Genèse
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Jorik V

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3,5
Publiée le 16 mars 2019
Philippe Lesage, découvert avec « Les Démons », parvient avec son nouveau film « Genèse », si ce n’est à surprendre, au moins à toucher le spectateur avec une œuvre sur le thème on ne peut plus balisé des premiers émois adolescents. Un sujet maintes fois traité sous tous les angles sur le grand écran, notamment dans le cercle du cinéma indépendant américain. Son film est d’une justesse incroyable et il parvient à faire entendre sa petite musique et à créer un univers qui lui est propre en dépit de certaines inspirations notables, notamment la Nouvelle vague avec son décorum lorgnant vers le cinéma français des années 60/70. Le titre peut être pris au premier degré puisque son film narre la naissance du sentiment amoureux avec les premières amours de deux adolescents à Montréal durant un été. Mais également au sens religieux, moins évident, si l’on prend en compte le fait que la genèse parle de la constitution du premier couple dans les écrits religieux.

Mais ne nous attardons pas sur cet éventuel parallèle quelque peu prétentieux pour se focaliser sur ce qu’est « Genèse » dans sa vision la plus frontale. En l’occurrence, une chronique puissante et maîtrisée sur l’éveil amoureux au temps de l’innocence adolescente. On y voit un garçon et sa demi-sœur faire face à leurs premières rencontres, sensations et déceptions sentimentales. Il retourne à l’origine du désir, de l’attirance sexuelle et morale pour l’autre, peu importe la sexualité. Des atermoiements amoureux dépeints avec une infinie justesse qui va de la crudité la plus dure (une scène de viol dépeinte avec une banalité qui fait froid dans le dos et tout aussi percutante que celle, provocatrice et voyeuriste, de « Irréversible » par exemple) à la douceur la plus évocatrice. Parce que la naissance de l’amour c’est ça aussi : faire face à la réalité tout aussi belle que pénible de l’amour. Les destins de ces deux jeunes gens nous étreignent et nous emportent et sont montrés et montés en parallèle, un peu trop peut-être car les échanges entre les deux personnages principaux sont trop limités. On pourra reprocher au long-métrage sa durée trop généreuse avec quelques longueurs (le film dure deux heures) mais pas au point de s’ennuyer.

« Genèse » a le bon sens d’alterner les parcours amoureux de ses deux protagonistes avec pour ne pas déséquilibrer le récit. Car il contient un atout de choix : Théodore Pellerin. Et sa partenaire d’affiche Noé Abitta a beau être excellente, le jeune comédien fait une nouvelle fois l’effet d’un ouragan après « Chien de garde ». Dans un rôle moins extrême, il est tout aussi bon. Plein de nuances dans son jeu, attachant et drôle, il confirme qu’une grande carrière l’attend et qu’il a une sacrée gueule de cinéma ! Lesage prend le spectateur par surprise dans le dernier quart avec un virage narratif très osé mais payant où l’on change de contexte et de personnages pour voir la naissance d’un amour de vacances. D’une douceur infinie, cette parenthèse permet au film de se clôturer avec un bel optimisme et parvient à faire ressortir en nous, des sensations oubliées. C’est mignon et ça tranche avec la partie précédente mais sans dénoter dans un ensemble cohérent. On retrouve d’ailleurs Emilie Bierre décidément partout en ce début d’année (« Une colonie » et « Dérive » également). Quant à la bande originale impeccable, elle est couronnée par le très beau titre « Outside » de Tap qui permet d’emballer quelques belles séquences en apesanteur. Un film qui magnifie son sujet et frappe en plein cœur par l’évanescence des sentiments qu’il évoque.

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Cinéphiles 44

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3,0
Publiée le 22 octobre 2018
Après « Les Démons » qui s’attelait à comprendre le passage de l’enfance à l’adolescence, Philippe Lesage présente la vie de plusieurs adolescents en phase de devenir adultes. Le très prometteur Théodore Pellerin est l’un d’eux. En apparence le jeune homme est accompli, populaire et heureux. En réalité ce dernier est tourmenté par un secret. Sa demi-sœur se cherche également. Alors que son petit copain lui propose une relation plus libre, elle tente de nouvelles expériences. C’est la jeune Noée Abita, repérée dans le très joli film « Ava » qui joue cette dernière. Avec ses plans fixes et sa photographie proche d’un Eric Rohmer, le réalisateur québécois tente d’expliquer cette période la plus difficile de la vie. « Genèse » fait rire, nous touche, nous choque, mais traite-il réellement de la complexité de l’adolescence ? Malgré ses beaux effets et ses très bonnes musiques, le film ne semble pas répondre aux questions existentielles de cette génération en perpétuel mouvement. spoiler: Nous sommes alors mal à l’aise devant l’exhibition d’un viol ou du rejet d’un homosexuel,
comme si le film avait été pensé pour les prix de festivals plutôt que pour ses spectateurs. Le final déconcerte également. Le gros plan en traveling sur un autre garçon et une autre fille aurait constitué un message très fort s’il s’était arrêté au bon moment. Non Philippe Lesage a préféré rallonger son film d’une demi-heure afin de raconter une nouvelle chronique d’ado. Dommage.
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