Les Bienheureux
Note moyenne
3,5
207 notes En savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné

34 critiques spectateurs

5
2 critiques
4
16 critiques
3
9 critiques
2
3 critiques
1
3 critiques
0
1 critique
Trier par :
Les plus utiles Les plus récentes Membres avec le plus de critiques Membres avec le plus d'abonnés
Olivier Barlet
Olivier Barlet

329 abonnés 433 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 12 décembre 2017
C'est le jour du vingtième anniversaire de mariage d'Amal et Samir mais ils ont bien du mal à trouver l'esprit de la fête. Fahim, leur fils, traîne avec ses amis Feriel et Reda. Situé en 2008, quelques années après cette décennie que l'on hésite encore à appeler guerre civile, Les Bienheureux est un va-et-vient constant entre ces deux générations. Celle des parents, cassés par les années noires, qui survivent à la recherche d'un espoir, et qui voudraient protéger leurs enfants. Et celle des jeunes, travaillés par le désir de vivre mais confrontés au conservatisme rampant, et qui portent aussi les blessures de leurs parents. Dans le contexte rigoureux du contrôle social et idéologique qui se renforce, et réduit l'espace de liberté de tous, les parents cherchent leur voie entre l'ici et l'ailleurs, entre la perte des illusions et la nécessité de faire avec. Quant aux jeunes, ils sont là, et se cherchent dans l'ici et maintenant.
Les Bienheureux est porté par une pléiade d'acteurs remarquables, à commencer par Nadia Kaci, dont la fêlure guide les pas. Mais dans ce temps court autour d'une nuit dramatique, dans la géographie des ruelles et des grands axes, la cacophonie des artères le jour et la pesanteur du silence la nuit, c'est toute une ville qui est présente, et partant un pays qui se fige dans l'immobilisme.
Fahim spoiler: n'a que faire des pressions de sa mère pour aller étudier en France
: sa patrie, c'est là où il a les pieds. Reda vit sa foi comme une poésie, un soufisme que ne peuvent supporter les gardiens de l'obscurantisme. Feriel refuse de se laisser enfermer dans la mélancolie spoiler: malgré le drame qu'a subi sa famille victime des fous de Dieu
. Chacun à leur manière, ils échappent au contrôle des parents, sans pour autant suivre un chemin tracé. La musique leur offre des lignes de fuite, l'affirmation de soi des voies de résistance. Mais au fond, ils errent dans l'ennui. Ce n'est que lorsqu'ils sortent de leur milieu estudiantin qu'ils trouvent des espaces plus ouverts.
Amal et Samir, eux, ne sortent jamais de leur voiture, de leur appartement, de leurs restaurants. Ils ne voient la ville que du haut de leur balcon. Avec leurs amis, ils ne parlent que de leur positionnement, de l'indépendance au compromis. Mais jeunes et vieux sont tous confrontés, en toutes circonstances aux blocages et aux accrocs, à l'adversité. C'est ce qui fait à la fois la tension et le récit du film, et inscrit Alger comme lieu des tourments. C'est pourtant au terme de cette nuit que chacun a avancé d'un pas.
Les Bienheureux est comme une lettre d'une fille à ses parents, de la génération qui avait 20 ans en 2008 à celle qui en avait 40 et qui s'est connu dans la rue lors du "printemps arabe algérien", en 1988, lorsqu'elle-même avait 20 ans, et qu'elle manifestait pour obtenir la démocratie mais dont l'espoir a basculé dans la montée du FIS. C'est une lettre sur un héritage dur à porter. Elle propose en dédicace un appel au dépassement : "A la mémoire de nos parents, qu'elle ne s'égare pas dans l'habitude de leur absence". Comme si les parents, défaits, désunis, ne savaient plus comment connecter avec leurs enfants et leur assurer une présence, comme si les enfants s'habituaient à ne plus chercher leur contact et l'écoute de leur expérience.
La césure du pays n'est plus dès lors seulement entre une société progressiste et celle qui s'enferre dans le conservatisme religieux, focus de nombre de films et forcément présente ici aussi, mais dans le fossé qui s'est creusé entre deux générations. Les Bienheureux s'affirme ainsi comme un film-constat, dont l'enjeu est de restaurer l'essentiel : la conscience de cette cassure, profonde, intime, gravissime puisque la génération montante ne sait où s'appuyer pour bâtir un avenir.
Revenir sur les années de plomb est nécessaire pour la génération de Sofia Djama car elles ont affecté toute l'Algérie et qu'on a tendance à vouloir en tirer le sale rideau. En ressasser les drames ne fait rien avancer : c'est dans l'intime et aujourd'hui que se situent les blocages qui en sont issus, c'est dans la mémoire que se logent les noeuds. C'est donc cet après le sujet du film : comment la guerre a profondément changé les individus, et au fond, comment elle les empêche d'aimer et de s'aimer.
"Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde". Le christianisme et l'islam ont notamment en commun de se définir comme religion de la miséricorde. Dans le film de Sofia Djama, chacun fait un pas vers l'autre, sans pour autant renoncer à ce qu'il est. Il ne le fait pas par compassion mais par compromis personnel pour parvenir à la survie. Sans doute dans la simple conscience que le plus important est d'éviter les blocages pour décider de sa vie.
Sofia Djama porte sur tous ses personnages un regard bienveillant. Samir a toujours la chaleur de Sami Bouajila. Même le journaliste cynique interprété à la perfection par Faouzi Bensaïdi conserve son humanité. Pour incarner Feriel, elle a trouvé en Lyna Khoudri une vitalité frondeuse qui porte le rôle à merveille (elle a d'ailleurs reçu le prix d'interprétation Orizzonti au festival de Venise). Quant à Nadia Kaci, elle est d'emblée située dans la lignée de la solitude et de l'intériorité fuyante de Nahla, dont elle regarde un passage à la télévision, un film culte de Farouk Beloufa (1979) et son unique long métrage de fiction, tourné à Beyrouth dans le tourbillon de la guerre civile libanaise et les incertitudes de l'époque.
Ce regard sensible et généreux de la caméra, d'un cadre et d'une lumière qui épousent ce qu'expriment les acteurs, cette mise en scène impressionnante de maturité, au service de la pensée autant que du témoignage, cette confiance malgré tout en l'humanité, font de Les Bienheureux un film qui nous concerne tous et qui laisse des traces. (critique d'Olivier Barlet sur le site d'Africultures)
velocio

1 538 abonnés 3 499 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 14 décembre 2017
En France, on sait tous plus ou moins ce qu’est (ou ce qu’est censé être !) un soixante-huitard. Par compte, quid d’un quatre-vingt-huitard ? C’est en Algérie que ce terme est utilisé dans certains milieux et c’est chez un couple de quatre-vingt-huitards d’Alger que Sofia Djama nous invite pour son premier long métrage. L’occasion d’écouter leurs désaccords, de rencontrer leurs ami.e.s, leurs enfants et les ami.e.s de leurs enfants. Bref, de rencontrer un pan de la société algérienne de 2008.
On l’a bien oublié dans l’hexagone, mais, au début d’octobre 1988, l’Algérie a connu des événements ressemblant fort à une révolution, suivis, de 1991 à 2002 d’une véritable guerre civile qui a fait 60 000 morts. C’est en 2008, vingt ans après les événements de 1988 et relativement peu de temps après la guerre civile, que la réalisatrice algérienne Sofia Djama situe l’action de Les bienheureux, son premier long métrage. Qui sont donc ces bienheureux ? Le sont-ils vraiment ? Le couple formé par Samir et Amal fait partie des quatre-vingt-huitards, ces gens qui, en octobre 1988, ont vigoureusement manifesté et ont obtenu, entre autres, la fin du Parti unique et une ouverture démocratique. Une grande désillusion a suivi, avec la montée de l’islamisme et la guerre civile. Ils se sont souvent posé la question : rester, partir ? Ils sont restés et ils vivent à Alger une vie très bourgeoise, tout en essayant de rester fidèles à certaines valeurs. C’est ainsi que Samir, gynécologue, a, d’un côté, l’ambition d’ouvrir une clinique mais, par ailleurs, il prend le risque de pratiquer des avortements clandestins. A un journaliste qui lui reprochait d’avoir choisi un couple algérien non représentatif, la réalisatrice a répondu que des couples de ce genre existent vraiment, ne serait-ce que dans sa famille, et qu’ils représentent une petite frange de la société dont on ne parle pas beaucoup.
Avec leurs amis de la même génération, les discussions sont parfois houleuses et tournent là aussi le plus souvent autour du thème du départ. Un départ que n’envisage pas Samir mais que Amal appelle de ses vœux, ne serait-ce que pour faciliter les études de Fahim, leur fils. En effet, aux côtés de ces quadragénaires vit une autre génération, Fahim, son meilleur ami Reda, sa meilleure amie Feriel dont il est secrètement amoureux. Elève au lycée français, Fahim est plutôt du genre glandeur, au grand désespoir de sa mère. Reda, lui, à la fois musulman particulièrement dévot et fan du Velvet Underground, il a deux rêves : se faire tatouer des sourates dans le dos et monter un groupe de funk halal. Quant à Feriel, sa mère s’est suicidée à cause des islamistes et elle a une vilaine cicatrice au cou qu’elle cache avec un foulard.
Tout ce qui précède tendrait à prouver que Les bienheureux est un film important qu’il ne faut surtout pas manquer. C’est vrai au niveau du fond, c’est malheureusement faux au niveau de la forme. En effet, c’est extrêmement brouillon et une bonne partie du film demande aux spectateurs beaucoup d’efforts pour extirper tous les détails intéressants d’un récit dans lequel on se perd et qui, globalement, présente peu d’intérêt. En fait, le film présente deux moments très forts : un repas entre ami.e.s où vérités pas toujours bonnes à dire croisent du cynisme et de l’humour ; la discussion entre Samir et Amal dans le restaurant luxueux où ils ont finalement atterri, une discussion au cours de laquelle Amal arrive à se lâcher face à l’immobilisme de son mari.

Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’on fait des réserves importantes au sujet d’un premier long métrage d’une jeune réalisatrice, d’autant plus lorsqu’il est évident, comme ici, qu’elle a mis dans son film beaucoup d’énergie et de passion. Malheureusement, il est impossible de ne pas signaler que le côté très brouillon de la conduite du récit dessert la perception qu’on peut avoir d’un film dont les sujets traités présentent beaucoup d’intérêt.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 17 décembre 2017
très beau film!! Je suis heureuse de voir du cinéma algérien de très grande qualité. une histoire contemporaine de l'algerie actuelle, plutôt réaliste qui dresse le tableau d'une histoire particulière, d'une partie de l'algerie qui cherche à survivre, ou ne pas s'éteindre. Je retrouve des comédiens que j'admire et j'en découvre de nouveaux avec grand plaisir. Ils nous font vibrer tout au long du film avec des émotions paradoxales et nous font rire par l'authenticité des personnages.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 19 septembre 2017
Nous sommes à Alger quelques années après la guerre civile. Un couple fête ses vingt ans de mariage tout en se souvenant chacun de leur Algérie. Au même moment, leurs enfants affrontent la vie avec les difficultés qui en incombent. Présenté à la Mostra de Venise, Les Bienheureux est le premier long-métrage de Sofia Djama. C’est une chronique sur la famille dans un lieu et un moment donné. Les acteurs font leur taf sans forcément de conviction dans leur rôle. Les situations parleront pourtant à tous, mais l’enjeu cinématographique est trop faible pour imposer un intérêt au spectateur. Les Bienheureux est l’histoire d’une famille normale avec ses problèmes normaux, qui tente de s’accrocher ou de se détacher un passé intéressant pour l’écran. Problème, c’est justement ce dernier point qui n’est pas assez limpide pour le spectateur.
D'autres critiques sur notre page Facebook : Cinéphiles 44 et notre site cinephiles44.com
Les meilleurs films de tous les temps
  • Meilleurs films
  • Meilleurs films selon la presse