Ce film est le deuxième volet du triptyque consacré par John Ford à la cavalerie américaine, après « Fort Apache » et avant « Rio Grande ».
On peut être agacé par le fait que le film participe à la mythologie de la naissance de la Nation des États-Unis et justifie la conquête de l'ouest du territoire américain au détriment des Indiens. Ford exalte la bravoure de ces soldats risquant leur vie au quotidien pour imposer la civilisation sur des territoires encore « sauvages ». Il faut cependant rappeler que le cas de John Ford est nettement plus complexe qu'il en a l'air et, surtout, que les accusations de racisme envers les Indiens sont totalement absurdes : l'amitié du réalisateur avec les tribus apaches est une réalité et il est un des premiers, bien avant « Little Big Man » d'Arthur Penn (que l'on met souvent sur le devant de la scène sur ce point), à faire des Indiens ses héros (« Les Cheyennes » en 1963).
Même dans « La charge héroïque », où les Indiens sont clairement une menace, l'amitié entre Nathan (John Wayne) et le vieux chef indien introduit une nuance et montre bien qu'il n'y a aucun mépris de la part du réalisateur. De même, pendant une des attaques des Indiens, Nathan demande à ses soldats de tirer au-dessus des têtes pour simplement repousser les assaillants en leur faisant peur.
Le titre français du film est assez hallucinant de bêtise puisqu'il met l'accent sur le spectaculaire alors que le titre original, « She Wore a Yellow Ribbon » (Elle portait un ruban jaune), met l'accent sur le quotidien. La fameuse charge doit occuper environ 10 minutes dans un film où l'essentiel est consacré à la vie quotidienne des soldats, soldats qui ne sont pas des supers héros (comme souvent dans le cinéma américain) mais des hommes simples et ordinaires.
John Wayne, vieilli de 20 ans pour le rôle, y incarne un capitaine à la veille de partir en retraite et qui doit s'acquitter d'une dangereuse, mais dérisoire et absurde mission, conduire l'épouse et la nièce du commandant, à travers des territoires hostiles, jusqu'à un relais de diligence. Les moments les plus beaux du film sont ceux qui insistent sur la faiblesse de son « héros » qui va régulièrement sur la tombe de sa femme pour lui parler comme si elle était vivante, qui sort de sa poche, un peu gêné, ses lunettes pour lire ce qui est écrit sur la montre que lui offre son régiment pour son départ (cette idée a été trouvée, par John Wayne, au moment même où Ford filmait la scène), qui perçoit dans la rivalité de ses deux lieutenants pour Olivia (Joanne Dru) les échos de sa propre jeunesse.
Enfin, et quoi qu'on puisse penser du reste, il serait difficile de nier le génie cinématographique de Ford. Perfection des cadrages (Monument Valley a rarement été aussi bien filmée), flamboyante irréalité des couleurs notamment du rouge des crépuscules, splendeur des travellings (pourtant rares dans ce film). Godard a pu dire « John Ford, c'est Dieu pour moi ». On comprend une fois de plus ici pourquoi.