Chaque fois que je revois Françoise Fabian, j'ai un souvenir presque ému qui me revient en tête : celui d'un petit papy du quartier qui nous disait souvent "ah les môme, z'y connaissez rien aux femmes, c'est bien normal, z'êtes encore trop jeunes, mais j'peux vous l'dire, Françoise, c'est d'la gonzesse, la tête bien faite et bien remplie, du caractère et de la classe bien française". Digression accomplie, venons-en aux faits. J'ai toujours eu du mal avec ces films d'époque. Je m'y suis souvent bien ennuyé. Peu nombreux sont ceux qui auront réussi à me cueillir. "Raphaël ou le débauché" n'a jamais été de ceux là. Ce qui m'a toujours gêné, ce n'est pas la mise en scène étrangement atone de Michel Deville, ni même une histoire qui passe pas mal de temps à essayer de combler les brèches. Ce qui m'a toujours gêné, ce sont ces dialogues. Parfois surécrits et ampoulés le reste du temps. On est loin de la détestable pédanterie d'un "Mademoiselle de Joncquières" par exemple, mais quand même, ça fait mal aux oreilles. Toujours cette sempiternelle erreur que de croire que même dans l'aristocratie du XIXe, on pouvait converser de la sorte sans jamais s'interrompre. Que des cuistres ou des auteurs voulant faire bon genre puissent commettre ce genre de grossière erreur, c'est une chose, mais venant de quelqu'un comme Nina Companeez, c'est inexplicable. Des dialogues en pareil décalage avec le réel sont la méthode parfaite pour faire déjouer même les bons acteurs. On n'a jamais vu Ronet et Fabian jouer aussi faux. Aucune de leurs répliques n'est naturelle. Par ricochet, leur duo, pourtant quasi royal sur le papier, ne fonctionne pas. Leur talent respectif fut bien mieux servi ailleurs.