Ce film résonnera longtemps.
C’est un chef-d’œuvre qui soigne sans panser qui montre sans juger. Si délicat malgré le fouet.
Un instrument à guérison, un art de survie, un art du pardon, si tant est que pardonner, ce soit d’abord regarder.
C’est l’histoire d’Olfa et de ses quatre filles, dont deux ont rejoint Daesh.
Mais c’est avant tout une histoire de peur.
Une peur qui traverse les générations, qui se transforme en loi, en voile, en silence.
Une peur qui se confond avec l’amour et qui frappe pour tenter contenir.
« Une chatte, quand elle a peur pour ses petits, peut les manger. Moi, je ne les ai pas mangés, mais je ne les ai pas protégés non plus. »
Dans ce silence, le cri de toutes les mères qui ont cru bien faire, confondu obéissance et soin, éducation et dressage.
La mère, dépassée et fragile, a finalement laissé entrer la peur dans sa maison. Un beau-père qui la nuit la mère la journée les filles.
« J’aurais tout fait pour lui. » dit encore Olfa.
L’amour devient aliénation, la peur fidélité.
Et ces peurs, les filles les transforment en religion, en révolte, en fuite vers la mort. Pour être libre le seul choix que de sauter en enfer.
« Tout ce que ma mère a fait, je le reproduis. »
La maltraitance pousse à la souffrance, la souffrance à la domination, la domination au fanatisme.
Et le film tente de briser cette chaîne, par la parole, par la reconstitution, par le jeu, par l’art.
Ce n’est pas juste un film sur la Tunisie, ni sur Daesh, ni sur les femmes.
C’est un film sur la transmission du mal quand la protection échoue.
Sur la maternité qui étouffe, sur la foi qui se confond avec la peur, sur la maltraitance pour croire enrayer.
Et sur la possibilité, fragile mais réelle, de recommencer autrement.
Jusqu’à ce qu’arrive une génération qui brise la chaîne.
La maltraitance entraîne vers la soumission à autre chose, la violence à soi, la destruction.
Et le pire, c’est la négation :
quand personne ne croit, quand plus rien n’existe, ni code, ni parole, ni refuge.
C’est peut-être là, dans ce vide, que l’art, le film, l’écriture deviennent nécessaires.
Pour entendre voir et survivre.