Avec Bob Marley : One Love, Reinaldo Marcus Green réalise un biopic musical franchement mauvais sur le plus grand chanteur de reggae de tous les temps qui méritait un film à la hauteur de sa légende. L'histoire débute en 1976 dans une Jamaïque en proie à un violent conflit armé. C'est dans ce contexte tendu que Bob Marley annonce que lui et son groupe The Wailers, vont participer au concert Smile Jamaica organisé à Kingston pour promouvoir la paix. Seulement, quelques jours avant l'événement, Bob Marley, sa femme Rita, et certains musiciens du groupe, sont victimes d'une tentative s'assassinat à leur domicile. Ce synopsis, qui va légèrement s'étoffer au fil des minutes, donne lieu à un scénario peu captivant à visionner pendant toute sa durée d'un peu plus d'une heure et demie. Malheureusement, celui-ci comporte beaucoup trop de problèmes d'écritures pour rendre la vie de Bob intéressante et celle-ci méritait une durée plus conséquente pour être traitée. L'angle choisi est juste catastrophique. Débuter le récit par la fin des années soixante-dix est tout simplement une hérésie. Surtout que celui-ci ne s'étend que sur deux années d'existence alors que l'homme a vécu trente-six ans. Le résultat est donc aberrant. Il y avait pourtant tant de choses à montrer sur lui mais ici tout n'est que survolé ou tout simplement pas abordé. On aurait souhaiter découvrir son enfance, ce qui l'a façonné, d'où provient son amour pour la musique, la formation des The Wailers, son adolescence, ses débuts dans l'industrie, sa notoriété, les nombreuses maitresses qu'il a eu, ses innombrables enfants, la relation avec sa mère, son ascension jusqu'à son statut de légende. Les sujets étaient innombrables. Hélas, on ne voit rien de tout cela, ou très peu. Le métrage préfère s'attarder en boucle sur un traumatisme, sur sa femme et sur la situation politique de l'île. Si montrer ces événements est louable, ce conflit prend beaucoup trop de place, surtout quand Bob se revendique en plus apolitique. Et ce ne sont pas les souvenirs survenant sous formes de flashbacks peu subtils qui vont nous en apprendre plus sur lui tant ils sont vites expédiés. Le film à tout le même le mérite de mettre un peu en avant et de faire découvrir la culture rasta et de montrer des moments d'inspiration donnant lieu à la création de certains titres. Mais hormis cela, c'est le vide sidéral. Même l'émotion est totalement absente alors que quelques scènes tentent d'en distiller. Mais cela ne prend pas malgré la gravité des situations. La faute en partie aux personnages traités de façon creuse par une distribution peinant à convaincre, à commencer par Kingsley Ben-Arid qui ne parvient pas à incarner Robert Nesta Marley. La ressemblance n'est vraiment pas flagrante mais c'est surtout son jeu qui n'est pas à la hauteur. Il ne semble pas investi et habité par ce rôle trop grand pour lui. Cela se ressent d'autant plus lors de ses passages sur scène ou il est beaucoup trop statique par rapport à son véritable modèle assurément plus démonstratif en concert. Il en va de même pour les autre noms l'entourant que ce soit Lashana Lynch, James Norton, Henry Douthwaite, Sevana, Hector Lewis, Tosin Cole ou encore Sheldon Shepherd. Leurs personnalités ne sont pas suffisamment approfondies pour créer un quelconque sentiment à travers leurs relations amoureuses, amicales et professionnelles. Des échanges soutenus par des dialogues sans relief. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain est tout bonnement sommaire. Sa mise en scène est inexistante, le tout manque cruellement d'ampleur et semble dépourvu de moyens alors que le projet a coûté la bagatelle de soixante-dix millions de dollars. On se demande bien ou est passé le budget à l'écran tant ça semble fauché au niveau des différents pays visités et au niveau des lieux ou se déroule l'action. Surement dans l'acquisition des droits musicaux. Car ce visuel indigne est accompagné par une b.o. forcément excellente puisqu'elle reprend les plus grands titres du chanteur. Et celle-ci est généreuse en morceaux pour notre plus grand plaisir auditif. Nonobstant, certains titres viennent vraiment sans raison, de façon gratuite, et les moments parmi les plus attendus, à savoir les concerts, sont d'une pauvreté incompréhensible. Souvent, il ne chante qu'un demi-titre avant d'aussitôt déguerpir de la scène. Cela est tellement frustrant à l'image de la fin tout simplement incompréhensible et inacceptable tant on attendait ce moment depuis le début et que tout s'arrête juste avant. C'est vraiment se moquer du monde. Surtout quand c'est pour ensuite nous faire défiler un pauvre texte à l'écran en guise de conclusion. Non, vraiment, Bob Marley : One Love est un scandale tant ce biopic musical passe à côté de son sujet et ne rend pas hommage à cet immense homme et artiste que fût Robert Nesta Marley.