Délicat et bien filmé, ce récit d'un difficile deuil est un premier long métrage prometteur, même si la lenteur de la première partie empêche d'entrer aisément dans le dispositif. Un petit bijou qui confirme la vitalité du cinéma japonais.
"La patience est une vertu pour certains et un facteur de mélancolie pour d’autres. Remarqué à la dernière édition du Festival des 3 Continents, Takuya Kato nous délivre une œuvre intimiste sur le couple au Japon. Sans être un mélodrame conventionnel sachant le sujet, maintes fois exploré et remanié, il y a de quoi se laisser prendre au petit jeu d’une résilience, symptomatique d’une société qui ne jure que par la bienséance. Ce film tombe astucieusement les masques des individus qui la peuplent et dont le premier réflexe est de dissimuler leurs sentiments."
"C’est au petit matin que la femme mariée se volatilise d’un appartement, où règne un climat hivernal et silencieux. La citadine étouffe dans cette atmosphère et saute dans le prochain train pour décompresser dans un glamping. De quoi nourrir et valider les inquiétudes d’un écosystème en péril, comme décrites dans Le mal n’existe pas de Ryusuke Hamaguchi. Ce lieu, par définition contre-nature, évoque la trahison et la chute programmée d’une femme qui est venue retrouver son amant, Kimura. Lorsque ce lien de réconfort lui est ôté, cela alimente une mélancolie qui l’empêche irrémédiablement de surmonter le deuil de son refuge et de son mariage. Commence alors un pèlerinage improvisé dans lequel elle se trouve confrontée à la réalité, celle qui ne la laissera quittera plus du regard."
"Ce sont dans les murmures et les silences qu’elle interroge les fondements de la bienséance, pour qu’elle puisse enfin se libérer de ses émotions refoulées. Ce qui empêche chaque personnage de s’exprimer pleinement vient alors du déni, entretenu avec suffisamment de complaisance qu’on finit par perdre le sens des responsabilités. La Mélancolie réunit les causes et conséquences d’un mariage désenchanté et les expose dans une vitrine sur une société japonaise en mal de communication. Sans juger ses personnages et en à peine 80 minutes, Takuya Kato réussit ainsi à redéfinir l’amour, dans toutes ses promesses et ses imperfections."
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Vu au Festival de Cabourg... C'est vrai que c'est un film sur le sentiment amoureux mais à la japonaise ! Content d'y retrouver Mugi Kadowaki que j'avais adoré dans Aristocrats - avec un rôle proche !
Je ne sais pas si je retournerai le voir cette semaine car je l'avais vu lors du Festival du Film Asiatique de Tours mais très ému par l'intelligence du portrait d'une jeune femme, bons souvenirs aussi de l'ambiance de Tokyo que le film donne à voir. Je le recommande !
Excellent film japonais, sorte de chaînon manquant entre Ryusuke Hamaguchi (pour l'étude des sentiments individuels) et Kôji Fukada (pour l'étude sociologique des sociétés humaines)
Complexe mais très émouvant, le film de KATO se pose comme un poétique témoignage sur le deuil et le secret, peut être un peu trop dans la retenue pour réussir à réellement impacter le spectateur correctement
Vu au festival des Vendanges du 7ème Art. Un bon film. Le personnage principal est certes très pudique dans ses émotions, ce qui pourrait nous conduire à avoir du mal à compatir avec cette sa situation. Mais il n'en est rien. Pourquoi ? Car les décors et la photographie contiennent toute la tristesse et l'ennui ressentis par cette jeune femme. Cela nous plonge alors dans son état d'esprit, cela nous permet de nous identifier. Des dialogues peu nombreux et relativement courts mais très subtiles et riches de sens. Un film qui explore plutôt bien la complexité des relations de couple, des relations humaines et de l'humain lui-même, en à peine 1h20.
Mon coup de coeur des Trois Continents : délicat, doux, élégant... Seuls les japonais savent filmer les émotions de manière aussi intelligente et subtile ! Un régal
Le choix de donner au film de Takeya Katô le titre de La Mélancolie va sans doute apparaître comme peu évidente à beaucoup de spectateurs qui trouveront, à juste titre, que celui-ci ne saurait résumer les états d'âme de son héroïne, après la mort de son amant. En même temps, comment résumer avec un seul mot les sentiments de la susdite ? Le film est proche du minimalisme pour conter une histoire de deuil et de vie conjugale pour sa principale protagoniste. Avec un adultère de contrastes, le récit est avant tout psychologique et très intime mais il n'est évidemment pas interdit d'y voir une réflexion sur la société japonaise dans son entièreté, au sein de laquelle la retenue dans les sentiments est censée faire partie des codes. Un peu lancinant et pas toujours captivant dans ses partis-pris narratifs, en dépit du talent de son actrice principale et de l'attachement qu'elle parvient à susciter, La Mélancolie ne cherche pas à s'extraire d'une certaine banalité du quotidien, y compris dans la vie de couple, mais réussit tout de même à maintenir un possible intérêt de par l'élégance de sa mise en scène et de tout ce qu'il incite à voir, au-delà de ses images. Ce n'est cependant pas l'assurance de trouver dans le film de quoi vraiment s'enflammer.
On pense à Bergman en voyant une des scènes finales de "La mélancolie", deuxième long-métrage d'un jeune réalisateur japonais, où le ton monte entre des époux obligés de mettre sur la table leurs infidélités. Pour le reste, le film repose essentiellement sur les épaules de Mugi Kadowaki, très convaincante dans le rôle d'une femme mariée qui doit affronter seule le deuil de son amant. Elégamment mise en scène, "La mélancolie" reste malgré tout à la surface de ce que le sujet permettait, en tous cas pour un spectateur occidental. On imagine que Naruse y aurait mis davantage d'intensité et Imamura plus de fureur, ce qui n'empêche pas le film d'exister et à des séquences "casse-gueules" d'être fort réussies (les confrontations avec le père, puis avec l'épouse du défunt).