Un monde qui se veut moderne, mais qui rejette tout ce qu’il ne comprend pas. Nimona taille dans les certitudes avec une liberté rare.
Nimona est une fable sur l’identité, la marginalisation et la peur de la différence. Son message principal : les monstres ne sont pas ceux qu’on croit. Le film démonte la mécanique de l’exclusion sociale, en montrant comment une société peut transformer l’autre en menace, simplement parce qu’il ne rentre pas dans les cases prévues.
C’est aussi une ode à la liberté d’être soi, dans ce qu’on a de mouvant, de contradictoire, de fragile ou de dérangeant. Un film d’animation nerveux, hybride, qui dégomme les codes du conte chevaleresque pour raconter un monde où la fluidité fait peur, où la norme devient outil d’oppression, et où résister consiste avant tout à exister sans demander la permission.
L’univers est accrocheur : un royaume mi-médiéval, mi-cyberpunk, dirigé par une élite figée dans sa propre légende. Ce visuel brouille les repères pour mieux souligner que, malgré la modernité apparente, les vieux récits dominent toujours. Le film interroge la fabrication des mythes et la manière dont ils servent à exclure, maintenir l’ordre, désigner des ennemis.
Ce qui frappe, c’est l’intelligence avec laquelle Nimona aborde ses thématiques sans jamais les plaquer. L'identité fluide de son héroïne — requin, dragon ou petit oiseau selon son humeur — devient une métaphore évidente de la non-conformité. Mais au lieu d’édulcorer ce propos, le film l’assume dans toute sa complexité. Nimona ne veut pas juste être tolérée : elle veut être acceptée pour ce qu’elle est. Et ce qu’elle est, c’est insaisissable. Ce pouvoir est autant une force qu’un fardeau. Il effraie, il dérange. Dans une société qui cherche à classifier, figer et domestiquer, elle incarne une liberté brute : mouvante, indomptable.
Ballister, chevalier tombé en disgrâce, croise sa route alors qu’il vient d’être accusé à tort. Leur duo fonctionne parce qu’ils sont deux parias : l’un par accident, l’autre par essence. Là où Ballister cherche encore à rentrer dans le cadre, Nimona le bouscule. Leur lien évolue, devient tendre, presque filial. Le film ne prône pas la destruction gratuite, mais montre que parfois, remettre en cause un système est une manière de se reconstruire soi-même.
Le message politique est clair : une société a besoin de monstres pour justifier ses actes. Et quand il n’y en a pas, elle les invente. C’est cette logique que Nimona renverse, sans lourdeur.
Le rythme est parfois irrégulier, le ton un peu enfantin, l’émotion parfois forcée. Le film va vite, parfois trop, et appuie un peu lourdement sur certains messages. Mais dans l’ensemble, il tient debout, porté par une énergie sincère.
Nimona n’a pas besoin de plaire à tout le monde. Il cherche simplement à poser les bonnes questions, ou du moins à les éveiller.