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2,5
Publiée le 24 juin 2022
« Je ne veux pas devenir comme toi. Personne ne te respecte. Je ne veux pas de cette vie-là. » Au-delà du fait de ne pas vouloir un enfant à son âge, Maria ne veut surtout pas avoir un bébé dans ces conditions et a peur des conséquences qu'il pourrait y avoir. Si l'on apprend certaines choses un peu plus tard, au début du film, on ne sait pas dans quelles circonstances le bébé a été conçu ni pourquoi Maria a autant peur de mener la même vie que sa mère qui a semble-t-elle était délaissée par ses proches. Pour aider sa fille, Amina va aller à l'encontre de ses croyances et se montrer prête à faire beaucoup de choses pour faire son bonheur. "Lingui" est d'ailleurs surtout centré sur elle avec Mahamat-Saleh Haroun qui dresse le portrait d'une femme courageuse qui s'est toujours battue pour sa fille. Si le sujet est intéressant et que le cadre donne encore plus d'intérêt à l'histoire, le réalisateur se contente de raconter une histoire basique au traitement simpliste. Étonné par l'absence totale de dramaturgie surtout quand on découvre l'origine de cette histoire. Ce parcours du combattant pour l'avortement est raconté de façon totalement plate au point de donner un film moyen.
J'adore la façon de filmer de Mahamat-Saleh Haroun, en général.
Les images qu'il nous propose sont sublimes, sa façon de filmer les visages est inimitable et son discours humaniste toujours touchant.
Pourtant ici, la mécanique habituelle du maître tchadien, faite de subtilité scénaristique et de magnificence plastique, est un peu grippée.
La composition des cadres et l'utilisation des couleurs donne une limpidité aux images qui est exceptionnelle. Pour ce qui est de la narration, l'histoire est un peu convenue. Bien sûr, le discours est incontestablement consensuel (sonorité et féminisme), mais il manque probablement à Lingui ce supplément d'âme, ou de complexité, qui fait les grands films.
Un film très touchant, sur un thème encore trop peu abordé par le 7 art: l'avortement dans un pays où cet acte est encore interdit par la loi et la religion
Super film et mise en lumière de quelques réalités africaines. Je recommande vraiment de voir ce film du réalisateur tchadien Mahamat. Merci c’était un super moment !
Amina, la trentaine, vit seule à N'Djamena, la capitale du Tchad. Sa famille l'a rejetée lorsqu'elle est tombée enceinte et a accouché d'une petite fille. Maria a quinze ans aujourd'hui et sa mère a tout sacrifié pour lui donner une bonne éducation dans l'un des meilleurs établissements de la ville. Mais Amina apprend que Maria, qui depuis quelques temps s'était renfermée sur elle-même, est enceinte à son tour. Sachant que l'avortement est doublement interdit au Tchad, par la loi de l'Etat et par la loi religieuse, Amina aidera-t-elle Maria à avorter pour lui éviter la réprobation que son statut de fille-mère lui a value ?
Mahamat-Saleh Haroun est un vieux routier du cinéma africain. La quasi-totalité de ses films ont été sélectionnés en compétition officielle à Cannes sans qu'on sache avec certitude s'il doit cet honneur à leur qualité ou au fait d'être le seul représentant connu du cinéma tchadien. Un temps ministre de la culture dans son pays, il partage sa vie entre la France et le Tchad.
Son dernier film a été une fois encore sélectionné à Cannes l'été dernier. Hasard du calendrier : il sort quasiment en même temps que "L'Evénement", le film-choc d'Audrey Diwan inspiré du livre d'Annie Ernaux qui racontait un avortement clandestin dans la France des années soixante. Les deux films pourraient former un stimulant diptyque sur l'avortement et la condition féminine, en France et au Tchad, hier et aujourd'hui.
Et il faut reconnaître à "Lingui" une certaine maîtrise à raconter une histoire dont l'issue tient en haleine (Maria réussira-t-elle ou pas à interrompre sa grossesse en dépit de tous les obstacles qui se dressent sur son chemin ?) tout en évoquant des sujets brûlants : le patriarcat, l'Islam, le rôle de l'Etat, la vibrante sororité des femmes....
Le problème est qu'on a parfois l'impression que Mahamat-Saleh Haroun s'est scrupuleusement senti obligé de suivre un cahier des charges excessivement bien-pensant. Le problème aussi est que son film pâtit de l'interprétation calamiteuse de ses deux héroïnes.
Un très bon film sur les questions sociales et les barrières érigées par la société : rejet de femmes célibataires, de l'avortement vu comme crime, etc... Un reflet des aléas d'une société encore encrée sur ses principes.
Des thématiques difficiles abordées avec subtilité et retenue et des acteurs sincères dans leur interprétation. Le résultat : un film prenant et abouti. Hâte de voir d'autres réalisations de Mr HAROUN !
Un film poignant présentant certaines réalités de la société tchadienne. Le titre porte très bien son nom à divers niveaux. Les dialogues ne sont pas très nombreux mais le silence de certaines scènes laisse la place à une émotion plus palpable et permet de mieux se projeter à la place des personnages. Merci pour cette belle œuvre et vive le cinéma tchadien!
Lingui nous offre un point de vue intéressant et instructif sur la condition des femmes au Tchad, sur leurs difficultés à même rêver d'une vie plus égalitaire, plus respectueuse de leurs choix...
On est donc sur un film clairement engagé et féministe, condamnant la toute puissance des hommes sur les femmes et les filles, exhortant à ce qu'elles soient libres de leurs choix, de leurs corps.
Malheureusement, la narration est assez peu subtile, que ce soit dans les dialogues, souvent trop "directs", pas assez naturels dans leur écriture (à moins que ce ne soit là une différence culturelle, je ne connais pas non plus fort bien la façon de s'exprimer au Tchad !), et pas toujours très juste dans le jeu des actrices (même remarque que précédemment). Les personnages un peu trop archétypaux, sortes de clichés ambulants, pas assez nuancés et approfondis dans leurs personnalités.
Certaine scènes manquent également un peu de finesse, notamment la révélation en fin de film, un peu trop attendue, et surtout, la scène qui suit, qui aurait à mon sens gagné à être ellipsée... Tandis que d'autres passages auraient mérités qu'on s'y attarde plus.
Cela contraste avec d'autres moments du film qui nous offre de belles images, des scènes intéressantes, et des choix de cadrage et de réalisation plutôt judicieux.
Lingui reste cependant un bon film qui, malgré ses défauts de narration, nous raconte une histoire touchante et poignante, qui traite d'un sujet encore tabou dans de nombreuses contrées, tout en nous faisant découvrir un bout de ce pays assez peu connu... A voir donc, ne serait-ce que pour se faire son propre avis !
Très bon film, qui parle très bien de la condition lamentable de la femme en Afrique, dans l'Islam, et de la rouerie de la commuauté... J'ai beaucoup aimé et, même dans la petite salle où j'étais, les gens ont applaudi à la fin du film.
Le sujet assez banal mais serieux et grave d une jeune fille qui souhaite avorter. Le film pose la question de la liberté à disposer de son corps. La tension monte crescendo. Une critique de la religion et des hommes qui cherchent à imposer leurs lois à des femmes qui détiennent le véritable lien entre les générations grâce au pouvoir d un amour qui finalement triomphe. Un sujet d actualité universel . Un très beau film.
Depuis longtemps, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun projetait de réaliser un film dont les protagonistes seraient des femmes de son pays, des femmes célibataires, veuves ou divorcées élevant seules des enfants. Des femmes qui, dans ce pays patriarcal, sont souvent rejetées par leur entourage et qui doivent se débrouiller pour arriver à subsister et à élever leur progéniture. Par ailleurs, dans ce pays comme dans beaucoup d’autres, les femmes doivent souvent affronter la cruauté de l’excision ainsi que les très grandes difficultés, voire l’impossibilité, pour avorter dans des conditions sanitaires satisfaisantes lorsque se présente une grossesse non désirée. C’est à tous ces problèmes que Mahamat-Saleh Haroun, le réalisateur de Daratt, de "Un homme qui crie", de "Gris-Gris" et de "Une saison en France", a décidé de se confronter. Présenté dans la dernière compétition cannoise, "Lingui" n’a pas l’exceptionnelle qualité de "Darat"t, qui reste l’œuvre majeure de Mahamat-Saleh Haroun, ne serait-ce qu’à cause du jeu peu convaincant de Rihane Khalil Alio, l’interprète de Maria. Toutefois, en plus de traiter de sujets forts et importants, le film a pour lui de peindre une relation très forte entre une mère et sa fille ainsi que la force que peut avoir l’entraide entre les femmes dans un pays dominé par les hommes. Il a aussi pour lui la très grande qualité de la photographie de Mathieu Giombini et de la musique de Wasis Diop.
Dans le cinéma d'Afrique subsaharienne, qui a du mal à exister faute de moyens, le nom de Mahamat-Saleh Haroun s'impose d'emblée, lui dont chacun des films a été sélectionné dans les grands festivals européens. Lingui, les liens sacrés, est clairement un film féministe dans un pays, le Tchad, où les influences de l'Islam et du patriarcat ne laissent guère leur chance aux femmes, surtout lorsqu'il est question d'avortement ou d'excision. Les deux héroïnes de Lingui sont une fille-mère et sa fille de 15 ans, enceinte, mais ce sont des combattantes qui vont tenter, via un réseau de solidarité féminin, de trouver des solutions à l'amère situation de la seconde. Point de misérabilisme dans le film, dont la mise en scène est plutôt douce, mais une volonté d'embrasser le réel, en dépit de quelques raccourcis peu évidents dans le récit. Les hommes n'ont pas la part belle dans Lingui et peuvent parfois apparaître comme des stéréotypes, y compris l'imam intrusif, mais il y a un côté fable dans la narration qui tend à l'espoir et à la promesse de jours meilleurs pour la gent féminine au Tchad et plus largement en Afrique. Peut-être un vœu pieux mais Lingui, très bien réalisé par ailleurs, a choisi son camp, celui de l'entraide, du courage et de la tolérance dans un contexte guère favorable pour l'émancipation des femmes. Que faire d'autre pour nous, spectateurs européens, avec nos clichés persistants sur l'Afrique, que de saluer ce cinéma engagé et menacé par tous les obscurantismes ?