J'ai découvert tard le film de Jan Kounen. Hélas, je me suis laissé avoir par les critiques nauséuses et caricaturales de Télérama à Libération ; un festival de naiserie et de vulgarité journalistique. Résultat : tout simplement pas envie de voir ce film jugé comme raté par la presse.... Puis intrigué par les commentaires contradictoires des spectateurs, j'ai acheté ce film et je ne le regrette pas.
D'abord, la mise en scène, le jeux des acteurs, les images, sont superbes, il est impossible de le nier... c'est normal de ne pas aimer un film, mais on ne peut occulter le travail, l'engagement du réalisateur et la qualité esthétique de l'ensemble.
Pour moi, ce film est réussi, il m'a subjugué du début à la fin, lhistoire est simple, c'est vrai, mais il s'agit ici d'envoûtement, de destins croisés, d'émotions brassées comme on sculpte la matière humaine... Jan Kounen a réussi un film onirique, brillant, sans aucune concession commerciale en une ressemblance présumée à la bande dessinée du même nom, l'"esprit" de Blueberry est pourtant plus que respecté : celle de la quête d'un homme sur lui-même, celle qui l'unit au monde...
Le monde chamanique est ici la clé de voûte de cette fable universelle : l'homme "civilisé" et le sauvage, c'est aussi l'essence même de la bande dessinée : un flot de destins en ombres humaines submergées par leur violence face à la troublante clairvoyance des hommes-chamans et le bouleversement de toutes les croyances pour exister à leur égal.
Comme "Bladerunner", le film n'aura hélas pas rencontré son public au début. A l'égal du film de Ridley Scott, "Blueberry" est pourtant un film destiné à devenir un classique. Parce qu'il se transcende lui-même, il nous parle de bien d'autres choses que la simple histoire qui semble ici proposée... L'esthétisme des deux films n'est pas dû au hasard, elle seule permet de faire voyager, transporter le spectateur vers une autre conscience de lui-même, de l'homme-machine à l'homme-chaman, Jan Kounen c