Sorti en 2003, le troisième volet de la franchise marque une rupture de filiation. Keenen Ivory Wayans, réalisateur des deux premiers films, n'est plus là. C'est David Zucker qui prend les rênes et son nom mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il porte à lui seul toute la promesse et tout le paradoxe du film. Zucker est l'un des "co-inventeurs" du genre, au sens le plus littéral : avec son frère Jerry et Jim Abrahams, il a signé Airplane! en 1980, le film qui a défini la grammaire de la parodie cinématographique américaine. Qu'il revienne au genre en 2003 avec ce matériau pourrait être une sorte de renaissance. C'est en réalité dramatique. Anna Faris reprend son rôle de Cindy Campbell dans une intrigue aussi fantoche que dans les volets précédents (cercles dans les champs, cassette vidéo maudite, enfant aux pouvoirs psychiques, signal extraterrestre), et les cibles ont changé de génération : Signs de Shyamalan, The Ring, The Matrix, 8 Mile, The Sixth Sense.
Pour mesurer ce que Scary Movie 3 rate, il faut d'abord mesurer ce qu'il parodie. Signs de Shyamalan est une œuvre construite sur une grammaire du retardement : les silences durent une seconde de trop, les scènes d'attente sont portées jusqu'à l'insupportable, la tension naît non de l'action mais de son absence savamment orchestrée. La durée est le sujet. Un regard satirique véritable sur Signs s'emparerait précisément de cela. Il pousserait la pause shyamalanienne à sa limite comique, il ferait du silence lui-même la blague, il montrerait comment le film extorque l'angoisse par la simple dilatation du temps. Scary Movie 3 place un cercle dans un champ avec une flèche et la mention "Attack here". C'est un gag de niveau un, une observation anecdotique sur le contenu du film, qui ne touche jamais à sa forme. Le même écart s'observe dans la séquence consacrée à 8 Mile. Chacun de ces gags et bien d'autres est une variation si minimale sur une scène originale que la déformation produit seulement un écho appauvri. Cependant, indéniablement, le génie de Zucker parvient à me faire rire à quelques instants.
Ce déficit de regard se lit directement dans les choix de mise en scène, et c'est là que les défauts deviennent particulièrement révélateurs. Zucker est un technicien du gag. Sa maîtrise du timing comique, du placement de caméra, de la construction d'une mécanique burlesque est réelle. Mais dans Scary Movie 3, cette maîtrise technique est mise au service d'une ambition qui lui est contraire : reproduire l'atmosphère visuelle des modèles pour que le spectateur les reconnaisse, non pour les exposer. Quand le film cite The Ring, il reprend la désaturation chromatique de Gore Verbinski, la texture granuleuse de l'image, les cadrages serrés sur les objets - parce que sans eux, la référence ne serait pas lisible. La mise en scène est donc entièrement au service de la citation, et non de son commentaire. C'est l'inverse exact de ce que faisait Wayans dans le premier Scary Movie, où chaque angle repris de Scream était délibérément gonflé jusqu'à l'absurde.
La gestion du casting obéit à la même logique de reconnaissance passive. Le film convoque une constellation de visages (Queen Latifah, George Carlin, Leslie Nielsen en président, Eddie Griffin, Macy Gray), et cet assemblage révèle une confusion fondamentale entre le prestige du nom et la valeur du gag. La présence d'un visage célèbre produit un rire de connivence immédiat mais cette chaleur est une émotion sans objet, une réaction qui ne s'appuie sur rien de construit. Seuls Jenny McCarthy et Pamela Anderson gagnent réellement leurs rires, dans la séquence pré-générique, parce qu'elles poussent la convention de la blonde inconsciente jusqu'à sa limite logique, jusqu'au point où elle se retourne sur elle-même et révèle son propre mécanisme. C'est-à-dire qu'elles font, brièvement, de la satire.
Alors, que nous dit ce film ? Il nous dit remarquablement que la parodie n'est pas un genre autonome. Elle est une relation entre un regard et son objet, entre une intelligence et les conventions qu'elle choisit de démonter. Quand le parodiste connaît vraiment ce qu'il attaque au point d'en maîtriser la forme autant que le contenu, quelque chose se produit à l'écran qui ressemble à un acte de pensée. Quand cette relation se relâche, quand la cible n'est plus qu'un réservoir de références à consommer, le film n'est plus une satire. Scary Movie 3 est ce miroir, juste bête. C'est dommage.