La quatrième adaptation de Maria Chapdelaine (après Duvivier, Allégret et Carle), par Sébastien Pilote, l'auteur entre autres du magnifique Le démantèlement, ne recherche pas la modernité à tout prix mais à rester fidèle à l’œuvre de Louis Hamon, déjà avec l'âge de son héroïne, adolescente et non trentenaire, au contraire des versions précédentes. Le réalisateur, qui se dit en désaccord avec ceux qui prétendent qu'il s'agit d'un roman sur la résignation, met l'accent sur la vie de famille et les travaux et les jours d'une ferme située dans un endroit isolé, "trop au nord" comme le dit l'un des personnages, avec le passage des saisons très marqué, splendidement rendu par la photo du film. Celui-ci prend son temps pour installer ses protagonistes et surtout leur environnement, avant que les enjeux n'apparaissent, autour du futur de Maria Chapdelaine, concomitamment aux deux drames qui surgissent dans la deuxième partie du long-métrage. Classique dans sa forme, mais non point académique, le film quitte son côté contemplatif lors de quelques scènes de groupe, où s’affrontent plusieurs visions de la vie et de l'avenir dans le Canada français du début du XXe siècle. La réussite de Maria Chapdelaine vient aussi de la qualité de l'interprétation, avec au premier rang la figure de la mère, interprétée par Hélène Florent. Quant à la débutante Sara Montpetit, qui sera bientôt dans le Falcon Lake de Charlotte LeBon, elle est simplement parfaite dans le rôle titre.