La vierge à l'enfant, premier long-métrage de fiction de Binevsa Berivan, défie à peu près toute critique; à partir du moment à ce qu'a vécu son héroïne est une barbarie sans nom, dont elle porte encore les stigmates sur le corps, et que personne ne peut comprendre tout à fait s'il n'est pas passé par ces atroces épreuves. La douleur, la colère et la haine sont contenues dans le regard noir d'Avesta, victime de Daech, et dans son expression longtemps mutique. Son ventre de future mère témoigne de ce que cette femme kurde yézidie a subi et la question est de savoir comment elle va considérer cet enfant, né de l'horreur. Le film traite son sujet avec réalisme et ne cherche jamais à alléger le fardeau de cette histoire, située dans un centre d'accueil à Bruxelles. Le spectateur, lui, reste à sa place, jamais aussi passif que dans un film où il ne peut ressentir que de la compassion, à défaut d'une compréhension réelle des tourments qui agitent l'âme dévastée d'Avesta. Quoi qu'elle fasse, qui sommes-nous pour juger de ses faits et gestes ? Ce sont les limites d'un film qui ne procure évidemment aucun plaisir et qui aurait peut-être eu plus de poids dans le cadre d'un véritable documentaire. L'interprétation de Hévin Tekin est impressionnante, certes, mais elle ne remplacera jamais les paroles d'une rescapée de l'enfer.