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Yasujirô Rilke
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2,5
Publiée le 28 avril 2010
Après «Citizen Kane» (1941), «All about Eve» (1950) et avant «The Barefoot Contessa» (1954), Vincente Minnelli dresse, dans «The Bad and the Beautiful» (USA, 1952) le portrait d’une icône de l’industrie médiatique, en l’occurrence un producteur hollywoodien ambitieux (Jonathan Shields interprété par Kirk Douglas), par le biais des différents témoins qui l’ont côtoyé dans le passé. Par le truchement d’un vieil acolyte réalisateur, d’une ancienne compagne actrice et de l’écrivain qu’il invita à Hollywood, tous trois partageant une rancœur tenace à l’égard de Shields, le portrait de l’homme et du producteur s’esquisse progressivement. Derrière la bête de cinéma se cache la beauté d’un homme fragile, meurtri par la réputation de son défunt père, anciennement connue dans la profession du cinéma pour être sévère et détestable. Le procédé des flash-backs à répétition, outre de complexifier le fil narratif, permet de soutenir l’attention du spectateur. Renfermant trois films en un, «The Bad and the Beautiful», avec la belle-brochette d’acteurs, comme toujours chez Minnelli, en donne au spectateur pour son argent. Tout le film en donne pour son argent, jusqu’à la façon dont le cinéaste, derrière les travers hollywoodiens qu’il dénonce, dore la carrosserie du système des studios. Ce serait une déclaration d’amour à Arthur Freed, le producteur de ses grandes comédies musicales, qu’on ne s’étonnerait pas. «The Barefoot Contessa» de Joseph L. Mankiewicz brosse une image moins arrondie et moins galvanisée d’Hollywood. Il faut toutefois mentionner Kirk Douglas dont l’interprétation est d’une remarquable complétude. Tant dans sa voix, ses intonations et ses inflexions que dans ses gestes, Douglas éclaire le noir et blanc désaturé d’une présence éclatante. Qu’il n’ait pas eu l’Oscar du meilleur acteur auquel il était nommé, alors que son personnage apparaît en fondu avec la statuette dorée, est un triste coup du sort qu’il faut déjouer aujourd’hui en rendant justice à l’acteur.
Ce chef d'œuvre est sans conteste une des plus belles mises en abîme que le cinéma ait pu faire de lui-même, au coté de Boulevard du crépuscule et du Dernier nabab. Vincente Minnelli s’éloigne de ses comédies musicales habituelles pour y critique la politique des studios à l'âge d'or des années 50 tout en déclarant son amour au cinéma grâce à sa mise en scène pleine de poésie et à ses différents personnages campés par d’excellents acteurs qui sont tous eux-mêmes, à leur manière, des clichés de la magie hollywoodienne.
A la manière de Tous en scène, que Vincente Minnelli réalisera en suivant, Les ensorcelés offre une mise en abîme permanente et magique - ici, sur le mode mélodramatique. Si ce n'est qu'il est quelque fois trop bavard, le film ne souffre d'aucun défaut. En 2h00, Minnelli explore son milieu et livre aux novices spectateurs les gloires et misères d'un producteur sous l'ère hollywoodienne. La mise en scène est telle que l'aime le réalisateur fictif, personnage secondaire qui apparaît pour remettre Shields à sa place : sobre, "humble", elle ne fait que servir le film sans prendre la vedette. Le script de base, dense et brillant, offre une galerie de personnages sidérante. Heureux grâce à Jonathan Shields, puis desespérés à cause de lui, les trois protagonistes se retrouvent dans la même situation que les spectateurs, c'est-à-dire dans l'impossibilité de juger cet homme, charismatique et détestable, enviable ou pitoyable. Le titre original parle de Shields (Bad and Beautiful), le titre français évoque les trois autres personnages suspendus au téléphone lors du dénouement. Pour donner vie à ses personnages pleins d'humanité, de contradictions, Minnelli opte pour Kirk Douglas, Lana Turner, Walter Pidgeon et Dick Powell - bons choix, c'est le moins qu'on puisse dire. Douglas frôle l'oscar du meilleur rôle la même année pour ce rôle, pas étonnant. Il joue sans retenue et avec brio son personnage extraverti et sans scrupule.
Même si comparé à un chef d'oeuvre absolu sur le monde du cinéma comme «Boulevard du crepuscule», il fait pâle figure ce film mérite quand même d'être vu. «Les Ensorcelés» souffre peut être du fait que Vincente Minelli n'est pas un cinéaste réaliste. Sa vision de la pauvreté par exemple est très idyllique et la scène de l'accident de voiture est plus fantasmagorique que réaliste. Mais justement le point faible du film est peut être aussi son point fort car Vincente Minelli est avant tout un cinéaste visuel et il faut reconnaître que la scène précedemment citée est réalisé de telle façon qu'on est pas près de l'oublier. Je disais donc que au niveau visuel ce film est une très grande réussite. Le scénario qui s'inspire de la vie de David O'Selznick, de Val Newton ou encore qui évoque celle de John Barrymore en est une aussi car il est non seulement très cruel mais aussi très élégamment écrit. Et puis, le réalisateur montre aussi qu'il est un très brillant directeur d'acteurs comme le prouvent les interprétations de Dick Powell et de Kirk Douglas, tous deux remarquables, et surtout celle de Lana Turner prodigieuse. Un classique.
Quel merveilleux film ! Des personnages denses, tour à tour attachants et détestables, un Kirk Douglas formidable d'ambiguïté et d'expression, une mise en scène originale et prenante. Tout y est pour s'immerger 2 heures durant dans l'univers de ce film intense qu'on voudrait faire durer bien plus longtemps.
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5,0
Publiée le 23 juillet 2010
Fascinant jeu de miroirs dans lequel les personnages semblent se rèpondre! On ne saurait enfermer Vincente Minnelli dans la comèdie musicale! il a tournè aussi des drames puissants tel que "The Bad and the Beautiful", turbulent et très violent dyptique sur le monde du cinèma, dont le soin apportè au dècor est typique de la dèmarche du cinèaste! La mise en scène est prècise, efficace et souvent audacieuse! L'interprètation est grandiose, de Kirk Douglas en producteur sans scrupules à Lana Turner en actrice fragile malmenèe par les hommes! Et puis comment oublier cette scène au lyrisme superbe, d'une Lana Turner èperdue et fuyant au volant d'une voiture, sur les routes escarpèes de Malibu! Trahison, dèchèance et manipulation sont au centre de ce chef d'oeuvre virtuose qui remporta pas moins de cinq Oscars à Hollywood (actrice dans un second rôle pour Gloria Grahame, scènario, direction artistique, photographie et costumes) dont sa folle sensibilitè donne au sujet un mèlange subtil de charisme et d’ambition! Un joyau...
Il faut avoir vu Les Ensorcelés pour comprendre le génie de Vicente Minelli. Comment ne pas croire que ce réalisateur voue un amour sans borne pour ses acteurs? Kirk Douglas signe là son meilleur film. Son interprétation est tout bonnement exceptionnelle. Lui d'ordinaire, si "carré", si "hollywoodien", exprime ici toute sa force. Comment ne pas frémir encore en repensant à la scène de la rupture avec Lana Turner? Nul doute que Kubrick s'en est souvenu quand il l'a dirigé dans "Spartacus". Près de lui, Lana Turner montre encore toute l'étendue de son talent, loin de l'image figée des blondes hollywoodiennes. Avec le "Facteur sonne toujours deux fois", elle signe là son meilleur rôle. Minelli n'a plus qu'à faire tourner sa caméra... Moteur!
"Les Ensorcelés" où comment un scénario ingénieux doublé d'une mise en scène magique parviennent à tutoyer par instants, le sublime. Il s'agit d'une oeuvre sur le cinéma, engagée, sans concessions, et malgré quelques clichés inévitables, intéressante et réaliste. Le paradoxe, c'est qu'il s'agit d'un film Hollywoodien de l'âge d'or qui le (et se ?) critique ouvertement. C'est dans cet aspect qu'il trouve toute sa force et sa puissance, et parvient à troubler véritablement le spectateur, au point de lui faire se poser la question de savoir où est-il réellement ? Tout cela, Minnelli l'acquiert sans dérouter au point de perdre. Mais le duo principal reste Kirk Douglas-Lana Turner et tous deux livrent une performance époustouflante, dans un rôle proche de la vraie vie. Ils sont imposants et il est admirable de les voir prendre tant de recul sur le métier. De plus, la gloire n'est pas toujours au rendez-vous et on peut les retrouver par la suite déchus, loin de leur ancestrale apogée. Pourtant, malgré tous ces éléments originaux, "les Ensorcelés" ne m'a pas entièrement convaincu. On peut également l'interpréter de manière très négative en disant que la première partie ressemble à n'importe quel banal making-of actuel et que la deuxième n'est qu'un condensé de déjà-vu dans l'évocation des producteurs Hollywoodiens, avec leurs propos que l'on peut deviner une demie-heure à l'avance. Il y a également un classicisme certain dans la mise en scène, même si les cadrages et travellings sont extraordinaires techniquement. Ce que je veux dire, c'est qu'en dehors de la voix-off, il y a toujours cette musique orchestrale, cette photographie marquée annés 50, ces baisers filmés comme d'ordinaire... Quelque part entre ces deux extrêmes se situe cette oeuvre adulée et reconnue mondialement, qu'il faut voir pour sa culture ciné et surtout pour se forger sa propre opinion.