Fonçant à vélo dans Paris, Souleymane, un livreur guinéen se retrouve plongé dans un perpétuel contre-la-montre , entre repas à livrer, risques du blogage d’un compte d’appli usurpé, il ne fait pas ses livraisons sous son nom mais sous celui d’un camerounais qui, en échange de l’utilisation de son compte, prélève 120 euros par semaine sur les sommes qu’il a gagnées , angoisse pour sa mère et sa fiancée restées au pays…Il lui reste 48 heures pour mémoriser la leçon apprise auprès d’un coach auto-proclamé, en vue de l’entretien décisif devant l’officier de l’OFPRA , entretien déterminant pour son avenir…Deux jours de la vie d’un clandestin , filmée de façon trépidante, au raz du bitume, au milieu du vacarme de la ville, d’un Paris ville étrangère où chaque artère chaque livraison, et chaque rencontre est potentiellement dangereuse. Après « Hope » et « Camille », films que j’avais beaucoup aimés, tous deux tournés en Afrique, Boris Lojkine livre un film engagé, qui place l’empathie au centre du récit. C’est un film remarquablement documenté, un film dans lequel Boris Lojkine apporte son talent de documentariste dans sa peinture du Paris des migrants, avec ses centres d’accueil, ses douches municipales, ses bus sociaux, ses rencontres avec des policiers peu amènes, enserré dans le Paris des parisiens, avec le métro, le RER, la circulation des automobiles et des deux roues…un Paris vu au travers des invisibles qui le sillonnent sans relâche…Au milieu de tout cela, Abou Sangare, impressionnant dans le rôle de Souleymane…alors qu’il n’est pas un professionnel, puisqu’il a été casté un peu par hasard, à Amiens, et dans l’histoire du cinéma, il est difficile de trouver des films dans lesquels l’interprète principal vit dans la vraie vie, au même moment, ce qu’il joue à l’écran. Présent dans presque tous les plans du film, il montre dans toutes les situations rencontrées de très grandes qualités de comédien…ce qui lui a permis de remporter le prix d’interprétation masculine au dernier festival de Cannes dans la section Un certain Regard, où le film à aussi reçu le prix du jury