Le dernier film "Senses" de Ryusuke Hamaguchi ambitionnait de dresser le portrait moderne d'amies à travers une interminable série cinématographique, très ennuyeuse et très verbale. Cette fois, si le réalisateur s'attache une nouvelle fois à dépeindre le portrait d'une jeune-femme, il opte pour un regard résolument moins bavard où la beauté des villes, la sensibilité des personnages occupent le devant de l'écran. Il y a évidemment ce personnage central, Asako, une jeune-fille honnête, touchante, qui tombe amoureuse de Baku, un jeune-homme qui l'abandonnera aussi vite qu'elle aura porté son dévolu sur lui. Elle ressemble à une poupée japonaise, avec son teint très clair, ses yeux immenses et noirs, et ses réponses souvent courtes, la mettant dans un état à la fois de grande vulnérabilité et de force. Elle reconstruit sa vie avec le double de son premier amant, Ryohei, qui, au contraire de son rival, est d'une très belle beauté intérieure.
"Asako I&II" s'attache à regarder le Japon à travers l'intimité crépusculaire de ces quelques personnages. La caméra s'installe dans les appartements, les restaurants. Elle regarde les gens manger, préparer la cuisine, observer les bords de rivière, ou travailler. C'est une caméra respectueuse qui refuse l'abus de discours ou l'exagération des sentiments. Tout se joue dans cette poésie doucereuse du quotidien même si, pas à pas, le scénario fait monter la dramaturgie du récit.
Le film est proprement universel. C'est à chacun de nous que s'adresse ce long-métrage : le premier amour perdu est une affaire qui traverse chacun d'entre nous et le film nous offre une sorte de thérapie intimiste pour faire face à nos choix résignés ou passionnés en amour. La jeune Asako se revêt des parures d'une héroïne de roman féministe qui, dans le choix d'aimer qu'elle opère pour sa propre existence, fait œuvre d'une immense émancipation morale et psychologique.