Tout le monde a un peu oublié le roman d’Hector Malot, de même que les antiques adaptations francophones à la télévision ou au cinéma. Seul subsiste encore le souvenir de la série animée japonaise de la fin des années 70, qui a porté le coup de grâce à une génération entière de petits spectateurs déjà traumatisés par la vision de ‘Demétan, la petite grenouille’. L’objectif de cette exhumation soudaine d’un vieux souvenir d’enfance est simple : si le cinéma hollywoodien est passé maître dans l’art d’aligner ce genre de mélodrames familiaux, truffés de bons sentiments, à faire pleurer sous les guirlandes durant les fêtes de fin d’année, il n’y a pas de raisons que le cinéma français, qui peut en outre compter sur un très riche patrimoine littéraire, en soit incapable. Pour rappel, “Sans famille”, c’est l’histoire d’un orphelin vendu à un saltimbanque itinérant, qui va vivre toutes sortes d’aventures à travers la France de la fin du 19ème siècle avant de retrouver ses véritables parents. Cette nouvelle adaptation, qui porte d’ailleurs le nom du dessin-animé plutôt que celui du roman, s’inscrit parfaitement dans toute cette tradition de l’épopée un brin passéiste, pétrie de classicisme et de régionalisme, dans laquelle on retrouve aussi des films comme ‘Belle et Sébastien’ ou ‘L’école buissonnière”, avec des paysages (et ici, des costumes) magnifiques. Cette nouvelle vision de ‘Sans famille’ n’est pas aussi misérabiliste que prévu : le scénario cherche à équilibrer les moments tragiques et ceux de découverte et d’émerveillement, et l’ambition du réalisateur Antoine Blossier était de donner un traitement “spielbergien” à ce classique poussiéreux : dans certains moments propices à l’effroi enfantin, comme la découverte que les Driscoll ne sont pas ses vrais parents, j’avoue que c’est assez réussi. Même si ces passages restent une denrée rare, il me semble qu’il se dégage une certaine volonté de rendre les choses plus modernes. Antoine Blossier est un néophyte en matière de portage à l’écran puisqu’il n’avait livré jusqu’ici qu’un thriller rural moyennement comestible et une teenage-comedy insupportable mais parfaitement adaptée à son public, mais il a conscience qu’une adaptation possède une vie propre et n’est pas seulement la transposition d’un écrit : c’est peut-être ce qui fait sa force et sa capacité à trouver un juste équilibre entre l’adaptation trop rapide où les événements se téléscopent et l’adaptation trop lente qui donne l’impression qu’il ne se passe rien. Par rapport aux néo-productions Qualité Française évoquées plus haut, la différence est faible, presque imperceptible, et pourtant suffisante pour que ‘Rémi sans famille’ puisse prétendre être autre chose qu’une oeuvre patrimoniale fossilisée.