emprisonnant et isolant que la nostalgie. Quoi qu'il en soit, et en dehors de quelques images marquantes, je n'ai pas réussi la connexion avec la toile picturale du maître russe. Une déception, qui sera je l'espère oubliée après Le Sacrifice.
Benjamin A

818 abonnés 1 930 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 31 mai 2015
Après quelques voyages en Europe, Andreï Tarkovski décide, en 1982, de définitivement quitter l'URSS et part alors en Italie où il coécrit et met en scène Nostalghia. Il y raconte l'histoire d'un poète russe parti en Italie, accompagné par une jeune interprète, faire des recherches sur un compatriote compositeur.

Malgré deux récentes déceptions avec le cinéma de Tarkovski, je gardais une immense estime pour ce cinéaste, notamment grâce à des œuvres comme Andreï Roublev ou Solaris, mais je ne m'attendais pas à une telle claque avec Nostalghia. Je retrouve ce qui m'a plu dans d'autres de ses œuvres, à savoir une grande richesse, tant dans l'écriture que dans la mise en scène mais aussi une atmosphère hypnotique, fascinante et magnifique. On entre dans son oeuvre dès les premières secondes et la sublime scène d'ouverture pour n'en sortir que fasciné et interrogé par une oeuvre à part, unique et mystérieuse.

Se déroulant en Italie, on comprend assez vite le titre où Tarkovski semble déjà nostalgique de sa terre natale et laisse tout le long planer un soupçon de mélancolie sur son récit. Autour de ce personnage poète, on retrouve les interrogations, parfois tout en symbolisme, que le cinéaste a souvent fait apparaître dans ses œuvres, autour de la vie, de la place de l'homme sur la terre, ce qu'il doit en faire ou encore la mort et les divers sentiments. D'une richesse incroyable, il brasse ses thèmes avec subtilité, créant ainsi une poésie presque fantastique, d'une incroyable beauté. Les personnages sont là aussi très bien écrits, tout comme les relations qu'ils vont développer, servant à merveille les thématiques et l'atmosphère que Tarkovski met en place.

Tarkovski prend son temps et livre une oeuvre contemplative dans laquelle il nous immerge dès les premières secondes grâce à la mise en place d'une atmosphère aussi fascinante que mystérieuse qui va prendre de plus en plus d'ampleur, mais aussi de puissance et notamment émotionnelle, plus on avance dans le récit. Il déborde d'idées, notamment dans la mise en scène mais aussi les magnifiques séquences oniriques où on a l'impression d'être au coeur du récit et aux côtés des personnages. Esthétiquement magnifique, Tarkovski use très bien de divers éléments (brume, inclusion de la couleur dans les scènes en noir et blanc etc) et sublime les paysages, donnant lieu à des scènes magistrales, fortes et mémorables. Devant la caméra, Oleg Yankovsky bénéficie de l'excellente direction du metteur en scène de Solaris et retranscrit très bien tout le désespoir et les interrogations de son personnage, tout comme la relation qu'il entretient avec sa traductrice.

Rarement je n'ai, à ce point, été subjugué et fasciné par une oeuvre. Entre mélancolie, poésie et mystère, Tarkovski, pour son premier film après son exil de sa terre natale, livre une grande et magnifique oeuvre, hypnotique et inoubliable, que je ne manquerais pas de revoir pour essayer d'en cerner tous les contours et la richesse.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 9 septembre 2014
Reprocher à un film de Tarkovski d'être lent c'est, précisément, le comprendre. Cela dit, que reste-t-il de Nostalghia après ces deux heures de visionnage ? Une impression, plus présente ici que dans ses autres films, celle d'être en terre connue. Le chien (Stalker), l'eau (Solaris/Stalker), les flash back (Le Miroir) comme toile de fond d'un héros fatigué et en plein doute (Andreï Roublev) que la foi d'un tiers remettra - très brièvement ici - en route. A première vue, Nostalghia ne s'impose pas aussi facilement que ses ainés. Il n'a pas le côté envoutant de Stalker, la beauté du Miroir et cette sensation d'implacable qui parcourait Andrei Roublev et Solaris. Mais ce qu'il perd sur la durée il le rattrape par ses fulgurances, ces longs plans que rien ne vient perturber. Il fallait bien ça. D'abord par petites touches, de temps à autre. Puis, enfin, de façon magistrale. Il fallait bien ces deux heures, où tout se joue parfois dans le détail, pour que le lent dézoom qui clôt le film nous fasse ressentir ce même effroi provoqué par les fins Solaris, du Miroir, de l'Enfance d'Ivan, de Stalker. J'entends déjà les sceptiques tiquer : tout ça pour ça ? Assurément, et à plus d'un titre !
Julien D

1 345 abonnés 3 461 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 24 février 2014
Malgré tout son talent, le défi de matérialiser à l’image l’ennui d’un individu sans provoquer celle du spectateur aura été casse-gueule pour Andreï Tarkovski. En fait ce n’est qu’à la condition de savoir qu’Andrei Gortchakov, cet intellectuel russe que le déracinement rend nostalgique, n’est autre que l’alter-ego de Tarkovski lui-même, que le sentiment le plus contagieux n’est pas l’ennui bien bel et bien la mélancolie qu’a pu ressentir le cinéaste en réalisant son premier film loin de sa Russie natale. A ce mal du pays et à ces longs discours déclamatoires faisant l’apologie de la culture russe, le réalisateur a, comme à son habitude, ajouté toute une réflexion métaphysique sur la condition humaine et sa place dans l’univers, passant notamment par des flashbacks assez abstraits dont la photographie renvoie directement à celle de ces précédents films. Loin des délires mystico-futuristes qui l’on rendu célèbre, cet avant-dernier film de Tarkovski est réellement un témoignage plein d’humilité, que les dialogues plaintifs et le récit longiligne, filmés avec de longs mouvements de caméra langoureux, rendent immanquablement déprimant.
Tupois Blagueur
Tupois Blagueur

77 abonnés 1 162 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 23 février 2014
Premier film de Andreï Tarkovski que j'ai vu, et premier choc avec l'univers assez hermétique qu'il a construit et cultivé pendant toute sa carrière. Je pense que je n'ai pas vu son film le plus accessible en premier, et c'est peut-être pour cela que la première demie-heure m'a semblé aussi longue. Ce cinéaste a un sens très particulier de la mise en scène et du scénario, sans parler des dialogues. Mais une fois la glace brisée, on commence un voyage initiatique en même temps que le poète, subjugué par la beauté stupéfiante de la photographie et toutes ces teintes de couleurs, inhabituelles, et qui rappellent les quatre éléments. Eléments qui ont une place fondamentale dans ce film : tout au long du film Tarkovski associe l'eau, synonyme d'oubli et d'action, et la terre, synonyme d'immobilité, puis à la fin du film oppose le feu, allégorie de la vie qui vacille, et le vent, affilié à la mort qui nous délivre de nos souffrances. Il y a une multiplicité absolument impressionnante d'explications possibles. Mais je me risquerai à avancer que Gortchakov était venu dans l'idée en Italie dans l'idée de marcher sur les traces de son compatriote et peut-être chercher l'apaisement de son âme, torturée par l'exil de son pays natal (d'où les flashbacks nostalgiques de son enfance). Il y a effectivement trouvé quelque chose, mais pas le repos, il y a trouvé encore plus de questions, notamment après la rencontre avec Domenico. Celui-ci livre d'ailleurs spoiler: un boniment de bateleur dans une scène mémorable, où il finit par s'immoler de manière spectaculaire pour tenter d'échapper à cette société matérialiste
. Gortchakov accède t-il à un monde meilleur spoiler: lorsqu'il meurt lui aussi lors de la scène finale ?
A chacun de se faire sa propre opinion. Quoi qu'il en soit, pauvre en dialogue, mais riche en symboles et en symbolique, ce film questionne, déroute, déstabilise, joue avec notre compréhension des choses pour la remettre en question. Une réussite.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 25 décembre 2012
Premier film réalisé suite à son exil de Russie, Andreï Tarkovski livre avec "Nostalghia" une oeuvre de souffrance intense, en lien avec un de ses films précédents "Le Miroir". Comme dans "Le Miroir", Tarkovski se livre à ses sentiments personnels, ici, la nostalgie qu'il a pu éprouver envers sa Russie durant son séjour en Italie. Ainsi, le réalisateur se place dans la peau d'un poète venu en Italie justement, afin de faire une enquête sur un musicien y ayant vécu. A ça s'ajoutent ces grandes réflexions "tarkovskiennes", sur la métaphysique quant à la place de l'Homme sur la Terre, la vie, la mort, les sentiments, l'amour... C'est beau, c'est grand mais étrangement, contrairement à d'autres films comme "Stalker", "Solaris" ou "Andreï Roublev", "Nostalghia" est, à l'image du "Miroir", un Tarkovski qui ne m'a pas subjugué entièrement. Certes, il y a toujours cette réflexion sur la vie intéressante, ses longs travellings beaux et symboliques, mais je ne sais pas. Je n'ai pas adhéré totalement au film. Quelques passages m'ont légèrement ennuyés. Le même ressenti que pour "Le Miroir", avec un peu plus de satisfaction tout de même. Peut-être devrais-je les revoir pour m'en faire une autre opinion? Chose que je ferai de toutes manières. Car il y a une grande capacité d'interprétation dans ce film (comme dans l'intégralité de l'oeuvre du réalisateur russe). "Nostalghia" est un film mélancolique au possible, reflétant l'état de Tarkovski à cette époque, le monsieur ayant eu plusieurs problèmes avec le censure soviétique a du partir et laisser femme et enfants au pays. En ce sens, un scène m'a particulièrement marqué, celle ou le poète se trouve dans une pièce et parle avec une petite fille. Il lui demande: "Aimes-tu la vie?". Question à laquelle la fillette s'empresse de dire oui. "Bravo", termine le poète. Ce "bravo" est sidérant car il reflète toute la pensée du réalisateur, perdu dans sa "nostalghia"...
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 13 juillet 2012
Grand film, disons même chef d'oeuvre autant pour sa valeur philosophique que pour son incontestable valeur artistique. Même si l'oeuvre offre de nombreuses perspectives d'analyses, "Nostalghia" doit d'abord se contempler. Tarkovski est le maitre du cinéma qui se contemple. En effet, comment ne pas se laisser embarquer par ces extraordinaires plans qui se déplacent avec un rythme et une beauté considérables ? Les mouvements de caméra de Tarkovski, extrêmement précis et brillants, lui valaient même l'admiration du grand Ingmar Bergman. Plans séquences d'excellente qualité qui confèrent au film une ambiance poétique. Les plans également, très beaux et très construits, entrent dans cette optique : l'ensemble du film est un poème grâce à sa mise en scène complètement improbable. Il est admirable également de se concentrer sur le travail effectué sur le son. Le bruit de l'eau est formidable et sonne très juste tout au long du film. La musique, très bien choisie et également de qualité. Voilà un argument qui permet de dire que ce film est l'un des meilleurs de tous les temps : une mise en scène originale, bouleversante, incroyable... C'est d'ailleurs dans le cinéma de Tarkovski qu'on peut voir à la perfection ce que Gilles Deleuze appellait "image temps". Comme si cela ne suffisait pas, Tarkovski en rajoute une couche. Le film a également un intêret philosophique. Il filme l'art, l'amour mais également le désespoir, la mort et donc la vie. "Nostalghia" c'est l'histoire d'une humanité qui se perd, qui perd la foi en Dieu et plonge peu à peu vers le néant. La pluie, le vent, la moisissure sont autant d'éléments insistant sur la faiblesse de l'homme et la facilité avec laquelle il pourrait disparaitre. Excellent film, qui marque à jamais celui qui saura le regarder.
AMCHI

6 969 abonnés 5 936 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 novembre 2013
Souvent lorsque l'on dit que l'on n'a pas aimé et qu'on s'est ennuyé devant une œuvre on vous reproche presque toujours de ne pas avoir compris cette œuvre en question mais alors pourquoi aimons-nous des films dont on n'a pas tout compris et c'est le cas pour moi avec Nostalghia. Aimer un film ce n'est pas du tout une question de compréhension mais plutôt de perception de ressenti, Nostalghia m'a fasciné (pas autant que Stalker) mais suffisamment pour me retenir pendant plus de 2 heures, on admire la beauté de la mise en scène de Nostalghia fleurant souvent avec une atmosphère proche du fantastique. C'est tout simplement magnifique et hypnotique.
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