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Christian RZ
94 abonnés
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4,0
Publiée le 15 août 2026
Un Colonel détraqué, des enfants enlevés soldats perdus et des mort-vivants bienveillants : une superbe proposition de cinéma, complètement hors du temps et en même temps, joliment pertinente, à ne pas manquer
Film fascinant ! Récit envoûtant soutenu par une photographie superbe. Je n'étais pas trop tentée par ce film mais je n'ai vraiment pas regretté mon choix !
Vu le film dès sa sortie et pour une fois que l'on peut voir un film totalement différent c'est pour une fois très réussi! J'ai été totalement plongée dans cette histoire avec des images magnifiques. chaque plan est comme un tableau. Un réalisateur est né et il faudra surement compter sur lui dans les années à venir. A voir en salle rapidement, si vous ne savez pas quoi allez voir. Courrez y!
Il est rare qu'un film me marque autant par la puissance de sa mise en scène. Avec TOMMY GUNS, Carlos Conceição ne signe pas simplement un grand film sur l'absurdité de la guerre ou sur la mémoire coloniale : il impose une signature visuelle immédiatement reconnaissable et une ambition de mise en scène que l'on rencontre rarement de nos jours. Chaque plan semble pensé comme une œuvre en soi. Le travail sur le cadrage est d'une précision sidérante, et la lumière sculpte les corps et les visages avec une intensité qui évoque parfois les tableaux du Caravage. Certaines images sont restées imprimées longtemps dans mon cerveau, tant elles dégagent une beauté presque hypnotique. Et ce qui impressionne tout autant, c'est la liberté avec laquelle Conceição fait exploser les codes du film de guerre et refuse les catégories. Le réalisme bascule progressivement vers le fantastique, le politique dialogue avec le mythe, et le récit se transforme en une véritable méditation sur les fantômes du colonialisme et la violence de l'Histoire. Conceição fait confiance à l'intelligence du spectateur, ne surligne jamais son propos et préfère la puissance des images aux discours explicatifs. Son cinéma est à la fois sensoriel, politique et profondément habité. J'ai eu le sentiment d'assister à la naissance d'un futur grand auteur. Si son nom est encore relativement confidentiel, il ne le restera probablement pas longtemps, et on le retrouvera forcément à Cannes ou à Venise dans les prochaines années. TOMMY GUNS est un film exigeant, déroutant par moments, mais d'une richesse exceptionnelle. Pour tous ceux qui pensent que le cinéma peut encore surprendre, inventer et bouleverser, ce film est un rendez-vous indispensable.
Tommy guns, « l’ovni de Carlos Conceiça », dixit Le Monde, a été mal noté par Télérama qui visiblement n’a rien compris au film. Grâce à des articles de presse tirés du bureau du colonel, il me semble, quant à moi, avoir percé le mystère des deux histoires qui se répondent : celle de ce sadique qui persécute ses troupes dans un décor qui pourrait être l’Angola post libération mais s’avère être la banlieue de Lisbonne, celle du même en 1974, un an avant l’indépendance, déjà sadique. Mais autant le dire, aucune assurance, et c’est tant pis : le réalisateur n’hésite pas à brouiller les pistes. J’ai été touché par l’horreur des massacres coloniaux, ai perçu la poésie que semble vouloir nous faire ressentir Carlos Conceiçao.
Tommy Guns confirme le talent singulier d'Carlos Conceição pour interroger les blessures de l'Histoire à travers un cinéma à la fois politique et profondément sensoriel. En prenant pour toile de fond les derniers mois de la guerre d'indépendance angolaise en 1974, le cinéaste livre une œuvre ambitieuse où le réalisme historique se mêle à une dimension presque fantomatique.
Alors que la domination portugaise s'effondre et que les mouvements indépendantistes prennent progressivement le contrôle du territoire, deux récits se répondent. Une jeune Angolaise découvre simultanément les premiers élans de l'amour et la brutalité de la guerre au contact d'un soldat portugais. En parallèle, un groupe de militaires, retranchés derrière un interminable mur, tente d'échapper à un passé qui ressurgit avec une force implacable. Entre chronique historique, fable politique et réflexion sur la mémoire coloniale, Tommy Guns construit un récit où le passé refuse obstinément de disparaître.
Le scénario impressionne par sa richesse symbolique. Carlos Conceição ne cherche pas à reconstituer la guerre sous un angle purement documentaire, mais préfère explorer les traumatismes qu'elle laisse derrière elle. La frontière entre réalité et allégorie s'estompe progressivement, faisant de chaque personnage le témoin d'une histoire collective marquée par la violence, la culpabilité et la quête de réparation.
João Luís Arrais livre une interprétation d'une grande intensité, incarnant toute l'ambivalence d'un soldat confronté à l'effondrement de ses certitudes. Anabela Moreira apporte une profondeur émotionnelle remarquable, tandis que Gustavo Sumpta impose une présence magnétique qui ancre le récit dans une réalité profondément humaine.
La mise en scène se distingue par une maîtrise formelle impressionnante. Carlos Conceição compose des images d'une grande puissance plastique, où les paysages angolais deviennent le théâtre d'une mémoire encore vivante. Les longs plans, les silences et les compositions visuelles donnent au film une dimension presque onirique, sans jamais atténuer la violence du contexte historique. Cette approche esthétique renforce la portée universelle du propos.
Au-delà de son évocation de la guerre d'indépendance, Tommy Guns interroge les conséquences durables du colonialisme, les mémoires opposées et la difficulté d'échapper aux fautes du passé. Le film refuse tout manichéisme et privilégie une réflexion complexe sur les responsabilités individuelles et collectives.
Puissant, audacieux et visuellement remarquable, Tommy Guns s'impose comme une œuvre de mémoire autant qu'un grand film de cinéma. Carlos Conceição signe une fresque historique d'une rare intensité, où l'ambition esthétique sert un propos profondément humaniste sur les cicatrices laissées par l'Histoire.
Le cinéma portugais est régulièrement hanté par son passé colonial. Dans Tommy Guns, censé se situer à la veille de l'indépendance de l'Angola, l'aspect réaliste du début et sa voie romanesque, ne sont qu'un leurre, à mesure qu'une allégorie prend le pas, brouillant les repères, dans une progression du récit de plus en plus resserrée et cependant sans cesse surprenante, dans le mélange des genres. Le réalisateur, Carlos Conceição, qui est d'ailleurs né en Angola, a aussi bien recours à l'absurde qu'au suspense et à l'érotisme, mais c'est bien sur le mode fantastique que le long métrage évolue, dans des situations qui rappellent étrangement des scènes vues dans des films consacrés à la Seconde Guerre mondiale ou au Vietnam. Le récit a beau parfois nous laisser cois, il reste presque toujours fascinant, s'adressant visiblement au Portugal d'aujourd'hui, y compris à ceux qui éprouvent une certaine nostalgie pour l'époque où la nation s'enorgueillissait de ses possessions ultramarines. Mais le film, avec la présence de spectres du passé et des guerres, résonne à la fois comme un avertissement universel et comme une culpabilité collective qui ne trouvera jamais son apaisement. Tous les niveaux de lecture de Tommy Guns, s'ils contribuent à une forme de difficulté de compréhension, participent à son extrême richesse thématique qui demanderait sans doute une deuxième vision.
Tommy Guns n'est pas facile à appréhender, tant nos repères spatio-temporels sont mis à mal avec un réalisateur qui joue avec nous. Véritable mélange de genres, le film est en permanence sur le fil qui sépare l'historique de la fiction. Intéressant.