Partant d'un sujet simple, le réalisateur n'a pas pour but de faire un "film psychanalytique" mais bien de créer une ambiance, grâce à une mise en scène enlevée et dynamique, car c'est surtout celà le cinéma, ne nous y trompons pas. Michel Spinosa traite son sujet avec une finesse inouie là où le film aurait pu basculer dans le film de genre (je pense à la scène dans la chambre d'hôtel notamment). Car c'est bien là la force de la mise en scène : brouiller les pistes. Nous sommes entraînés, contre notre gré il est vrai, mais c'est là que le résultat est plus fort, dans l'esprit d'Anna, jeune restauratrice de livres à la BNF et dont la restauration du Cantique des Cantiques constituera une "illumination", le point de départ d'un cycle qui débouchera dur la perte et le renouveau.
Nous voilà donc engagés dans les déambulations fantasmatiques et lunaires de la jeune-femme, femme-enfant remarquablement incarnée (le mot prend là tout son sens) par Isabelle carré, on peut même se demander à quel point la folie ne peut pas prendre le dessus tant l'actrice est "borderline". C'est avant tout le spectateur qui est illuminé (première phase de l'érotomanie), illuminé par la recherche constante de la lumière dans un monde ténébreux (en celà, chaque plan comporte une lampe ou bougie, tel le symbole de la raison entretenue et de la poursuite d'un destin inaliénable.
Le film est noir et percutant, voire étouffant, ne nous y trompons pas, Michel Spinosa faisant appel à de nombreux procédés dignes de films de série B d'horreur et à une photographie magnifiquement baroque (il le revendique). Toutefois, c'est de ce cadre même, telle une peinture vivante, que le réalisateur fait ressortir toute la lumière d'humanité de notre personnage principal, si peu attachante qu'elle puisse être de prime abord, et nous invite à la contemplation de son épanouissement, malgré les épreuves qu'elle endure, et ce jusqu'à une fin troublante symbolisant l'acceptation ... suite sur mon blog.