Anne Fontaine, c'est du bon et du moins bon. « Police » est à ranger dans le moins bon. Tout n’est pas décevant mais globalement rien ne va. Trois policiers ont pour mission de conduire un émigré clandestin du Tadjikistan du centre de rétention où il est parqué à l’aéroport pour le renvoyer dans son pays. Anne Fontaine a passé de longs moments en immersion avec la police. Elle a dû recueillir un grand nombre de témoignages de policiers : sur leurs missions, sur leur quotidien, leurs états d’âme, leurs incertitudes. Toutefois je doute qu’il y ait eu des missions comparables à ce qu’elle fantasme. « Police » n’est rien d’autre qu’un fantasme. Si on part de ce postulat, alors le film peut tenir la route. Dans le cas contraire, ce fantasme est tout simplement une vue politique idéaliste, une démarche « romantique » pour reprendre les propos d’Erik, pour ne pas dire démagogique. Que des policiers exécutent des tâches ingrates, je l’entends ; que des policiers aient des états d’âme, je l’entends ; que des policiers aient des doutes au point de reconsidérer leurs missions, je l’entends ; que des policiers peuvent contourner l’esprit de la loi pour y assaisonner un peu d’humanité, je l’entends, comme enlever des menottes, par exemple ; mais qu’il y ait des policiers qui encouragent implicitement un détenu à s’enfuir en laissant la voiture toutes portes ouvertes parce qu’une de leur collègue pleure sur un dossier qui plaindrait ledit détenu plus qu’il ne le condamnerait, je ne l’entends plus surtout si le film se veut réaliste. Pourtant, sachant que ces trois policiers s’exposaient à de graves sanctions, j’aurais aimé voir comment Anne Fontaine allait nous les illustrer. Après un suspens vain pour ne pas dire inutile, Anne Fontaine préfère contourner l’inévitable invraisemblance par une pirouette :
simuler la folie du détenu,
alors installé dans l’avion en partance pour le Tadjikistan entre deux gardes, pour offrir aux spectateurs une fin plus réaliste avec l’idée du devoir de justice accompli. Manque de pot, je n’y crois plus depuis longtemps. A cela s’ajoutent des séquences limites convaincantes et des figures de styles totalement superflues. Concernant les séquences, je sélectionne celle où Virginie (Virginie Efira) surveille un mari violent, lequel se défoule en l’insultant avant de finir par bondir sur elle. Pendant ce temps, Erik (Grégory Gadebois) est auprès de la femme victime de son mari violent faisant ses valises pour s’apprêter à quitter le domicile conjugal. Pourquoi pas. Erik, surveiller le mari violent et Virginie, assister la femme battue, c’est tellement cliché ! Et je veux bien admettre que cela se passe ainsi dans la vraie vie des policiers. Je pensais naïvement que c’était plutôt à Virginie d’assister la femme pour des raisons évidentes d’intimité féminine, comme les vêtements féminins. C’est certainement cliché. Mais n’est-ce pas cliché que de nous montrer un mari violent se défouler et bondir sur la femme flic parce que c’est une femme ? Aurait-il osé si Erik, donc un homme, était en charge de le surveiller ? Enfin, quelle inutilité de nous présenter les trois personnages avec trois points de vue différents ? Ça se justifie pour une scène de crime, pour une situation qui implique des détails qui échapperaient subtilement aux spectateurs. Anne Fontaine s’est exercée tout simplement à une figure de style. Elle s’est fait plaisir. Tant mieux pour elle. Son récit étant une immersion dans le milieu de la police, l'ambiance est assez bien restituée. Elle va à l’essentiel avec quelques flash-back pour nous brosser assez succinctement les trois portraits des trois policiers. Même si certains retours en arrière affaiblissent le rythme du récit. Une mention à Payman Maadi qui interprète le détenu, il parle peu mais ses silences apeurés, inquiets, préoccupés en disaient plus longs que certains dialogues débités par l'ensemble de la distribution dont nos trois acteurs (Virginie Efira, Grégory Gadebois et Omar Sy). Déception.