Réduit à sa plus simple expression narrative, Ricordi ? est facile à résumer : ils se rencontrent, s'aiment, se disputent, se séparent et puis ... Mais le cinéaste Valerio Mieli, qui est aussi romancier, a eu l'ambition de construire un puzzle amoureux où passé, présent et futur se mêlent dans une forme splendide, admirable certes, mais qui semble parfois artificielle. Se souvenir des belles choses, c'est un projet alléchant mais les deux amants du film, dont on ne connaîtra jamais les prénoms, sont très différents. Pour faire court, il est la lune et elle est le soleil et vont s'influencer respectivement jusqu'à ne plus pouvoir se retrouver sur l'essentiel : les sentiments qu'ils se portent. Les images défilent rapidement dans Ricordi ?, se bousculent dans des temporalités différentes, tirant vers l'onirisme dans un climat vaporeux. C'est très beau, grâce notamment à la photogénie de Rome et au talent de mise en scène de Mieli, mais un peu vain et maniéré, quand la simplicité aurait souvent été préférable. Ce cinéma-là fait penser à ceux de Malick et de Sorrentino mais cela ressemble aussi d'une certaine façon à une myriade ce clips enchaînés, "rythmés" par la musique de Debussy ou de Bach. Il n'est pas interdit non plus de se référer à Amore de Guadagnino mais ce dernier était tout de même plus écrit. Si Ricordi ? laisse quelque peu circonspect malgré son style et son esthétisme raffiné, les deux acteurs principaux, eux, sont sans reproche : Luca Marinelli, le lunaire et Linda Caridi, la solaire brillent l'un et l'autre.
Les films ayant pour ambition première d’explorer la question du temps, du passé, du présent, du futur, ne sont pas très nombreux. Bien sûr, ce sujet est sous-jacent à beaucoup de films, mais ici, il s’agit du thème même de l’oeuvre et non pas seulement d’un des éléments parmi d’autres. Pour l’illustrer, Valerio Mieli met en scène un couple d’amoureux interprétés par les talentueux Luca Marinelli et Linda Caridi. Leur histoire commune tout comme leurs histoires personnelles se racontent, tout au long du film, par le biais des souvenirs. Or l’une des questions posées par ce long-métrage concerne le bien-fondé des souvenirs. « Ils mentent, affirme, lors d’une des scènes, Luca Marinelli. Ils rendent les choses plus belles qu’elles n’étaient. » « Non, répond Linda Caridi. Au contraire, ils révèlent la beauté qu’on n’avait pas su percevoir au moment même où avaient lieu les divers événements qu’on raconte. » Ce qui est sûr, néanmoins, et le film le fait percevoir, c’est que le temps altère les souvenirs, parfois même les distord ou les transforme. Mais ils influent quand même sur le présent et peuvent orienter le futur dans des directions qui n’étaient pas envisagées. Difficile d’en dire davantage, car un film comme celui-ci, constitué de beaucoup de plans courts qui s’enchevêtrent sans se fonder sur la chronologie, ne peut guère se résumer. La plupart des plans sont admirables d’un point de vue formel. La photographie et les décors ont été réalisés, choisis, composés de manière remarquable. Reste cependant, quand le film s’achève, une impression un peu brouillonne. Les scènes sont belles, sans aucun doute, mais leur juxtaposition peine quelque peu à faire sens. Ou, en tout cas, leur agencement demande, de la part du spectateur, un gros effort d’attention pour en démêler la portée.
Une véritable expérience de cinéma, sensorielle et sensuelle, très singulière. Une romance vue par le prisme des souvenirs de chacun des personnages, le principe est audacieux et le film très réussi ! Le charme opère, on est hypnotisés par cette histoire et ce traitement inédit. A voir absolument !