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"Un pays qui se tient sage" documente les violences policières qui ont émaillé la crise des "Gilets jaunes".
Son réalisateur, David Dufresne, sait de quoi il parle. Journaliste à "Libération" et à "Médiapart", il suit depuis trente ans les questions de police auxquelles il a consacré en 2007 un livre ("Maintien de l’ordre") dont il a tiré en 2019 un roman "("Dernière sommation"). En 2007, il a réalisé son premier documentaire sur les émeutes de 2005 "Quand la France s’embrase". Pendant la crise des Gilets jaunes, il a recensé sur son compte Twitter les témoignages des manifestants blessés par la police sur son compte Twitter « Allo @Place_Beauvau, c’est pour un signalement ».
Un pays qui se tient sage collationne les images de ces violences. Certaines ont déjà été vues des millions de fois comme celles de l’Arc de Triomphe, du sac du Fouquets ou de la charge musclée du boxeur Christophe Dettinger sur la passerelle Leopold-Sédar-Senghor ; d’autres sont inédites, comme celles de ces manifestants pris au piège dans leur voiture ou de Jérôme Rodrigues blessé à l’œil place de la Bastille. Charges violentes, matraquages au sol, matricules dissimulés, entraves au travail de la presse…. Le malaise est à son comble avec ces élèves d’une classe de Mantes-la-Jolie agenouillés, les mains en l’air filmés en décembre 2018 par un CRS goguenard qui félicite une « classe qui se tient sage ».
"Un pays qui se tient sage" ne se contente pas d’aligner les images. Il les confronte à un panel d’intervenants, réunis deux par deux : une juriste (Monique Chemillier-Gendreau), un avocat (William Bourdon), un sociologue, qui fut mon camarade à Sciences Po et dont les ouvrages sur le maintien de l’ordre font référence (Fabien Jobard), une historienne (Ludivine Bantigny) mais aussi le président d’un syndicat de policiers et un général de gendarmerie. Le documentaire a la bonne idée de ne pas les identifier avant le générique de fin pour éviter que leurs paroles soient immédiatement assignées. Avec une mesure que le débat public, dans les médias et sur les réseaux sociaux, n’a pas su garder, ils analysent les images et évitent les postures démagogues. Le policier syndicaliste concède que les actes commis à Mantes-la-Jolie sont inadmissibles ; l’avocat inlassable défenseur des droits de l’homme reconnaît la nécessité dans une démocratie d’une force publique.
Une séquence, filmée à l’angle des Champs et de l’avenue Montaigne, fait l’objet d’une double lecture. On y voit un groupe de cinq policiers motorisés débordés par les manifestants. L’un des intervenants insiste sur le déséquilibre des forces et la retenue des cinq policiers (un dégaine son arme de service mais la rengaine immédiatement) ; l’autre au contraire souligne la retenue de la foule qui aurait pu lyncher les policiers mais se bornent à les faire fuir.
Les intervenants discutent longuement de la formule célèbre de Max Weber : l’État détient le monopole de la violence physique légitime. Ils pointent les contre-sens dont elle est souvent entachée. Il ne s’agit pas de reprocher à l’État d’être violent par essence mais au contraire d’encadrer la violence en en interdisant l’exercice à des acteurs privés et en la réservant au seul État.
Il n’est pas question de remettre en cause l’adage wéberien. La violence privée, celle qu’ont exercée certains Gilets jaunes n’est pas acceptable. Le discours consistant à justifier cette violence comme la réponse légitime aux violences symboliques exercées par l’État à travers les politiques inégalitaires qu’il mettrait en œuvre n’est pas défendable.
La question posée doit être celle des limites de l’usage de cette violence d’État soumise au double principe de nécessité et de proportionnalité. Les images de ce documentaire montrent qu’elles ne sont pas toujours respectées. La circonstance, comme le plaide un syndicaliste de la police, que les images montrées aient pu être précédées d’heures d’affrontements où les objets et les insultes auraient plu sur des forces de l’ordre poussées à bout ne constituent pas une excuse valable : les professionnels du maintien de l’ordre sont tenus, en tous lieux et en tout temps, au respect de leurs consignes. Et les manquements à ces consignes doivent être sanctionnées : le documentaire évoque d’un mot trop rapide, pour se plaindre moins de leur partialité que de leur lenteur, les enquêtes internes de l’IGPN pour « usage illégitime de la force » et les instructions en cours devant le juge pénal.
L’inconvénient de ce pénible catalogue est de pointer les dérapages et de renvoyer l’image d’une police systématiquement violente. "Un pays qui se tient sage" évite cette dérive à la fois par la parole donnée aux policiers et aux gendarmes – en regrettant que les autorités (préfet de police, DPN, DGGN…) aient refusé l’opportunité qui leur avait été donnée de témoigner elles aussi – et le rappel de quelques faits. Les violences policières sont rares, si on les compare à l’ensemble des interventions de forces de police ; elles ne sont guère meurtrières (la mort d’une Marseillaise en décembre 2018 et d’un Nantais en juin 2019 ont été imputées à la police). Une utile mise en perspective internationale relativise les choses face à des régimes autrement plus policiers tels que la Russie.
Le principal défaut du documentaire est dans son titre. Emprunté on l’a dit à l’expression inadmissible d’un CRS à Mantes-la-Jolie, il sous-entend que les violences policières sont l’expression d’un projet plus systématique d’asservissement du pays tout entier. L’existence même de ce documentaire démontre que la France n’est pas tout à fait encore une dictature liberticide.
Son réalisateur, David Dufresne, sait de quoi il parle. Journaliste à "Libération" et à "Médiapart", il suit depuis trente ans les questions de police auxquelles il a consacré en 2007 un livre ("Maintien de l’ordre") dont il a tiré en 2019 un roman "("Dernière sommation"). En 2007, il a réalisé son premier documentaire sur les émeutes de 2005 "Quand la France s’embrase". Pendant la crise des Gilets jaunes, il a recensé sur son compte Twitter les témoignages des manifestants blessés par la police sur son compte Twitter « Allo @Place_Beauvau, c’est pour un signalement ».
Un pays qui se tient sage collationne les images de ces violences. Certaines ont déjà été vues des millions de fois comme celles de l’Arc de Triomphe, du sac du Fouquets ou de la charge musclée du boxeur Christophe Dettinger sur la passerelle Leopold-Sédar-Senghor ; d’autres sont inédites, comme celles de ces manifestants pris au piège dans leur voiture ou de Jérôme Rodrigues blessé à l’œil place de la Bastille. Charges violentes, matraquages au sol, matricules dissimulés, entraves au travail de la presse…. Le malaise est à son comble avec ces élèves d’une classe de Mantes-la-Jolie agenouillés, les mains en l’air filmés en décembre 2018 par un CRS goguenard qui félicite une « classe qui se tient sage ».
"Un pays qui se tient sage" ne se contente pas d’aligner les images. Il les confronte à un panel d’intervenants, réunis deux par deux : une juriste (Monique Chemillier-Gendreau), un avocat (William Bourdon), un sociologue, qui fut mon camarade à Sciences Po et dont les ouvrages sur le maintien de l’ordre font référence (Fabien Jobard), une historienne (Ludivine Bantigny) mais aussi le président d’un syndicat de policiers et un général de gendarmerie. Le documentaire a la bonne idée de ne pas les identifier avant le générique de fin pour éviter que leurs paroles soient immédiatement assignées. Avec une mesure que le débat public, dans les médias et sur les réseaux sociaux, n’a pas su garder, ils analysent les images et évitent les postures démagogues. Le policier syndicaliste concède que les actes commis à Mantes-la-Jolie sont inadmissibles ; l’avocat inlassable défenseur des droits de l’homme reconnaît la nécessité dans une démocratie d’une force publique.
Une séquence, filmée à l’angle des Champs et de l’avenue Montaigne, fait l’objet d’une double lecture. On y voit un groupe de cinq policiers motorisés débordés par les manifestants. L’un des intervenants insiste sur le déséquilibre des forces et la retenue des cinq policiers (un dégaine son arme de service mais la rengaine immédiatement) ; l’autre au contraire souligne la retenue de la foule qui aurait pu lyncher les policiers mais se bornent à les faire fuir.
Les intervenants discutent longuement de la formule célèbre de Max Weber : l’État détient le monopole de la violence physique légitime. Ils pointent les contre-sens dont elle est souvent entachée. Il ne s’agit pas de reprocher à l’État d’être violent par essence mais au contraire d’encadrer la violence en en interdisant l’exercice à des acteurs privés et en la réservant au seul État.
Il n’est pas question de remettre en cause l’adage wéberien. La violence privée, celle qu’ont exercée certains Gilets jaunes n’est pas acceptable. Le discours consistant à justifier cette violence comme la réponse légitime aux violences symboliques exercées par l’État à travers les politiques inégalitaires qu’il mettrait en œuvre n’est pas défendable.
La question posée doit être celle des limites de l’usage de cette violence d’État soumise au double principe de nécessité et de proportionnalité. Les images de ce documentaire montrent qu’elles ne sont pas toujours respectées. La circonstance, comme le plaide un syndicaliste de la police, que les images montrées aient pu être précédées d’heures d’affrontements où les objets et les insultes auraient plu sur des forces de l’ordre poussées à bout ne constituent pas une excuse valable : les professionnels du maintien de l’ordre sont tenus, en tous lieux et en tout temps, au respect de leurs consignes. Et les manquements à ces consignes doivent être sanctionnées : le documentaire évoque d’un mot trop rapide, pour se plaindre moins de leur partialité que de leur lenteur, les enquêtes internes de l’IGPN pour « usage illégitime de la force » et les instructions en cours devant le juge pénal.
L’inconvénient de ce pénible catalogue est de pointer les dérapages et de renvoyer l’image d’une police systématiquement violente. "Un pays qui se tient sage" évite cette dérive à la fois par la parole donnée aux policiers et aux gendarmes – en regrettant que les autorités (préfet de police, DPN, DGGN…) aient refusé l’opportunité qui leur avait été donnée de témoigner elles aussi – et le rappel de quelques faits. Les violences policières sont rares, si on les compare à l’ensemble des interventions de forces de police ; elles ne sont guère meurtrières (la mort d’une Marseillaise en décembre 2018 et d’un Nantais en juin 2019 ont été imputées à la police). Une utile mise en perspective internationale relativise les choses face à des régimes autrement plus policiers tels que la Russie.
Le principal défaut du documentaire est dans son titre. Emprunté on l’a dit à l’expression inadmissible d’un CRS à Mantes-la-Jolie, il sous-entend que les violences policières sont l’expression d’un projet plus systématique d’asservissement du pays tout entier. L’existence même de ce documentaire démontre que la France n’est pas tout à fait encore une dictature liberticide.
très bon documentaire clair et efficace
j'aurais préféré que les intervenants soient identifiés tout le long du film et pas seulement à la fin
j'aurais préféré que les intervenants soient identifiés tout le long du film et pas seulement à la fin
Au-delà d’une suite d’images choquantes par leur violence réaliste, « Un pays qui se tient sage » est l'élaboration collective d'un récit différent de celui porté par le flux des média officiels et de la communication propagandiste du gouvernement sur les manifestations des Gilets Jaunes. En tant que témoins devant l’écran, nous ne pouvons que nous questionner sur les limites entre démocratie et gestion autoritaire de l’ordre. Quelle différence entre violence légitime et violence légale ?
Franchement, on ne va pas se se mentir, c'est pas tellement qu'on s'emmerde, car non il y a des images sympa. Mais c'est très bateau ! Très très bateau.
Un film d'activiste qui fait pschit.
Un film d'activiste qui fait pschit.
Un format très pertinent, pour un documentaire à voir absolument. Mention spéciale au sociologue pour ses interventions.
" Un Pays Qui Se Tient Sage " plébiscité par la presse et qui connait un beau succès en salle malgré un faible nombre de copies est un documentaire qui ne laisse pas indifférent . En effet le réalisateur avec des images parfois chocs démontre l'usage excessive qui a été fait par les forces de l'ordre contre les manifestants des gilets jaunes entre 2018 et 2020 et comment ses excès de violence ont été instrumentalisé par les politiques et médias.
Film remarquable, à la fois document pour l'Histoire et outil de réflexion sur l'Etat, la démocratie, l'ordre.
Bravo et merci David Dufresne.
Bravo et merci David Dufresne.
Images choquantes (et auxquelles il faut pourtant se confronter pour en prendre la mesure) alternent avec analyses et ressentis de différents protagonistes et observateurs de cette période troublée.
Cela offre une vision d' ensemble et l' occasion de réfléchir au sens des choses, et c' est tant mieux !
Entre violence faite à la société et société violente la réalité est questionnée...
Que les réponses qui naîtront de ce questionnement fassent naître plus d'humanité...
Merci à David Dufresne.
Cela offre une vision d' ensemble et l' occasion de réfléchir au sens des choses, et c' est tant mieux !
Entre violence faite à la société et société violente la réalité est questionnée...
Que les réponses qui naîtront de ce questionnement fassent naître plus d'humanité...
Merci à David Dufresne.
Un peu déçu: beaucoup de séquences de charges policières assez confuses coupées par des réflexions philosophiques sur l'usage de la violence légitime( ou pas) par des historiens ou sociologues. On aurait aimé avoir des considérations plus prosaïques sur l'évolution des techniques de maintien de l'ordre et la comparaison avec ce qui se fait à l'étranger. Aussi pratiquement rien sur les jugements en comparution immédiate. Heureusement quelques témoignages poignants de gilets jaunes viennent donner un peu plus de consistance à ce documentaire qui reste d'utilité publique
David Dufresne est l'un des rares journalistes à faire son métier, loin des chaînes d'info et des médias mainstream il compile sans relâche depuis plusieurs années la brutalité policière et la violence d'état. Clairement militant son film est ouvertement pro-gilet jaune et anti-flic mais difficile de ne pas être manichéen en voyant ce documentaire. Souvent passionnant par ce qui se dit de l'utilisation de la violence par le Pouvoir qui n'a plus que ça à offrir comme seul réponse , par la révolution qu'apporte le smartphone qui cisaille la verticalité du même Pouvoir en le coupant des médias qui lui sont inféodées. Le dégoût également de savoir que même les Nations Unies reproche "au pays des droits de l'homme" sa façon de maintenir l'ordre face aux révoltes, au final nous ne valons pas mieux que bien des pays à qui nous faisons la leçon.
Un film/documentaire à la réalisation quasi-parfaite est extrême intéressante. Le seul reproche que l'on puisse formuler à mon sens est sa probable inaccessibilité pour un public n'ayant pas la culture du langage et des références utilisées. Je regrette également la quasi-absence d'intervenants "côté flics" dont l'avis et la confrontation auraient été intéressants, mais ce n'est pas faute de les y avoir invités si j'ai bien compris. À voir absolument en ces temps tumultueux !
Un film à voir sur grand écran car cela redonne toutes leurs force à ces images dont malheureusement on s'habitue. Ce film nécéssaire permet de prendre du recule sur cette période des gilets jaunes et d'élargir et d'éclairer le sujet.
D'une finesse politique et d'une pudeur necessaire !
D'une finesse politique et d'une pudeur necessaire !
Un film sur la violence des manifestants et policiers au cours des manifestations gilets jaune. On a une succession d'image violentes avec diverses commentaires et opposition de point de vue. Le film n'apporte rien il n y a pas de structure ni de réel débat.
De l'autre côté de l'information. Les violences policières montrées autrement que par les médias "mainstream". Selon notre sensibilité ce sera propagande pour les uns et mise au point pour les autres. Allez-y sans préjugés et faites-vous votre propre opinion.
Beaucoup de critiques mentionnent le fait que la France ait été rétrogradée en "démocratie imparfaite" en 2011 par The Economist Group. Ce qu'ils ne disent pas, et que le reportage partisan (presque un film insoumis) ne dit pas non plus, c'est que la France est redevenue une démocratie pleine en 2018.
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