Un film documentaire prenant, sur le devenir d’un village du Luberon en Provence sous le joug d’une milliardaire. Malgré la dépossession de ce village aux habitants, Cyril nous tient avec ce documentaire sympathique et positif jusqu’au bout de sa cause. Prise de conscience d’un bien commun, à l’identIté bien ancrée, dépouillée de sa mémoire par Cardin qui en fait son trésor exclusif et un espace élitiste, au détriment d’un partage public. Grrrr....
La démarche est sympathique et le film réussit bien ce qu'il vise : décrédibiliser un milliardaire cynique qui a décidé "de se payer" un vieux village de Provence. On sent que le film a été fait avec des bouts de ficelle, et c'est ça qui le rend sympathique. On se prend de compassion pour ce village, mais là ou ça ne marche plus c'est quand les auteurs essayent de faire passer l'équation "riche = méchant". Ça n'est pas parce que c'est vrai ici que c'est vrai partout. D'ailleurs, en Provence, nombre de villages bénéficient des largesses financières de mécènes discrets et respectueux. Cette simplification ne fonctionne pas bien et affaiblit le film : c'est dommage. Après m'être renseignée, j'ai aussi appris que certaines personnes qui témoignent dans le film "contre" Cardin, n'ont pas été les dernières à aller dans son sens pour se faire du fric. Tout ça est donc ambigu : Cardin arrive, dévaste tout, mais il y a des gens qui bossent pour lui, profitent de son argent et sont complices de ses basses œuvres... Les courtes séquences où Pierre Cardin s'exprime sur le village et ses habitants font froid dans le dos : collector ! Au final, un film attachant, poétique et naïf.
Un film touchant, beau et drôle, simple et sincère. « Il habite tant les cieux de ses rêves qu’il en oublie le sol des autres » Ce film interroge le sol, et invite la vie à ne pas oublier d’être, donne envie de douter, d’aimer, de se lever et d’aller voir où ne s’éteint pas encore la joie, la simplicité, la liberté.
Lacoste, un petit village médiéval du Vaucluse peuplé de 400 âmes, aurait pu rester dans le silence si un célèbre couturier n’était pas venu y troubler la paisible tranquillité du patelin.
Pierre Cardin (98ans), est l’heureux propriétaire du Château de Lacoste, ayant autrefois appartenu au marquis de Sade. Après l’avoir entièrement restauré, il ne s’est pas arrêté en si bon chemin, il a racheté une après l’autre, près de 40 maisons et commerces du village (qu’il a pris soin de restaurer afin de… les inoccupés !). En effet, aucune des maisons rachetées ne sont habitées et il en est de même avec les commerces qui restent portes closes. Les vitrines servant uniquement à mettre en avant les collections personnelles de ce dernier. C’est donc un village qui se meurt petit à petit, à cause d’un seul homme, cupide et trop riche pour ne savoir quoi faire de tout son argent.
Cyril contre Goliath (2020) narre l’histoire de Cyril Montana, un écrivain parisien ayant grandis durant toute son enfance à Lacoste. Il aime cette région et il chérit son village. Mais il se désole de le voir mourir ainsi, de voir son village péricliter de la sorte (les rues y sont désertes et il n’y a plus aucun commerce). Révolté, il va tenter (seul et sans réel pouvoir de dissuasion), de s’opposer au plan de prédation de Pierre Cardin. Essayant par tous les moyens, de prévenir la presse et d’avoir un entretien avec le couturier, Cyril Montana va enchaîner les déconvenues mais ne s’avouera pas pour autant vaincu.
Avec une bonne dose d’autodérision et d’humour, Cyril Montana nous entraîne dans sa quête et dénonce haut et fort les ravages du consumérisme.
Le hasard du calendrier a voulu qu’un autre documentaire sur le couturier sorte au cinéma deux semaines plus tard. Pierre Cardin (2020) de P. David Ebersole & Todd Hughes brosse dans le sens du poil la carrière du styliste. Deux documentaires diamétralement opposés.
Un documentaire à la fibre personnelle de son auteur bien marquée. L'histoire est étonnante, la cause presque absurde, mais les réflexions toujours empreintes d'une attendrissante émotion ; comme un prétexte pour une introspection sur ces choix de vie. Laissons-nous porter par cette poésie du coeur.
Pierre Cardin a décidé de privatiser le petit village de Lacoste dans le Lubéron. Il a commencé à financer gracieusement la restauration de son vieux château. Jusque là, rien à dire. Mais il a ensuite racheté une à une les maisons du bourg, le vidant lentement de ses habitants et de ses rares commerces. Face à ce Goliath sans morale se dresse Cyril Montana. Parisien, la cinquantaine, il a passé toute son enfance à Lacoste qui, dans les années 70-80, était peuplé par une communauté cosmopolite de hippies libertaires. Il refuse le sort de son village et, après avoir réfléchi à la meilleure façon d'agir, décide de mobiliser l'opinion publique. La réalisation d'un documentaire racontant sa lutte fait partie de son plan d'action. Après avoir accumulé les refus, il rassemble le financement de son documentaire sur une plate-forme de crowdfunding.
"Cyril contre Goliath" tenait un sujet en or, manichéen à souhait, qui met face à face, comme dans les premiers documentaires de Michael Moore ou dans "Merci patron !" qui lança la carrière politique de François Ruffin, un ignoble capitaliste, suintant le mépris de classe, avec un valeureux prolétaire, armé de sa seule énergie et de son humour.
Il suscite une réflexion très stimulante sur la mobilisation collective, un sujet à la mode aux temps de "Occupy Wall Street", de "Nuit debout" et des "Gilets jaunes" : comment mobiliser le corps social ? comment attaquer un ordre qu'on juge illégitime ? comment faire changer les choses ? en restant dans les limites de la légalité ? en violant la Loi ?
Ce qui est le plus attachant est la modestie et l'auto-dérision dont Cyril Montana sait faire preuve. À la différence d'un Ruffin que la modestie n'étouffait pas, Montana se moque de tout et avant tout de lui-même. Organise-t-il une marche collective, façon Gandhi, de Paris à Lacoste, la caméra de Thomas Bornot le suit, solitaire, le sac à l'épaule, rincé comme un chien errant, sur les routes de France, accompagné seulement par son fils... qui l'abandonne en gare de Fontainebleau. Invite-t-il tous les habitants de Lacoste à une assemblée générale ? la caméra film encore une assemblée vide, réduite à quatre participants.
"Cyril contre Goliath" est un documentaire attachant qui, à partir d'un cas d'école ubuesque - la privatisation d'un petit village provençal - nous fait réfléchir avec un Don Quichotte plein d'énergie à la mobilisation collective et à ses limites.
Documentaire en forme de roadmovie tendre et jubilatoire, Cyrill contre Goliath c'est un peu les contes de notre époque, un version 21eme siècle de Robin des bois qui nous questionne sur l'organisation de notre société, le rôle de l'argent .... A voir +++ en ce période dé déconfinement pour préparer le monde d'après.
La célèbre citation "la propriété c'est le vol" est remise au goût, avec en arrière-plan la question de l’héritage sociale, artistique et familiale (sur trois générations).
J'ai vu hier soir Cyril contre Goliath. J'ai adoré ce documentaire parce qu'il parle d'un problème très actuel mais avec beaucoup d'humour et d'humanité. Allez-y !
Un film puissant. Drôle et triste à la fois, du peps du début à la fin, pas le temps de s’ennuyer, une belle histoire pour laquelle on espère une fin heureuse. Je conseille absolument.
Excellent film, à voir ! Drôle, émouvant, plein d’humilité et qui nous fait cogiter. Comment au départ d'un mécénat sur un château, l'ultra riche Pierre Cardin s'est acheté par caprice un village et l'a tué. De quoi requestionner la propriété privée, la culture, l'intérêt général. Et si le problème du séparatisme qui nous gangrène était celui des riches ? Un film aussi (et surtout ?) sur l'engagement, personnel et collectif et ses cheminements à tâtons : on fait comment pour se réapproprier nos communs, pour se fédérer ?