Dans ce film traitant du sujet des harkis durant la guerre d’Algèrie et surtout après, le réalisateur a bien su restituer à l’écran le destin de ces combattants avec justesse et sans concession. La réalisation est sobre et parfaitement maitrisée. Le scénario fait bien ressentir au spectateur l’aspect dramatique et humain qu’ont subi ces harkis et la manière dont le gouvernement français a géré leur situation après le cessez le feu. Ce film est vraiment une véritable leçon d’histoire intéressante à découvrir.
Ce film est celui sur une parole tue, avec des protagonistes qui s’expriment finalement peu, mais qui correspond aussi au travail de Philippe Faucon, qui contourne le verbiage au profit de l’instinctif. Pialat disait « qu’un comédien n’est pas un cheval de course », véritable source d’inspiration pour le réalisateur. C’est une musique très humaine, une spontanéité, presque comme l’arrière-plan d’un dialogue qui serait en fait le dialogue. C’est finalement une succession de vignettes très efficaces, sans fioritures, qui explique sans doute la durée assez courte (1H23) du film.
L’histoire est douloureuse d’autant qu’elle est peu glorieuse. Salah, Kaddour et les autres, enfants de nulle part, otages de toutes les violences. Cette hantise légitime qu’on les laisse tomber, ils le martèlent inlassablement tant l’horreur pourrait les guetter à chaque coin de rue, eux et leur familles.
Les chiffres font toujours l’objet de vifs débats mais le film évoque entre 35 000 et 70 000 harkis assassinés en l’absence de la protection française pourtant promise… Les Harkis explique finalement comment nous avons pu en arriver là, c’est du cinéma utile, il est rare, il se regarde.
(...) La tension monte, la tragédie se prépare, et nous ressentons, malgré son absence de parti-pris, la colère rentrée de Faucon devant l’injustice de leur traitement. Si le récit s’articule entre quelques personnages, le lieutenant Pascal et certains des hommes de sa harka au destin singulier (Salah, Krimou et Kaddour), et que de multiples détails font que personne ne fait décor, le romanesque est mis de côté : c’est avant tout le groupe le sujet, un groupe silencieux et inquiet, confrontés à leur choix ou leur destin. Tous sont piégés, Pascal compris, qui avait répercuté les promesses rassurantes de ses supérieurs. Il est clair que le film déplaira à ceux qui, des deux côté de la Méditerranée, ne veulent pas voir l’Histoire en face. Son refus du manichéisme et son choix de la complexité pour l’aboutir de la façon la plus humaine possible fait cependant avancer la compréhension et la connaissance d’un conflit qui n’en finit pas de nourrir les rancoeurs. (extrait du compte-rendu du festival de Cannes 2022 sur Africultures)
Comment résumer l'histoire des Harkis en 82 minutes seulement, c'est le défi que Philippe Faucon relève avec une sobriété et une efficacité certaines, bien que la frustration puisse éclore, eu égard au potentiel d'un tel sujet, qui n'avait jamais été traité de façon centrale par les cinémas français ou algérien. Pourtant, de la motivation de ces jeunes algériens à combattre au côté de l'armée française jusqu'à leur abandon par la Métropole, à la fin de la guerre, avec les conséquences tragiques pour ces hommes et leurs familles qui ont opté pour le "mauvais" camp, en tous cas pas celui des vainqueurs, le film dit l'essentiel avec une rigueur historique inattaquable. Dans son style épuré, qui va à l'essentiel, en faisant preuve de pédagogie et non de didactisme, Philippe Faucon parvient à encapsuler les dilemmes de l'époque, sans forcer le trait et en réduisant le volume de dialogues. L'aspect humain reste primordial même si on aurait aimé plus de développement concernant deux ou trois cas particuliers. Les Harkis n'étaient ni des héros ni des lâches, seulement des individus qui ont pensé faire le bon choix avant de se rendre compte qu'une fois le combat perdu, ils seraient livres à eux-mêmes, pour la plupart, et susceptibles d'y laisser leur vie, dans des représailles sanglantes. Avec sa concision et son honnêteté, Les Harkis est une leçon d'histoire qui, en d'autres temps, que les plus jeunes n'ont pas connu, aurait eu toute sa place en préambule d'un débat des célèbres Dossiers de l'écran.