"The Wonder " diffusé sur Netflix, qui a obtenu 12 nominations aux British Independent Film Awards cette année est un drame historique bien terne. En effet le réalisateur chilien Sebastián Lelio oscarisé pour son sublime "Une femme fantastique" nous avait habitué à bien mieux, il propose au final un film souvent incompréhensible, ennuyant, sans intérêt et totalement dispensable c'est dommage car il y avait de quoi faire dans cette histoire au démarrage mystérieux et intrigant avec de surcroit la présence de Florence Pugh, au final la déception et le désintérêt pour le film l'emporte.
En 1862, alors que l'Irlande se remet à peine de la Grande Famine, une infirmière anglaise est envoyée dans un petit village du pays pour étudier le cas prétendument miraculeux d'Anna, une fillette arrivant à survivre sans se nourrir depuis quatre mois...
Durant son plan d'ouverture forcément très inattendu pour un tel film, la voix d'une narratrice nous annonce que "The Wonder" s'apprête à débuter, que les personnes qui vont nous y être présentées, les personnages, ont une foi totale en leur histoire. "Nous ne sommes rien sans histoires. Aussi, nous vous invitons à croire en celle-ci" conclut-elle... Par cette brillante introduction, Sebastián Lelio ajuste notre regard de spectateur sur la manière d'appréhender le récit qui va suivre, il nous rappelle que la frontière entre réel et fiction ne peut tenir qu'à un fil si un refuge de mirages devient plus convaincant qu'une réalité moins accueillante pour celui qui choisit plus ou moins volontairement d'y succomber.
En l'occurence, ici, l'infirmière cartésienne Elizabeth ne croit pas au miracle d'Anna que la plupart des habitants semblent prompts à admettre, évidemment à cause de l'aveuglement suscité par leur foi mais aussi par l'espoir de tournant que représente ce cas après la période de famine noire qu'ils viennent tous de traverser. Dans l'austérité de ce cadre irlandais et des décors intérieurs minimalistes (souvent magnifiquement mis en valeur par la caméra du réalisateur chilien), Elizabeth va donc rester au chevet d'Anna, secondée par une religieuse, en vue de déterminer si la petite fille vit réellement sans se nourrir comme elle-même et sa famille le proclament. Les allers-retours entre l'hôtel où vit l'infirmière et ses gardes auprès d'Anna vont rapidement enfermer cette adaptation du roman d'Emma Donoghue (coscénariste avec Lelio et Alice Birch) dans une progression narrative monocorde, servant avant tout de mise à l'épreuve de la rationalité d'Elizabeth face un phénomène qu'elle ne parvient à expliquer mais aussi à briser sa rigueur scientifique pour instaurer un rapport mère-fille de plus en plus ténue entre elle et sa jeune patiente. Sans surprise également, le film instaure un bagage tragique à son héroïne, lui colle dans les pattes un journaliste pas insensible à son charme et explore un peu plus les blessures de chacun des membres de la famille d'Anna. Certes, tout ça n'est bien sûr pas gratuit, "The Wonder" pose certains éléments essentiels pour la suite des événements tout en ravivant ici et là sa thématique centrale en donnant à Elizabeth l'échappatoire d'un paradis artificiel à sa douleur personnelle, le sensationnalisme de certains mots à son journaliste peu inspiré, un nouveau but à l'ego endormi d'un médecin de campagne ou encore la foi inébranlable à l'entourage d'Anna, mais, en oubliant de nous offrir à nous autres spectateurs un même sentiment inédit d'évasion illusoire, il faut bien avouer que le film nous fait sombrer dans un ennui de plus en plus palpable.
Heureusement, au bout d'un peu plus d'une heure monotone qui commençait à nous faire dire que l'on n'aurait pas plus original que sa scène d'ouverture, vient enfin le temps d'un tournant majeur pour "The Wonder" ! Pas forcément par la teneur de la révélation qu'il induit (le film nous a laissé bien trop de temps en amont pour passer en revue toutes les solutions possibles, la bonne était logiquement dans le lot) mais par la remise en avant très réussie de son discours qui vient ici bouleverser la perception de son héroïne et se fracasser aux œillères savamment maintenues par tous les autres protagonistes. Mieux, le récit révèle enfin toute l'intelligence de sa construction en trouvant comme solution à l'évocation de la perpétuelle fuite en avant de ses personnages devant leurs ténèbres une porte de sortie de la même nature mais cette fois tournée vers la lumière. Une lumière sans doute fragile et éphémère, comme le sous-entend un remarquable épilogue nous plaçant dans la même fébrilité que les protagonistes qu'il met en scène mais qui, encore une fois, trouve une superbe voie pour mettre en scène la manière dont on choisit parfois de se laisser emporter par une réalité façonnée selon nos propres histoires.
Comme tout miracle, "The Wonder" demande beaucoup de patience -et un peu d'ennui également- avant de se révéler, avec le risque que cela comporte d'en affaiblir la portée. Toutefois, avec cette comédienne elle-même toujours aussi miraculeuse qu'est Florence Pugh et un très bon casting pour l'accompagner (les seconds rôles s'appellent Ciarán Hinds, Niamh Algar ou Toby Jones), on préférera néanmoins retenir le meilleur de cette histoire en laquelle on a vraiment eu foi lors de son excellente dernière partie.
Au milieu du 19ème siècle, en Irlande, une infirmière anglaise enquête sur un cas rarissime. Une fillette de onze ans a cessé de s'alimenter depuis quatre mois et deux infirmières (dont une nonne) sont chargées de la surveiller, nuit et jour pendant quinze jours, afin de savoir si oui ou non, elle se nourrit en cachette. Les croyances religieuses sont si fortes dans cette contrée que l'entourage invoque un miracle et nombreux sont les visiteurs locaux qui viennent pour voir la presque sainte. La première partie du film s'intéresse aux personnages de cette histoire alors que la seconde s'intéresse davantage aux relations qui vont se créer entre eux. Une grande partie de l'intérêt du scénario tourne autour du questionnement en rapport avec la réalité des faits. Est-ce un miracle, l'enfant se nourrissant de la manne du ciel comme elle l'affirme, ou bien une supercherie qu'il s'agit de découvrir ? spoiler: L'infirmière se heurte à la volonté de tous ces irlandais, y compris les notables, de croire au miracle et ce qu'elle relate ne leur plaît pas. La vie de la fillette semble moins importante que ce que représente ce long jeûne miraculeux aux yeux de sa mère et de l'entourage. A l'article de la mort de l'enfant, l'infirmière fera ce que lui dicte sa conscience.
L’exercice complexe auquel nous confronte le réalisateur chilien, Sebastián Lelio (Navidad, Gloria, Une Femme Fantastique, Désobéissance), c’est celui de la distance. Elle se traduit par une croyance des récits, tous plus vrais que nature, mais qui ne servent en rien la mise en scène. Ce dernier préfère accompagner ses personnages dans le doute et les dialogues salvateurs. En plaçant son récit en terre irlandaise de 1862, il suggère de dépasser les frontières de ce marqueur temporel. L’ouverture en témoigne, avec un profond désir de prendre du recul sur le « miracle » autour du corps d’une jeune fille, exploitée comme une arme politique et religieuse par son entourage. En ce point, le film possède bien des similitudes avec le récent « 3000 ans à t’attendre » de George Miller, qui met en avant l’ampleur des récits, que l’on s’approprie et que l’on fantasme. Son format d’enquête spirituelle vise ainsi à sonder les faits, de manières à nous sensibiliser sur la vérité qui en découle.
Pourtant, il s’agit de bien se placer, afin d’être réceptif à l’intrigue. Dès la première scène, une voix-off nous laisse à la fois « dehors » et « dedans », car le procédé est par nature artificielle et peut-être pas assez appuyé dans sa résolution finale pour en devenir mémorable. Le jeu de piste n’en est donc pas vraiment un et ce qu’il nous reste, c’est une confrontation directe entre Lib Wright (Florence Pugh), infirmière dépêchée de Londres, et sa patiente, ou presque, Anna O’Donnell (Kila Lord Cassidy), dont la surveillance sans temps mort est requise. Débute alors toute une psychose collective, qui vient interroger la protagoniste et le spectateur, au même titre que « Le Nom de la Rose » d’Annaud, « L’Exorciste » de Friedkin ou « Benedetta » de Verhoeven, par exemple. Le texte est donc au cœur du conflit, jusqu’à en délaisser un langage cinématographique pertinent. La photographie d’Ari Wegner (The Young Lady, The Power of the Dog) se démarque néanmoins dans son enveloppe gothique, afin d’alimenter cette atmosphère macabre, que Matthew Herbert accompagne finement de sa partition singulière.
On a pris soin de développer les personnages dans le coin, avant de réellement s’intéresser aux cas miraculeux d’une survivante. Et ce n’est pas avec des pincettes que l’on nous évoque finalement le deuil, que les deux héroïnes cherchent à se défaire, l’une par la science, l’autre par la foi. Leur contradiction les emmène toutefois à repenser leurs valeurs respectives, jusqu’à ce que le dénouement vienne trancher sur la question de légitimité. En nous envoyant au plus proche des coulisses d’une rumeur incroyable, Lelio fait également face à une réalité qui le dépasse, non pas dans le récit, mais dans son processus, un poil prétentieux et qui ne laisse plus beaucoup de loisir au spectateur pour se faire son opinion. Peut-être bien qu’en renversant le point de vue de Lib par celui d’Anna pourrait compenser cette perte d’énergie. La défense de l’enfant est un consensus maladroitement amené, créant du malaise pour son cadre sectaire et son patriarcat omniprésent, mais pas au nom de la rationalité, la plupart du temps étouffée dans l'œuf ou esquivée entre deux crises identitaires.
Cette adaptation du roman « The Wonder » d’Emma Donoghue nous catapulte sans peine dans la charge émotionnelle d’une héroïne, dont on connaît rapidement les enjeux. Se crée alors une relation mère-fille inattendue, au chevet d’une Anna très convaincante dans sa perdition. Mais il est nécessaire d’inviter son audience au contact de la chair et de la douleur des protagonistes, ce que le film réussit moitié avec son introduction, voire sa clôture, un peu trop détachée de son sujet pour que l’on en retienne son omnipotence. La narration feint donc de laisser mûrir les personnages endeuillés et se précipite pour justifier ce qui se lit déjà dans les yeux de ces derniers.