À couteaux tirés est un film qui accroche immédiatement grâce à sa manière de réactualiser le whodunit sans le dénaturer. L’enquête avance avec une fluidité rare : le rythme est net, la mise en scène garde toujours un temps d’avance, et le spectateur n’a jamais l’impression d’attendre que l’histoire démarre. Rian Johnson sait jouer avec les codes du genre, parfois pour les respecter, parfois pour les détourner, ce qui donne une intrigue plaisante à suivre même quand elle devient un peu prévisible.
Le ton du film est un autre point fort. L’humour discret, l’ironie sociale et la dimension satirique donnent une identité propre à l’ensemble. Cette volonté de commenter les rapports de classe apporte une couche supplémentaire de lecture, même si le film a tendance à enfoncer le clou de manière un peu lourde. On sent clairement ce que Johnson veut dénoncer, et parfois ça manque de finesse.
Le casting, lui, fonctionne très bien. Daniel Craig impose son personnage dès sa première scène, avec un style volontairement too much mais parfaitement assumé. Cela donne au film un point d’ancrage fort et une vraie personnalité. En revanche, plusieurs personnages secondaires auraient mérité bien plus de place. L’ensemble de la famille est amusant à voir évoluer, mais le scénario les utilise finalement assez peu, alors que chacun avait le potentiel pour enrichir le jeu des suspects.
Là où l’œuvre montre ses limites, c’est dans la construction de ses révélations. Elles sont efficaces, mais pas réellement renversantes. Le film donne parfois l’impression de vouloir paraître plus ingénieux qu’il ne l’est, et certains indices ou retournements se voient venir un peu trop tôt. Le plaisir reste intact, mais la surprise est moindre.
Au final, À couteaux tirés est un divertissement solide, très bien exécuté, avec un sens du rythme et une ambiance qui fonctionnent parfaitement. C’est un film fun, stylé, agréable à suivre, mais qui ne pousse pas assez loin ses idées ou sa complexité pour devenir un incontournable du genre.