En installant un dispositif où actrices de cinéma et actrices de leurs propres vies partagent le même plateau de tournage, la réalisatrice fait naître complicités et révélations. Pour s’emparer de leurs rôles, les deux sœurs ainées, absentes et donc interprétées, écoutent les confidences, les témoignages des sœurs cadettes qui jouent leurs propres personnages. Entre les deux binômes, deux mères, la vraie et l’actrice qui elle, met à nue les responsabilités et les contradictions d’Olfa Hamrouni. Véritable battante et non sans humour, elle engage sa vie de mariée dans une mascarade tout aussi sanguinolente qu’amusante et malicieuse. Pour justifier l’injustifiable, battre presque à mort Rahma ou fermer les yeux sur plusieurs viols, elle évoque une malédiction comme si rien ne pouvait changer le cours de destins pré-écrits. Commode… Kaouther Ben Hania articule son scénario autour de cette mère aimante mais violente et maladroite sans oublier l’arrière-plan politique, sous forme d’extraits de journaux télévisés : brillante démonstration autour de la représentation du voile et du niqab, symbole rebelle avant la révolution et emblème djihadiste après ! Les barbus toujours aussi effrayés par la liberté des femmes font main basse sur les aspirations démocratiques du peuple tunisien. Pour autant le film ne dégage pas beaucoup d’émotions, sans doute parce que ce chassé-croisé symbolique entre actrices et non actrices accapare toute l’attention et que se dessine aussi en second récit, celui de l’art de restituer à l’écran l’histoire des autres. La photographie est plutôt soignée et le noir et le rouge, pas de référence Stendhalienne, éclaboussent notre imaginaire et imposent deux camps, l’un radical, l’autre contemporain et inscrit dans son temps. On ne s’ennuie jamais tant la vérité se fait jour au fil de plans séquences très maîtrisés sans que jamais, les fils qui animent l’ensemble, apparaissent. A voir.
Ce film, ou plutôt cette œuvre cinématographique, mélange de fiction et documentaire jamais vu auparavant, donne à réfléchir. En effet, on nous narre la vie d’Olfa et de ses 4 filles, dont les deux aînées sont parties : prisent par « le loup ». Olfa et ses deux jeunes filles tournent dans le film et 2 actrices jouent le rôle de ses deux aînées ainsi qu’une troisième jouant le rôle d’Olfa, pour les scènes plus douloureuses. Les scènes tournées nous percutent de plein fouet par les émotions, que ce soit le rire, la peine, la peur ou encore la colère. Les passages racontés par Olfa et ses filles sont poignant et le fait qu’elles accompagnent les actrices pour chaque scène rajoute encore plus de réalisme. Je ne pense pas être légitime à émettre une critique quelconque sur cette œuvre parce que je ne peux pas imaginer une seule seconde ce qu’elles ont pu ou peuvent encore ressentir mais je me permets simplement d’exprimer mon ressenti après l’avoir regardé, et je ne peux que vous le conseiller.
Un film magnifique où se mêle hier et aujourd'hui. Un film qui prend des allures de documentaires parfois. Rires et larmes se mélangent tout comme le rouge de la vie et du désir et celui du noir de la tristesse, de la guerre et des vêtements des femmes combattantes. C'est un sacré équilibre que de raconter l'histoire de cette mere qui a "perdu" deux filles parties rejoindre Daesh qui vit sous le poids des traditions mais qui cherche à protéger ses filles, à tous prix sans jamais tomber dans le pathétique. C'est aussi la douleur des 2 sœurs qui témoignent , souffrent de la situation confrontées entre plusieurs interrogations et emotions contradictoires..
Film très original dans sa contruction, beau et fort. Ne vous fiez pas à la bande annocne, qui m'avait un peu embrouillée. Le film est très visiblvoire nécessaire!
Ce film résonnera longtemps. C’est un chef-d’œuvre qui soigne sans panser qui montre sans juger. Si délicat malgré le fouet. Un instrument à guérison, un art de survie, un art du pardon, si tant est que pardonner, ce soit d’abord regarder. C’est l’histoire d’Olfa et de ses quatre filles, dont deux ont rejoint Daesh. Mais c’est avant tout une histoire de peur. Une peur qui traverse les générations, qui se transforme en loi, en voile, en silence. Une peur qui se confond avec l’amour et qui frappe pour tenter contenir. « Une chatte, quand elle a peur pour ses petits, peut les manger. Moi, je ne les ai pas mangés, mais je ne les ai pas protégés non plus. » Dans ce silence, le cri de toutes les mères qui ont cru bien faire, confondu obéissance et soin, éducation et dressage. La mère, dépassée et fragile, a finalement laissé entrer la peur dans sa maison. Un beau-père qui la nuit la mère la journée les filles. « J’aurais tout fait pour lui. » dit encore Olfa. L’amour devient aliénation, la peur fidélité. Et ces peurs, les filles les transforment en religion, en révolte, en fuite vers la mort. Pour être libre le seul choix que de sauter en enfer. « Tout ce que ma mère a fait, je le reproduis. » La maltraitance pousse à la souffrance, la souffrance à la domination, la domination au fanatisme. Et le film tente de briser cette chaîne, par la parole, par la reconstitution, par le jeu, par l’art. Ce n’est pas juste un film sur la Tunisie, ni sur Daesh, ni sur les femmes. C’est un film sur la transmission du mal quand la protection échoue. Sur la maternité qui étouffe, sur la foi qui se confond avec la peur, sur la maltraitance pour croire enrayer. Et sur la possibilité, fragile mais réelle, de recommencer autrement. Jusqu’à ce qu’arrive une génération qui brise la chaîne. La maltraitance entraîne vers la soumission à autre chose, la violence à soi, la destruction. Et le pire, c’est la négation : quand personne ne croit, quand plus rien n’existe, ni code, ni parole, ni refuge. C’est peut-être là, dans ce vide, que l’art, le film, l’écriture deviennent nécessaires. Pour entendre voir et survivre.
Le film de Kaouther Ben Hania présente deux soeurs et une mère, héroïnes et tragédiennes d'une histoire poignante ayant ému la Tunisie. En miroir on voit deux actrices jouer les rôles de deux des filles d'Olfa, disparues un jour, "prises par le loup". La ligne frontière entre la réalité et la fiction n' est pas effacée, mais celle entre la réalité et sa reconstitution joue avec nous. Que dire de la mère? Interprétée tantôt par la vraie personne et tantôt par son interprète. Le Vertige nous prend. La mise en abime est infinie. Cette confusion peut perturber le spectateur, qui par moments ne sait plus s'il assiste à des témoignages dits authentiques ou à des reconstitutions de certaines scènes. Pourtant, c'est précisément cette magnifique complexité du dispositif qui suscite à la fois l'émotion (très puissante) OUI NON OUI NON OUI "Les filles d'Olfa" a une grande part de manipulation et d'impudeur: et alors.? La réalisatrice assume et met en scène tout cela dans la clarté! Un film magnifique
Film incroyable, tant par le fond que par la forme ! Sur le fond, alors que le thème principal annoncé est la radicalisation, en vérité les sujets abordés sont quasiment infinis : violences familiales et conjugales, éducation, fratrie, adolescence, féminisme, religion, société, politique... La forme, quant à elle, est des plus surprenantes et des plus novatrices. Olfa et deux de ses filles jouent leur propre rôle, avec le soutien d'acteurs professionnels. Fiction et vérité s'imbriquent et leur frontière paraît tout à coup fragile, ce qui donne à réfléchir sur notre capacité à rendre compte des événements marquants de nos vies. A voir !