La patte d’Henri Georges Clouzot, scénariste, marque fortement ce whodunit inspiré des « Dix petits nègres » d’Agatha Christie. Clouzot avec cet exercice de style se rode pour sa première réalisation qui viendra un an plus tard avec « L’assassin habite au 21 ». Bien sûr le film semble un peu daté dans les rapports artificiels qu’il instaure entre les personnages . Mais il reste toujours l'immense plaisir de revoir des acteurs hauts en couleur comme Pierre Fresnay, Suzy Delair ou André Luguet. L’intrigue est parfois tirée par les cheveux et il faut un peu d’indulgence pour admettre certaines ficelles même si l’idée de disperser six oisifs autour du monde pour faire fortune permet de faire vagabonder les esprits voyageurs. Le retour de chacun est entouré d’un mystère qui pourra être apprécié différement de chacun selon qu'il est plus ou moins cartésien. Les dialogues sont quelquefois sidérants comme cette phrase que l’on ne pourrait plus trouver dans un film de nos jours où un des six personnages se sentant menacé déclame avec le plus grand naturel : "Je ne sais pas si c'est l'habitude de vivre avec les nègres mais j'ai acquis là-bas une sorte d'instinct, comme une pré-science! ». Ce racisme décomplexé n’a plus cours aujourd’hui et l’on peut s’en féliciter même s’il faut refuser toute forme de censure. Pierre Fresnay apparaissant pour la première fois en commissaire Wenceslas Vorobeïtchik, montre ici un aspect de son jeu qui n’a pas souvent été mis en avant ; une certaine nonchalance teintée d’une ironie taquine du meilleur goût. Suzy Delair pour sa première apparition à l’écran dans un rôle sur mesure (elle est la compagne de Clouzot) fait preuve d’une gouaille qui deviendra sa marque de fabrique. André Luguet quant à lui, acteur un peu oublié, rappelle que sa classe naturelle et son abattage rendaient meilleurtous ceux qui avaient la chance de lui donner la réplique. Le whodunit est un compartiment du genre policier largement abandonné depuis les dernières adaptations cinématographiques d’Agatha Christie dans les années 80 par Sydney Lumet et Guy Hamilton, on peut le regretter car cela reste une des recettes les plus efficaces pour construire un suspense digne de ce nom. Un remake pourrait donc être envisagé avec bonheur.
Ce film tourné en 1940 est une avant-première pour "L'assassin habite au 21" de 1941 où on retrouvera Suzy Delair et Pierre Fresnay et où s'exprimera pleinement cette fois le talent de Clouzot. L'action est plus lente et le suspense moins grand, mais les dialogues sont savoureux et font qu'on regarde ce film avec plaisir.
Adapté de Steeman par Clouzot et réalisé par Lacombe, ce film connut un grand succès sous l'occupation, et finalement, Le dernier des six en y réfléchissant, est quand même un peu facile. A voir pour Suzy Delair et Pierre Fresnay.
Bon film de Lacombe bien inspiré ici qui doit remercier Clouzot pour l'adaptation du scénario et les acteurs en forme tels l'immense Fresnay et la belle Suzy Delair. Un des meilleurs de Lacombe.
Découverte totalement de ce film et vraiment content de l'avoir vu car c'est bien joué, c'est bien écrit, c'est bien réalisé et bien ça fait du bien comme quoi quand on fait simple sans excès ça peut être très bien et c'est souvent très bien.