Désordres
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CloakBack
CloakBack

6 abonnés 348 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 14 décembre 2025
Un film qui observe le monde au microscope et refuse toute accélération. Désordres propose moins un récit qu’un système à décrypter, où le moindre déplacement devient politique.

Avant de voir Désordres, il faut accepter une œuvre située à l’écart de toute narration classique. Cyril Schäublin ne cherche ni le spectaculaire ni l’identification émotionnelle immédiate. Le film privilégie l’observation patiente, la répétition et une mise en scène contrôlée. Le temps y est étiré, parfois immobile, et le sens se construit par accumulation de gestes et de micro-événements. Il s’agit moins d’une histoire à suivre que d’un dispositif à observer, qui exige une attention constante aux variations plutôt qu’à une progression dramatique.

Le film s’inscrit dans un contexte historique précis, celui de la Suisse jurassienne de la fin du XIXᵉ siècle, au cœur de l’industrie horlogère. Ce territoire repose sur une organisation du travail fondée sur la mesure du temps, la discipline et une division industrielle, notamment genrée, avec une main-d’œuvre majoritairement féminine encadrée par une hiérarchie masculine. En parallèle, la région est traversée par la pensée anarchiste, présente de manière discrète. Désordres met ainsi en tension l’ordre minutieux de la production du temps et la circulation d’idées libertaires qui en fragilisent les fondements, sans jamais les commenter.

Le film aborde plusieurs thématiques centrales, au premier rang desquelles la normalisation du temps comme outil de pouvoir. Le contrôle ne s’exerce pas par la violence directe, mais par la cadence imposée aux corps, aux gestes et aux relations sociales. L’anarchisme n’est jamais filmé comme une révolution spectaculaire, mais comme une inquiétude diffuse, un trouble justifiant la surveillance et le maintien de l’ordre. Schäublin observe comment un système économique et social se protège en neutralisant toute imprévisibilité.

Le message reste volontairement indirect. Désordres ne dénonce pas frontalement, mais montre comment l’ordre se maintient par l’habitude, la répétition et la peur du déséquilibre. Le désordre n’est jamais pleinement visible, seulement redouté. En creux, le film interroge la transformation du temps en marchandise et la difficulté à penser une alternative dans un monde obsédé par la mesure.

Mon ressenti a été partagé. Le film m’a souvent ennuyé, mais j’ai été sensible à son style, à la sécheresse des dialogues et à cette ambiance paisible traversée de tensions sourdes. J’ai apprécié sa critique des logiques du capitalisme industriel, même si cette approche exige une implication constante.

Reste que Désordres souffre de limites importantes. Son abstraction crée rapidement une distance excessive. Le film privilégie un dispositif conceptuel où le sens n’est jamais explicité, ce qui peut donner une impression d’hermétisme, voire d’élitisme. Le rythme extrêmement lent et la répétition des situations maintiennent une distance émotionnelle marquée avec les personnages, souvent réduits à des fonctions. La forme finit parfois par écraser le fond, rendant l’expérience exigeante et clivante.

Désordres demeure ainsi un film intellectuellement stimulant mais difficile d’accès, plus intéressant dans ce qu’il observe que dans ce qu’il fait ressentir. Une œuvre rigoureuse, stimulante sur le plan des idées, mais dont la radicalité limite l’adhésion.
Laszlo K.
Laszlo K.

34 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 décembre 2024
Des tableaux. C'est vraiment ça. Des plans qui vous font irrémédiablement penser à des tableaux.
Mais aussi un point de vue comme rarement sur le temps. Celui qui passe, mais surtout celui qui compte, celui qui rapporte.
Ajoutez-y une prise de position (politique) originale sur le monde ouvrier, sans bruit ni fureur mais peut-être d'autant plus redoutable et vous obtenez ce petit bijou. A découvrir!
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 11 juillet 2024
Tic tac, tic tac, je ne connaissais rien du sujet.
Tic tac, tic tac, je m’attendais à autre chose quand j’appris qu’il y avait différents horaires dans cette petite ville suisse du XIXème siècle : un horaire pour la fabrique, un horaire pour la gare, un horaire pour la municipalité…
Tic tac, tic tac, je m’étais dit que tous ces gens allaient établir un horaire unique.
Tic tac, tic tac, le balancier des montres m’a ensuqué.
Tic tac, tic tac, « Désordres » est à éviter après une journée physiquement harassante.
Tic tac, tic tac, je ne renouvellerai pas l’expérience de le revoir à tête reposée… euh, après une journée paisible.
Tic tac, tic tac, cependant je reconnais au film de Cyril Schäublin une certaine audace dans ses plans, dans sa mise en scène.
On y voit des gens discuter à voix feutrée et polie à l’extérieur ; silhouettes insignifiantes à l’extrémité de l’écran faisant place à une nature écrasante. Comme si la caméra se voulait espionne. La plupart des plans rapprochés sont consacrés aux mécanismes des montres ou horloges. Une bonne idée.
Et tout ce support artistique sert de prétexte pour une idéologie politique qui germe dans l’esprit de quelques ouvrières : l’anarchie.

En conclusion, je ne suis pas client de ce genre de cinéma, toutefois, je m’interdis d’être sévère dans la mesure où j’ai dû lutter pour combattre un sommeil consécutif à une journée physiquement éprouvante. Je manque de lucidité critique. Je n’étais pas dans les meilleures conditions pour suivre ce « Désordres », à la démarche artistique audacieuse et un tantinet hermétique, je le reconnais.
COMMODORE
COMMODORE

8 abonnés 17 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 mars 2024
Je viens de voir le film récemment et je suis complètement passé à côté lors de sa sortie ! Le récit, minimaliste mais poignant, explore les tensions sociales et les luttes intestines qui traversent la communauté horlogère. La confrontation entre l'artisanat traditionnel et l'industrialisation naissante est subtilement évoquée, soulignant les bouleversements à venir.

Désordres n'est pas un film à grand spectacle, mais une expérience sensorielle unique. C'est une ode à la précision, au travail manuel et à la beauté des gestes oubliés. Un film qui se contemple comme une montre rare, un précieux témoin d'une époque révolue.

Pour les amateurs de film contemplatif et d'histoire sociale, Désordres est une véritable pépite à découvrir.
Hotinhere

790 abonnés 5 467 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 20 janvier 2024
Plongée dans une usine suisse de l’horlogerie au XIXe siècle où la course à la productivité fait face aux mouvements anarchistes. Ça aurait pu être intéressant mais c’est d’un ennui mortel.
Adelme D.Otrante
Adelme D.Otrante

228 abonnés 1 484 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 décembre 2023
Unrueh se déroule dans le Jura Bernois qui déjà au XIXe est l'un des centres mondiaux de l'industrie de précision et donc bien sur de l'un des fleurons de l'économie suisse : les manufactures de montres. Il a aussi la particularité d'être francophone alors que la capitale helvétique est germanophone, d'où l'accent particulier des acteurs s'exprimant ici en français qui peut donner l'impression d'un jeu approximatif. Et chose inattendue la région de Saint-Imier où se passe le film a été l'un des bastions de l'internationale anarchiste. En résulte un film au sound design remarquable mais assez étrange , à la fois totalement empesé mais aussi parfaitement hypnotique, en tout cas l'œuvre d'un véritable cinéaste, sans aucun doute.
Nisan21
Nisan21

14 abonnés 237 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 octobre 2023
Le film ne m'a pas vraiment convaincu.
Malgré une photographie et quelques plans intéressants, j'ai eu souvent l'impression de snobisme, avec des couleurs désaturées, des éléments au premier plan cachant le décor, et cette manie dans des films en "version française" de conserver des dialogues dans d'autres langues... dans ce film on est largement servi là-dessus, avec deux langues qui se chevauchent dans les conversations. Je veux bien que ce soit en Suisse avec ses multiples langues officielles, mais passer du français à l'allemand à tout bout de champ m'a plus semblé relever de l'effet de style. L'anglais et le russe sont utilisés plus sporadiquement, on peut comprendre qu'il soit compliqué de leur offrir un doublage, mais je regrette ce fait de plus en plus courant de ne plus doubler entièrement un film en se débrouillant pour faire comprendre qu'il s'agit d'une langue ou l'autre en faisant confiance à la suspension d'incrédulité.

Le jeu des acteurs sonne régulièrement faux, et le rythme lent me semble mal maîtrisé.
Cinéphiles 44

1 666 abonnés 4 646 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 2 octobre 2023
Bien qu'un peu lent, "Désordres" a le mérite de nous faire découvrir avec précision, les incroyables métiers autour de l'horlogerie en Suisse au XIXème siècle. A l'aube d'une course contre la montre face aux avancées technologiques, la pression sociale augmente entre la réorganisation du travail par les dirigeants pour rester compétitifs et les mouvements sociaux par les groupes d'anarchistes. Un film autant captivant que pompeux.
Ciné-13
Ciné-13

172 abonnés 1 422 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 28 septembre 2023
Fin XIXème, mise en place à la fois du capitalisme industriel et des mouvements anarchistes internationaux.
Le temps pourrait paraître long, mais quel temps : celui de l'usine, de la ville, de l'église. Attention aux horaires de trains!
La placidité suisse cadence lentement toutes les interventions : annonces politiques, votes à main levée, comptabilité minutieuse ridicule du temps passé des ouvriers, contrôle qualité avec minutage régulé par les policiers municipaux. Mais attention les femmes sont interdites de vote ainsi que les non payeurs d'impôt!
La photographie est magnifique mais les cadrages sont déroutants avec des conversations hors champ, et des prises de vue décalées à plan fixe. On découvre que les anarchistes proposaient une géographie très différente des frontières et que les ouvriers devaient choisir par vote. Mais les anarchistes finiront par être licenciés par les règlements municipaux.
Slogans des anarchistes : "La propriété c'est le vol" ou "L'ouvrier n'a pas de patrie"...
Un intéressant OVNI cinématographique!
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 23 septembre 2023
J'ai été littéralement fasciné par cette chronique ultraréaliste, singulière, inclassable.
Véritable immersion au sein d'une petite communauté cosmopolite qui fourmille sous l'œil d'une caméra voyageuse temporelle, invitée objective dans une fabrique artisanale et alentour, à l'orée d'une forêt suisse; à l'orée d'un autre monde aussi, tout proche et cependant, alors si lointain, il aura fallu plusieurs guerres pour l'atteindre, monde où les priorités qui seront les véritables vainqueurs ne sont plus ni patrie ni même la personne, mais des concepts comme efficacité.
On ressent cette deuxième partie du XIXe siècle comme si l'on en respirait l'air, comme si tous les visages que l'on croise sont encore vierges de l'avenir: plus qu'une reconstitution, un saut dans le passé (l'emploi de nombreuses "vraies gens" doit y être pour quelque chose). La matière du temps lui-même n'est pas encore investie de l'immédiateté qui nous est si familière aujourd'hui; la durée avait plus d'espace, l'attention d'esprit qu'on y consacrait modelait une réalité qui peut nous apparaître traînante et naïve. Car dans nos yeux elle n'est plus qu'un rêve, une autre réalité l'a remplacée. L'optimisation des ressources humaines commençait sa logique dévorante et les visions libertaires des anarchistes seront digérées, transformées par le Capital. ..

Ce film est un bel exemple du pouvoir du cinéma, capable de traverser la mémoire et par l'imagination sublimée, recréer la vie.
Il n'y a pas à proprement parler d'intrigue, le scénario c'est cet embarquement pour l'époque en question, sa mécanique humaine, les rouages de ces âmes s'interrogeant sur la route qui s'ouvre à elles, ou qu'on leur impose à l'image des merveilleuses, mais intransigeantes horlogeries que l'objectif caresse de très très près.
Yves G.

1 845 abonnés 4 020 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 7 juin 2023
"Désordres" a pour cadre une usine d’horlogerie de la vallée de Saint-Imier, dans le Jura bernois, dans les années 1870. On en découvre le directeur, les ingénieurs qui y chronomètrent le temps de travail des ouvrières pour en rationaliser les tâches. Le jeune Piotr Kropotkine, qui était géographe de formation, avant de devenir l’un des leaders du mouvement anarchiste, visite la région.

"Désordres" est un film étonnant. Étonnant par son sujet : j’ignorais que le mouvement anarchiste avait trouvé dans les vallées suisses juste après la Commune un terreau si favorable. Étonnant par son traitement : "Désordres" a été tourné en lumière naturelle avec des acteurs non-professionnels. Son traitement du son est très particulier, avec à la fois des voix très proches, presque murmurantes et l’omniprésence d’un bruit de fond parasite. Son traitement de l’image l’est tout autant, avec des plans très rapprochés et des cadrages décentrés, comme des peintures flamandes dont le sujet principal se situe à la périphérie.
Avec une grande ascèse, "Désordres" essaie de mettre en images une idée : la mesure du temps.

Le résultat est déconcertant. On a envie de crier au génie devant autant d’originalités. Mais très vite l’ennui s’installe. La faute au jeu des acteurs décidément très mauvais : c’est une chose de choisir des non-professionnels, c’en est une autre de les diriger. La faute aussi à un scénario qui a force de refuser tout effet spectaculaire finit par s’enliser : on ne s’attache pas aux personnages auxquels le scénario refuse obstinément de donner le moindre relief et la moindre personnalité, on ne s’intéresse à aucune des histoires que, là encore, le scénario refuse de développer (le licenciement d’une ouvrière, une votation, l’ébauche d’une idylle). Dommage…
floduchaume chaume
floduchaume chaume

2 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 31 mai 2023
Je ne sais pas si c'est mauvais, mais quel ennui... Ce film est d'une lenteur terrible. On voit bien les ressorts des montres et leur montage mais bon, moi c'est pas ma passion. J'attendais des idées, une inspiration, un espoir peut-être ! Je n'ai qu'une envie, que ça se termine
Franck J P
Franck J P

7 abonnés 113 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 mai 2023
histoire de temps et temps historique : au spectateur d'ordonner le tout!.
l la révolution ne s'invente pas se pratique au quotidien dans la construction de l'horloge que dire des horloges et des montres celle qui au bout du compte l'individu ouvrier à son néant.
Suzieloper
Suzieloper

6 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 mai 2023
Un très beau film qui part sa mise en scène nous appelle à la contemplation d'oeuvres d'art qui se succèdent
Jennifergrinn
Jennifergrinn

2 abonnés 7 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 15 mai 2023
Excellent film. La mise en scène peut parfois nous faire rappeler celle de Wes Anderson
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