J’ai un faible pour la Folk-horror britannique, celle qui semble dire à chaque fois que sous un mince vernis de civilisation et de christianisme, l’essence du monde païen est toujours là, prête à resurgir à la moindre occasion. Celui-ci s’annonçait en outre comme expérimental, ce qu’on ne peut que constater dès les premières scènes, filmées en 16mm avec un grain flou typique des années 70, qui suivent le quotidien routinier d’une scientifique sur la côte déchiquetée des Cornouailles : observer des fleurs qui poussent à flanc de falaise, prendre note de ses observations, jeter une pierre dans un puits pour d’obscures raisons, remettre du pétrole dans le générateur, communiquer par radio, etc…A un moment donné, cette routine bien huilée va se dérégler : une affection florale se transmet à la dame tandis que passé et avenir s’entremêlent dans des visions qui n’ont pas l’air de la tracasser plus que ça. La logique expérimentale de ‘Enys men’ a sans doute été poussée un cran trop loin pour moi : la protagoniste reste spectatrice impassible de tout ce qui se passe, tout autant que moi devant mon écran et si voir de mystérieux enfants danser autour d’un monolithe sur la lande ou entendre la radio annoncer une naufrage qui n’a pas encore eu lieu ne lui fait aucun effet, il y a peu de chances que ça m’en fasse à moi. Ne restent alors, pour elle comme pour moi, qu’à être témoin de visions et de manifestations qui ne seraient inquiétantes que dans la mesure où le réalisateur déciderait qu’elles le sont, ce qui n’est clairement pas le parti qu’il a pris. Les films comme celui-ci, silencieux, répétitifs, engourdis, exercent en général une certaine fascination sur moi. J’en attends une ou des visions impérissables auxquelles je ne m’attendais pas du tout, ou bien qu’ils m’emmènent sur des terrains rationnellement inexplicables où je ne me serais jamais aventuré spontanément. Malgré des débuts prometteurs, ‘Enys men’ me refuse l’un et l’autre, et devient “expérimental” dans le mauvais sens du terme.