Une fille nommée Lolly Madonna
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noodles2
noodles2

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4,5
Publiée le 3 mars 2026
Il est des films qui frappent comme une déflagration, laissant le spectateur sonné longtemps après le générique. Celui-ci appartient à cette catégorie rare. Œuvre surgie des marges, presque effacée de la mémoire collective, ignorée du grand public comme d’une partie de la critique, elle demeure un secret bien gardé du cinéma américain des années 70. Je l’ai découverte par un pur hasard, il y a quelques années, sans jamais en avoir entendu parler auparavant — et, fait plus troublant encore, sans même avoir entendu Jeff Bridges l’évoquer au détour d’une interview.

Le film est rude, âpre, d’une noirceur implacable. Il dépeint une Amérique périphérique, presque hors du temps — un « outback » rural où semblent survivre des figures archaïques, à la frontière de la sauvagerie. Les acteurs, tous remarquables, s’y fondent avec une telle justesse qu’on en viendrait à croire qu’ils sont nés dans cette poussière, façonnés par ces terres ingrates, véritables rednecks sortis du réel.

Le paradoxe du film tient dans la complexité de ses personnages : tantôt dégénérés d’un autre âge, tantôt traversés par d’inattendus éclats d’humanité. Ainsi cette scène bouleversante où Ed Lauter, après avoir commis l’irréparable, s’effondre en larmes devant une tombe — moment de grâce terrible, où la monstruosité laisse place à une détresse presque enfantine. Ou encore Rod Steiger, bloc de violence et de souffrance rentrée, capable d’abattre froidement ses chevaux et de battre son fils avec une brutalité insoutenable, mais dont un flash-back révèle l’amour profond qu’il portait aux siens avant que le drame ne le brise.

Face à eux, Jeff Bridges semble incarner une forme d’innocence relative. Son visage juvénile, presque angélique — qui n’est pas sans rappeler celui qu’il arbore dans Le Canardeur — apporte une nuance, une fragilité qui contraste avec la brutalité ambiante. Mais l’issue ne fait guère de doute : le récit avance inexorablement vers une tragédie aux accents shakespeariens.

Les filiations cinématographiques affleurent : on pense à Délivrance, aux Chiens de paille, ou encore au cinéma de Sam Peckinpah, avec sa violence sèche, ses ralentis et ses montages elliptiques. Il n’est d’ailleurs pas interdit de voir dans cette œuvre une influence souterraine sur Kevin Costner lorsqu’il réalisera, trente ans plus tard, la mini-série Hatfields & McCoys.

Deux vétérans du vieil Hollywood campent ici des patriarches taciturnes : Rod Steiger et Robert Ryan. Autour d’eux gravite une constellation de seconds rôles magnifiques — Ed Lauter, Randy Quaid, Gary Busey — sans oublier le jeune Jeff Bridges, alors à l’aube de sa carrière. Tous composent des personnages d’une vérité presque documentaire.

C’est un grand film, de ceux qui ne laissent pas indemne, qui continuent de hanter la mémoire longtemps après la projection. Une œuvre oubliée, certes, mais dont la puissance brute mériterait aujourd’hui une redécouverte — et, une sortie Blu-ray digne de ce nom.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 2 mars 2026
Il est des films qui frappent comme une déflagration, laissant le spectateur sonné longtemps après le générique. Celui-ci appartient à cette catégorie rare. Œuvre surgie des marges, presque effacée de la mémoire collective, ignorée du grand public comme d’une partie de la critique, elle demeure un secret bien gardé du cinéma américain des années 70. Je l’ai découverte par un pur hasard, il y a quelques années, sans jamais en avoir entendu parler auparavant — et, fait plus troublant encore, sans même avoir entendu Jeff Bridges l’évoquer au détour d’une interview.

Le film est rude, âpre, d’une noirceur implacable. Il dépeint une Amérique périphérique, presque hors du temps — un « outback » rural où semblent survivre des figures archaïques, à la frontière de la sauvagerie. Les acteurs, tous remarquables, s’y fondent avec une telle justesse qu’on en viendrait à croire qu’ils sont nés dans cette poussière, façonnés par ces terres ingrates, véritables rednecks sortis du réel.

Le paradoxe du film tient dans la complexité de ses personnages : tantôt dégénérés d’un autre âge, tantôt traversés par d’inattendus éclats d’humanité. Ainsi cette scène bouleversante où Ed Lauter, après avoir commis l’irréparable, s’effondre en larmes devant une tombe — moment de grâce terrible, où la monstruosité laisse place à une détresse presque enfantine. Ou encore Rod Steiger, bloc de violence et de souffrance rentrée, capable d’abattre froidement ses chevaux et de battre son fils avec une brutalité insoutenable, mais dont un flash-back révèle l’amour profond qu’il portait aux siens avant que le drame ne le brise.

Face à eux, Jeff Bridges semble incarner une forme d’innocence relative. Son visage juvénile, presque angélique — qui n’est pas sans rappeler celui qu’il arbore dans Le Canardeur — apporte une nuance, une fragilité qui contraste avec la brutalité ambiante. Mais l’issue ne fait guère de doute : le récit avance inexorablement vers une tragédie aux accents shakespeariens.

Les filiations cinématographiques affleurent : on pense à Délivrance, aux Chiens de paille, ou encore au cinéma de Sam Peckinpah, avec sa violence sèche, ses ralentis et ses montages elliptiques. Il n’est d’ailleurs pas interdit de voir dans cette œuvre une influence souterraine sur Kevin Costner lorsqu’il réalisera, trente ans plus tard, la mini-série Hatfields & McCoys.

Deux vétérans du vieil Hollywood campent ici des patriarches taciturnes : Rod Steiger et Robert Ryan. Autour d’eux gravite une constellation de seconds rôles magnifiques — Ed Lauter, Randy Quaid, Gary Busey — sans oublier le jeune Jeff Bridges, alors à l’aube de sa carrière. Tous composent des personnages d’une vérité presque documentaire.

C’est un grand film, de ceux qui ne laissent pas indemne, qui continuent de hanter la mémoire longtemps après la projection. Une œuvre oubliée, certes, mais dont la puissance brute mériterait aujourd’hui une redécouverte — et, une sortie Blu-ray digne de ce nom.
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