Remake raté : "Le Nouveau Jouet" face à l'excellent "Le Jouet"
Il y a des films qu'on touche avec précaution. Des œuvres dont l’impact, la subtilité et l'intelligence rendent toute tentative de remake aussi risquée qu’inutile. Le Jouet (1976) de Francis Veber, avec l’inégalable Pierre Richard, est de ceux-là.
Son regard acéré sur le pouvoir de l’argent, la solitude d’un enfant trop riche et l’humiliation d’un homme contraint à l’absurde par la nécessité économique en faisait un film à la fois drôle, cruel et pertinent
. Alors, pourquoi diable Le Nouveau Jouet (2022) a-t-il vu le jour ? Mystère… Mais une chose est sûre : c'est une catastrophe cinématographique.
Une réécriture paresseuse et dénuée de mordant
Là où le film original était une satire fine et grinçante du capitalisme et des rapports de domination, Le Nouveau Jouet se contente d’un enrobage bien-pensant et gentiment niais, totalement édulcoré.
On remplace le milliardaire cynique et glaçant de Veber par un riche plus caricatural et inoffensif
(Daniel Auteuil, pourtant capable de bien mieux), et
le journaliste raté mais attachant
de Pierre Richard par un Jamel Debbouze qui joue… du Jamel Debbouze. Autant dire que la dynamique perd tout son piquant. Pire, le ton se fait moralisateur et maladroit, au point de transformer une œuvre caustique en une pseudo-fable à la Disney mal ficelée.
Une comédie aseptisée qui passe totalement à côté de son sujet
Dans Le Jouet, le rire naissait du malaise, de la cruauté des situations et du jeu impeccable de Richard, dont la gestuelle géniale servait une critique sociale impitoyable. Ici, tout est téléphoné, appuyé, et dénué de subtilité. Le propos social, déjà fortement édulcoré, tombe dans la facilité avec des messages bien trop évidents. Les gags ? Lourds, répétitifs et prévisibles. Aucun éclat de génie, aucun moment de vrai rire sincère : juste une succession de situations poussives qui cherchent désespérément à nous faire sourire.
Un casting en roue libre, un scénario sans saveur
Si Pierre Richard
incarnait avec justesse un homme humilié mais digne
, Debbouze cabotine sans nuance, transformant son personnage en une caricature de loser sympathique, mais jamais crédible. Daniel Auteuil, quant à lui, semble perdu dans un rôle sans épaisseur, loin du magnétisme cruel de Michel Bouquet dans l’original. Et que dire du jeune acteur interprétant l’enfant ? Plat, sans la moindre once de malice ou d’ambiguïté, alors que dans le film de Veber, le gamin était aussi fascinant qu'agaçant, oscillant entre arrogance et solitude.
Un massacre inutile d’un chef-d’œuvre de la comédie française
Le verdict est sans appel : Le Nouveau Jouet est une adaptation molle, aseptisée et sans la moindre audace. Là où Le Jouet réussissait à mêler critique sociale et burlesque intelligent, ce remake ne fait qu’aligner les clichés et les bons sentiments mal dosés. Une véritable trahison de l’esprit original.
En bref, une leçon de ce qu’il ne faut jamais faire avec un remake : retirer toute la substance d’un film culte et ne garder qu’une coquille vide, sans âme ni saveur. Un conseil ? Évitez ce naufrage et replongez-vous dans le chef-d’œuvre de Veber.