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HomoLibris
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3,0
Publiée le 23 mars 2023
Avec "Le bleu du caftan", Maryam Touzani magnifie subtilement l'amour. D'abord l'amour de l'excellence dans l'art, celui du travail artisanal traditionnel, fait main, sans concours de la machine. Et Dieu, que ce caftan est beau ! Mais également l'amour entre les êtres, au-delà du charnel, au-delà de la passion, malgré tous les obstacles. Le trio amoureux fonctionne ici magnifiquement, grâce à des acteurs performants. Pour ce faire, la cinéaste nous entraine dans une langueur qu'il faut savoir admettre pour goûter pleinement le film un peu lent ; la caméra s'attardant souvent sur une pose, un murmure, un non-dit, comme ce secret dévoilé au détour d'une phrase anodine. La réalisatrice sait utiliser les prises de vue, la lumière, l'image, apportant un grand soin aux différents plans, même si parfois cela devient quelque peu académique et répétitif. Cela n'empêche pas d'égratigner les travers de la société marocaine (dominance masculine, poids de la religion, corruption et élitisme, arbitraire policier, absence d'entraide sociale, etc.). Lire "Une chute infinie" du trop peu connu Mohamed LEFTAH, un petit bijou.
En février 2020, quelques semaines avant le premier confinement, le public français avait réservé un très bon accueil à "Adam", le premier long métrage de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani, un film qui, quelques mois auparavant, faisait partie de la sélection Un Certain Regard de Cannes 2019. Avant Adam, Maryam Touzani avait réalisé des documentaires et deux court-métrages de fiction, "Quand ils dorment" et "Aya va à la plage", primés dans de nombreux festivals. Elle avait aussi collaboré avec Nabil Ayouch, son mari, sur "Much loved" et "Razzia", film dans lequel elle avait fait ses premiers pas devant la caméra. "Le bleu du caftan" est son deuxième long métrage de fiction et, comme "Adam", Un Certain Regard l’a retenu dans sa sélection, cette fois ci en 2022. Après "Adam", "Le bleu du caftan" prouve à nouveau le grand talent de Maryam Touzani, une réalisatrice experte dans l’art de l’utilisation des non-dits, une réalisatrice qui sait générer une émotion exempte de tout pathos, exempte de toute lourdeur. Un magnifique trio d’interprètes et une excellente directrice de la photographie viennent ajouter leurs qualités à celles de la réalisatrice et contribuent à faire de cet hymne à l’amour, à la beauté du métier d’artisan et à la liberté qu’est "Le bleu du caftan", sélectionné à Un Certain Regard lors de Cannes 2022, un film qui avait largement sa place dans la grande compétition cannoise. Espérons que ce soit pour la prochaine fois !
Un film majestueux, délicat et puissant en émotions. Sans aller trop dans le pathos, le film m'a complètement bouleversée. Une des plus belles histoires d'amour vue au cinéma. Magnifique !
Jamais un film n'aura su manier aussi bien la poétique de l'intime, de la douceur, de l'Autre. C'est un film sur l'amour au sens le plus large du terme. L'amour qui prend toute les formes. C'est un film de détails, de regards, de temps suspendus. C'est un film sur la poésie des visages, des tissus, des mains qui brodent, la beauté des gestes... C'est un film sur l'humanité de ses personnages, leurs peurs, leurs déterminations, leurs renaissances. Ce n'est pas une critique sociétale mais une ode. Une ode a l'exaltation, a la compréhension, aux choix, aux êtres. C'est peut être le film le plus intime qu'il nous a été donné de voir sans qu'il ne soit aucunement exhibitionniste.
Le bleu du caftan relève d’un cinéma combinant à la fois poses et pauses. Reconnaissons à Maryam Touzani la qualité de sa composition cinématographique. Les cadres et la photographie du film sont de qualité. Il y a indubitablement un grand soin apporté à la composition des plans. Mais, ce constat en appelle rapidement un deuxième. Cette qualité de filmage tourne assez vite au maniérisme. En l’absence d’un récit conséquent, Le bleu du caftan tourne à vide. Il apparaît alors une musique de fond, celle de la rengaine d’une narration répétitive. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/festivals/travelling/2023-2/#BDC
ce film aborde les thèmes du métier traditionnel en disparition, de l'amour et du respect dans un couple hétérosexuel de façade, et de l'accompagnement du conjoint dans la maladie. tout est amené avec justesse et laisse percevoir à petit pas les sentiments des personnages. film émouvant, sur chacun des thèmes abordés.
Magique, émouvant, sensible, il en faudrait 20 qualificatifs comme ca....vu en avant première ds le cadre d'un Cine surprise ...et sortie éblouie ! Un éloge de qualités "oubliées" la lenteur l'attention, la gentillesse, la compassion, la sincérité, la valeur du travail, la fierté, la ténacité...et l'inéluctabilité de la fin acceptée avec courage et dignité. Des acteurs juste parfaits...
Il n'y a qu'amour et beauté dans ce film, humanité et respect, douceur et pudeur. L'économie de mots pour dire tout l'amour. Servi par des acteurs et actrices époustouflant.es. ... ok J'ai bien pleuré.
Présenté à Cannes en compétition Un Certain Regard, "Le Bleu du Caftan" nous emmènent dans le quotidien d'Halim et Mina. Le couple marié tient un magasin traditionnel de caftans au Maroc. Mina est malade, Halim homosexuel et chacun tente de cacher et de se cacher leurs douleurs. L'arrivée d'un jeune apprenti va bousculer leur équilibre pourtant non serein. Après le touchant "Adam", la réalisatrice Maryam Touzani propose un long-métrage déchirant sur la peur d'être soi-même.
Une histoire bouleversante menée par un scénario excellent. Instantané d’une société où les libertés individuelles sont impossibles. Superbement joué. Mérite le détour.
Présenté en sélection officielle à Cannes dans la section Un Certain Regard l’an passé, ce très beau film qu’est « Le bleu du caftan » (et la signification du titre prend tout son sens une fois le film vu) est reparti bredouille de la compétition. Mais comme tout le monde le sait, les voies des jurés ou d’un jury en particulier sont souvent impénétrables. Ce second film franco-marocain de Maryam Touzani après « Adam » a été, comme ce dernier, écrit et produit en étroite collaboration avec Nabil Ayouch, le réalisateur des excellents « Much loved » et « Les chevaux de Dieu » mais aussi du beaucoup moins réussi « Razzia » où Tounzani tenait d’ailleurs le haut de l’affiche. Deux artistes aux carrières intimement liées qui nous offrent un très beau drame sur le désir, les interdits, le poids des conventions dans la société marocaine mais aussi, en filigrane, un hommage au travail artisanal.
Pour pleinement apprécier cette œuvre, il faut accepter de se fondre dans sa langueur car le rythme est assez lent, c’est un film qui prend son temps. C’est cependant nécessaire et en totale adéquation avec le propos du film qui est axé sur les gestes, les regards, les non-dits et les choses à priori anodines. Malgré cela, et les plus de deux heures qu’il dure, on ne s’ennuie pas même si un petit quart d’heure en moins n’aurait probablement pas porté préjudice à l’appréciation que l’on s’en fait. Ce tempo dévolu à ces trois personnages fait son effet justement parce qu’il est réaliste dans la manière dont il construit et amène leurs rapports, leurs désirs et leurs frustrations. On comprend et on ressent ce que chacun d’entre eux peut contenir en lui (ou elle). Des mains qui se touchent, un regard qui fuit ou encore une étreinte impossible sont autant de moments aussi forts qu’un réel passage à l’acte et Tounzani prend parfaitement le pouls de son trio prisonnier des traditions. C’est juste, c’est pudique et c’est d’une sensibilité confondante.
Mais « Le bleu du caftan » ne se limite pas à appréhender une homosexualité inavouée ou un mariage écran : il parle aussi de la société marocaine au travers de quelques-uns de ces travers (l’absence de soutien financier de l’État quand vient la maladie, l’omniprésence d’une police presque fasciste malgré le Printemps arabe, ...) mais il remet aussi à l’honneur la beauté du travail artisanal, le couple principal tenant ici une échoppe de couture de costumes traditionnels faits main. Et la beauté du travail manuel est impeccablement rendue, les gestes d’antan étant magnifiés, presque envoûtants. Tout comme l’est d’ailleurs la mise en scène apprêtée et léchée de la cinéaste, parfaitement adaptée au propos. Un film à la fois doux comme une caresse sur la forme mais violent comme une gifle sur le fond. Et quand la tragédie prend le dessus sur la fin, c’est à un sublime final, de toute beauté et d’une noblesse rare, que nous invite Maryam Touzani qui se place comme une réalisatrice sur laquelle il faudra compter.
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Je sais, je vais vous parler ici d’un film qui ne sortira que le 15 mars 2023. Mais mon enthousiasme est tel que j’ai voulu réagir à chaud. Alors tous à vos agendas ! Car, pour son 2ème film, la réalisatrice marocaine Maryam Touzani nous fait cadeau d’une pure merveille. Halim est marié depuis longtemps à Mina, avec qui il tient un magasin traditionnel de caftans dans la médina de Salé, au Maroc. Le couple vit depuis toujours avec le secret d’Halim, son homosexualité qu’il a appris à taire. La maladie de Mina et l’arrivée d’un jeune apprenti vont bouleverser cet équilibre. Unis dans leur amour, chacun va aider l’autre à affronter ses peurs. Ces 124 minutes, qu’on ne voit pas passer malgré la lenteur – calculée – et les répétitions – volontaires -, constituent un sommet de la romance intimiste. Au-delà de l’histoire sur laquelle je vais revenir dans un instant, il y a dans ce film, un réel intérêt documentaire. Car qui sait réellement ce qu’est un caftan ? Et même si on connaît l’existence de ces tuniques ancestrales, qui sait vraiment quel talent, quel savoir-faire, il faut pour réaliser ces véritables chefs d’œuvre ? C’est un des intérêts principaux de cette immersion dans la petite boutique de tailleur au sein de la Médina. Il n’y a d’ailleurs que trois décors dans ce quasi huis clos, la boutique et l’atelier d’une part, l’appartement du couple Mina / Halim, sans oublier le hammam où notre tailleur a ses « habitudes ». Pour le reste, il faut aller voir ce film d’une tendresse et d’une incroyable pudeur malgré des sujets aussi délicats que la maladie et l’homosexualité. Réalisation superbe avec des gestes et des regards filmés au plus près, un scénario subtile et une interprétation parfaite. Ne vous privez pas de ce bijou. Pour ce qui est du casting la magnifique Lubna Azabal prouve encore une fois – si tant est que ce soit encore utile – qu’lle est une magnifique actrice. Elle forme avec Saleh Bakri, - Valois du meilleur acteur à Angoulême -, un couple bouleversant. Une mention spéciale pour le jeune Ayoub Missioui à la forte présence. Ce film a été présenté à Cannes dans la Quinzaine des réalisateurs et aurait mérité un petit quelque chose étant donné sa sensibilité et sa qualité indéniables. Plus qu’un film d’amour, mais plutôt un film SUR l’amour à fleur de peau au milieu des froissements des tissus soyeux. Une merveille !
la beauté du film tient dans sa lumière, celle des tissus, celle des yeux de Saleh Bakri, sublime, les ambiances de la médina de Salé... Le tout enveloppé dans une cocon sonore où les doigts caressent et frôle la matière et finit de vous captiver. Tout est très subtil, sans vulgarité... L'amour est à l'honneur, tout simplement. Tous les amours.
Maryam Touzani et Nabil Ayouch partagent vie commune et collaborations à l'écriture des films de chacun. Le bleu du caftan est son projet à elle, depuis le départ, qu'elle réalise avec une délicatesse et une sensibilité déjà bien présentes dans son superbe premier long-métrage, Adam (les films de son mari sont en général bien plus musclés). Le bleu du caftan est un film à trois personnages, seulement, entre un homme qui cache son homosexualité, son épouse dont la maladie progresse et un jeune apprenti qui représente le symbole de la transmission dans l'art de la confection de caftans. C'est un film sur l'amour du métier d'artisan et sur la tendresse entre les êtres, qui passe parfois par une entente intime qui ne regarde pas le monde extérieur et que la réalisatrice nous invite à comprendre par petites touches. La texture des tissus dans l'atelier, les grains de peau dans le hammam, le suc des mandarines sur la langue à la maison ; trois lieux suffisent pour donner beauté, calme et volupté à un film gorgé de sensualité, qui prend infiniment de temps pour suggérer, montrer et donner un plaisir à la fois esthétique et sensoriel au spectateur, dans un climat tempéré d'acceptation des différences. Au plus haut niveau de son jeu d'actrice, Lubna Azabal livre une prestation incroyable, sans pour autant tirer la couverture à elle face à ses excellents partenaires masculins.
Maryam Touzani privilégie les intérieurs feutrés et les clairs-obscurs, avec la même directrice de la photo que dans Adam, Virginie Surdej, pour une approche sensible des corps dans des lumières diffuses. On retrouve Lubna Azabal dans un rôle équivalent : à la fois rude, transgressive et humaine, elle campe une Mina contradictoire qui va finalement à l’essentiel. Elle est au centre d’un film émouvant qui vise la tolérance tout comme la préservation de l’artisanat traditionnel. Comme Adam, Le Bleu du caftan cherche une sensualité qui bouscule les tabous et surpasse les refoulés. Son classicisme épuré sert délicatement son propos, même si cette approche retenue, ouatée, sopitive, peut tendre à diluer des tensions qui sont de vrais enjeux de société.