Vertige
A 55 ans, le français Jean-Stéphane Sauvaire fait carrière aux USA, mais je dois dire que jusqu’à ce thriller dramatique, sa filmographie est plutôt passée inaperçue. Mais cette fois, avec ces 124 minutes, il frappe un grand coup. Ollie Cross, jeune ambulancier de New York, fait équipe avec Gene Rutkovsky, un urgentiste expérimenté. Confronté à la violente réalité de leurs quotidiens, il découvre les risques d'un métier qui chaque jour ébranle ses certitudes et ne lui laisse aucun répit. Un sujet grave, un univers, jusque là, peu exploité au cinéma, un casting au top… bref beaucoup d’atouts pour un bon film malgré une caméra en transe et une bande-son abrutissante. Vaut le détour.
Jean-Stéphane Sauvaire vit à New York, plus particulièrement à Brooklyn, une ville qui l'a toujours fasciné et dans laquelle il a emménagé en 2009. Il a voulu nous faire partager sa passion pour cette mégalopole hors norme. En nous plongeant dans la mission plus que stressante de ce duo d’urgentistes dont les quartiers d’intervention témoignent de l’extraordinaire diversité, du mélange des cultures, des religions, surtout son énergie incroyable mais aussi son chaos. Tout ce qui explique – et justifie selon le cinéaste -, cette caméra à l’épaule qui vous file la nausée instantanément avec des plans-séquences qui durent parfois 10 minutes, et ce déferlement de décibels, qui ne nous laissent quelque répit qu’au moment où résonnent les sublimes accents wagnériens du prélude de L’or du Rhin. Ce drame est inspiré d’un livre témoignage qui racontait de façon réaliste, l’expérience d’un jeune ambulancier dans le Harlem de l’épidémie de crack des années 1990. Même si, pour ce film, on est à Brooklyn, 30 ans après, rien n’a changé. La ville est toujours aussi hystérique et dangereuse. New-York est décrit comme une ligne de front sur laquelle, chaque nuit, notre duo d’ambulanciers se plonge au risque de leurs vies. Le réalisme est total… le stress aussi. Outre le scénario qui laisse, somme toute, une large place au côté documentaire, on nous montre l’impact que la mission d’urgentiste peut avoir sur leur vie intime. Dernier point fort de ce très bon film, l’implication évidente des comédiens qui donnent toute sa force et son réalisme à cette plongée anxiogène et hypnotique au cœur poisseux et putride de la Grosse Pomme.
En haut de l’affiche, Tye Sheridan qui n’a que 27 ans et déjà une longue carrière derrière lui puisqu’il a fait ses débuts à 15 ans avec Terence Malick. Ici, il ne quitte pas l’écran, dans un rôle écrasant face, entre autres, à l’immense Sean Penn. Ajoutons les noms de Michael Pitt et Raquel Nave. Pour le reste, le casting n’est constitué que de non professionnels vivants dans le quartier. Entre autres, Myke Tyson himself qui campe le chef des urgentistes. Violent, assourdissant, épuisant mais tout à fait bouleversant. On n’en sort pas indemnes, mais on est en droit de lui préférer le formidable A tombeau ouvert de Scorcese d’il y a 25 ans.