Certes, j'ai comme les autres fondu devant les divers masques de Môsieur Noiret, qui tel un cavalier noir sur son jeu d'échec, fait tourner les têtes des petits pions.
Les autres acteurs de ce huis clos savent se mettre au diapason avec des compositions fluides, charmantes, parfois ambigües (Anne Brochet, bluffante).
De plus, la mise en scène, l'ambiance, la musique, entretiennent un sentiment troublant, malsain sans l'être, toujours à la limite.
Ce pourrait être une réussite totale. Mais voilà, le scénario, en particulier la chute (bien qu'elle réserve à Noiret un énième numéro de bravoure) est quelque peu décevant. En effet, l'exposition, la montée du trouble, la tombée des masques, tout cela s'imbrique et fonctionne à merveille mais repose sur un dénouement qui ne soit pas aussi abracadabrant.
Personnellement, j'apprécie ce film, mais seulement si j'imagine une des 10 autres chutes potentielles qui aurait réhaussé son éclat au lieu de celle-ci qui l'affadit lourdement.
Le film de Claude Chabrol se construit comme une partie d'échecs durant laquelle les masques vont tomber tels des pions, poussant ainsi les différents protagonnistes à dévoiler peu à peu leur véritable nature. D'un côté, nous avons Robin Renucci dans le rôle d'un faux journaliste, qui a pour seul but de connaître la vérité sur la disparition de sa soeur. De l'autre côté, le merveilleux Philippe Noiret qui, sous les apparences d'un bourgeois bienveillant, se révèle être un sinistre animateur de télévision (Jacques Martin, Michel Drucker ?) dont la cupidité va le pousser aux pires crimes (personnage que nous pouvons facilement associer à l'image d'une société, qui ne vit à la fois que sur des apparences et que pour l'argent). Toutefois, les masques tombent tous dans un final inoubliable qui met en évidence tout le talent de comédien de Philippe Noiret. Dans ce film, Claude Chabrol s'attaque aussi avec toute la subtilité qui lui est propre au fort pouvoir suggestif de la télévision. En effet, cette dernière n'hésite pas à vendre cyniquement des programmes de merde qui s'appuient essentiellement sur un sentimentalisme de bas étage, malhonnête et indécent, dans le seul but de ramasser du fric, tout en veilant avec bienveillance à l'abrutissement général. C'est pourquoi, nous pouvons placer ce film parmi les meilleurs d'un cinéaste qui a su construire, tout au long de sa carrière, un ensemble fort cohérent (qui toutefois n'est pas exempt d'échecs ou de navets) marqué le plus souvent par des thèmes très forts.
Pourquoi j'ai trouvé ce film excellent? Tout d'abord les acteurs sont exquis, autant Noiret que Renucci. Deuxièmement, le mystère qui plane sur la famille prend un certain temps à se dévoiler, ce qui n'est pas pour gacher un suspense psychologique réjouissant. Enfin, les amateurs de Chabrol seront une nouvelle fois séduits par l'ambiance de ce film aux multiples visages...
Du grand Claude Chabrol. Une merveille ce film, une bouffée de bonheur ! Les acteurs s'amusent et le résultat est convaincant; Philippe Noiret atteint la quasi-perfection dans son rôle d'animateur-télé-hypocrite, Robin Renucci est littéralement fondant, Bernadette Lafont est parfaitement horripilante dans son rôle de masseuse et Anne Brochet s'en tire bien pour un rôle difficile à jouer. Une trame qui tient la route et un décor parfait viennent s'ajouter à un film hors du commun !