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Emmanuel Lecomte
2 critiques
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5,0
Publiée le 27 décembre 2023
Un film magnifique en un seul plan séquence, une reconstitution et une restitution extraordinaire d'un monde disparu qui semblait vivre en vase clos..la musique émouvante, les cadrages, les mouvements de caméra, l'enchaînement de scènes pittoresques, les personnages attachants, le jeu des ombres et de la lumière, des champs et des contrechamps.. tout est magistral dans ce film. Un véritable tourbillon de vie au sein d'un shtetl en Ukraine avec ses relations coutumières et ses oppositions entre les plus religieux et les autres..dans l'oubli de la catastrophe qui allait bientôt rattraper ce petit monde.
Un film très profond rempli de références bibliques, historiques, politiques, linguistiques et pour moi, la découverte de la vie dans un shtetel en 41. Une grande poésie et en même temps la violence extrême des relations entre les hommes. Merci pour ce très beau moment.
Intelligente réflexion sur les engagements et les passions des humains sur fonds de massacre historique. Discuter de la Torah avec les nazis à cinquante mètres est d'une beauté tragique
Ce récit d'un jeune homme luttant contre tous les obscurantismes dépasse l'exercice de style (un unique et eblouissant plan-séquence). Une réussite du drame historique.
Film sombre qui décrit deux visions de la vie des populations juives des campagnes d'Ukraine à la fin des années 30 pendant la soviétisation de cette république. Une vision rigoriste et réfractaire au changement face à une vision "ouverte" à la société soviétique, prête à accepter le nouvel ordre stalinien. Avec en arrière plan, la menace de la guerre qui finira par se concrétiser avec le déclenchement de l'opération Barbarossa, montré en toute fin de film. Cette scène d'ailleurs n'est pas sans faire écho, involontairement, à l'actualité qui montre qu'une barbarie en a remplacé une autre. Des hommes en armes entrant dans un village avec pour seuls buts, le chaos, la terreur et la destruction.
Un tour de force (faux unique plan-séquence) suffit-il à faire un bon film ? Non, en soi, sauf s'il est mis au service d'un message, d'une émotion, d'un propos justes. C'est le cas ici : la continuité virtuose de la caméra permet de faire vivre l'idée d'une dernière journée, avant la catastrophe, en entremêlant les personnages, leurs discussions, leurs convictions, leurs amours contrariées, leurs rivalités... et leur destin finalement identique. Il faut s'accrocher pour suivre l'exégèse talmudique et les références bibliques, mais les comédiens sont extraordinaires de vérité (ce shettl vit sous nos yeux avant sa disparition) et l'histoire bouleversante, alors on tient bon, en respirant mal et en pensant à l'enfer réel qu'eux ont vécu.
Vu 2023/12/18, 17:00, Paris, MK2 Quai de Seine. 100% recommande ! Le côté N&B est très agréable esthétiquement. Le plan-séquence unique est très bien réalisé. Si un plan-séquence unique aussi long est une prouesse technique, la mémorisation des dialogues et répliques et les expressions faciales et gestuelles sont d'autres prouesses dignes d'admiration aussi. Songeons aux incomptables répétitions et essais qui ont dû être faits, ou les mille et une petites modifications qui ont surgi en cours de route. Les acteurs sont tous très bons et très "authentiques".
L'histoire, fictionnelle (mais sans doute inspiré de quelques histoires vraies), résume très bien ce qu'était la vie dans les shtetls ou villages juifs d'Europe de l'Est avant la Shoah par balles. D'un côté, des villageois excessivement attachés à leurs traditions comme fondement et raison unique de leur identité ; de l'autre, des gens du village qui ont "vu le monde" ou ont envie de le voir et qui donc, sans renoncer à leur identité profonde, veulent convaincre leurs coreligionnaires du bien fondé de ne plus se limiter aux seules traditions, car on peut tout à fait les avoir ET avoir/faire/être d'autres choses aussi. Cela est exprimé par les différents dialogues en langue yiddish que le personage principal a avec plein d'autres personages, et les réactions des différents groupes qui se créent et se dissolvent au gré de l'impact des opinions des uns ou des autres (seules quelques rares dialogues sont en russe ou ukrainien). Et l'on comprend que chacun peut interpréter la religion et la parole "révélée" comme ça lui chante et être tantôt plus, tantôt moins convaincant que quelqu'un d'autre aussi fortiche en religion.
Nous avons donc un shtetl ou village juif-type, où la vie est organisée et rythmée par les obligations qui découlent de l'observation des préceptes religieux. Il faut dire ici qu'historiquement les shtetls résultent à la fois du besoin des Juifs de se protéger des pogroms ou attaques racistes, et des mesures de discrimination des différents gouvernements qui empêchaient les Juifs de dépasser 5% du total de la population d'une quelconque ville ou village ; ce n'est pas du tout comme s'ils avaient voulu s'enfermer eux-mêmes dans des ghettos tellement tous les autres seraient infréquentables. Certains Juifs s'affranchissent presque totalement du poids écrasant de la religion, d'autres encore sont extrêmement rigoureux, et la grande majorité navigue entre les deux. Seulement l'un des personnages porte une croix (qui ne ressemble pas à une croix orthodoxe, mais passons), et il n'est pas clair si ce personnage chrétien habite dans un village 100% juif ou est juste un voisin quelqu'un qui vient fréquemment rendre visite à ses potes juifs. Tous ces personnages, très différents entre eux selon leurs approches et leurs personnalités, viennent contredire l'image unique que les médias nous donnent du monde juif européen d'avant la Shoah par balles comme celle d'un monde monolithique. Dans tout le film, il n'y a aucune tentative de faire croire à un quelconque monde idéal ou une quelconque prétendue supériorité morale des Juifs, ni aucun autre endoctrinement : chacun est contradictoire et humain, ça pourrait être n'importe quelle autre communauté d'humains n'importe où.
C'est une étrange et triste beauté qui se dégage de ce film et qui remplit bien des cases du cinématographiquement parfait, et c'est pourquoi je recommande à 100%.
"SHTTL" n'est pas seulement un film ; c'est une expérience cinématographique immersive, renforcée par une bande-originale éblouissante qui transcende le genre. Le réalisateur a audacieusement choisi de tourner ce film poignant en noir et blanc et en un seul plan-séquence, capturant les dernières 24 heures d'un shtetl ukrainien en 1941, juste avant l'invasion nazie. Ce choix artistique rend l'impact émotionnel du film d'autant plus puissant. Une réussite !
Film magnifique et très profond en yiddish, ukrainien et russe... analyse approfondie et subtile des dilemmes et contradictions agitant un shtetel d'Ukraine, entre tradition et modernité...
Un OVNI. Film magnifique qui évoque la vie d un petit village juif de Gallicie avant l invasion allemande . Cela tient à la fois du compte du théâtre. Pas forcément hyper réaliste mais une interprétation poétique de ce passé disparu. Une réalisation à couper le souffle. A voir d urgence. Il est dans très peu de salles.
Film fort bien réalisé et en plus c'est un premier film. Entièrement filmé en Ukraine, peu de temps avant l'invasion russe. Attention, le film est en couleur pour les flashbacks. Le très long plan-séquence, le film est presque un seul plan séquence, nous immerge dans ce village yiddish de façon inégalable. La communauté du village est consciente de vivre en accéléré une transition forcée, elle doit faire les choix qui en émanent. Excellents actrices et acteurs.
Un beau film, fort, porteur de questionnements (avec un héro tiraillé entre l'amour filial pour sa communauté d'origine et son désir de liberté), qui dépeint le yiddishland tel qu'il existait encore quelques heures avant la catastrophe, avec ses religieux, ses sionistes et ses communistes. Quelques lenteurs cependant, quelques moments un peu caricaturaux, et des acteurs donc il m'a semblé que le yiddish était un peu forcé.