Comme souvent dans le cinéma ancien, simplicité, efficacité, jeu d’acteur, tout est hyper carré pour un résultat des plus enthousiasmants, et cette relecture du Voyage de Gulliver est franchement très réussi. Le film s’appuie déjà sur d’excellents interprètes, à commencer par Joel McCrea, très à l’aise en réalisateur soucieux d’authenticité et se plongeant donc, sans cynisme, dans les bas-fonds de la société pour son prochain film. Il est très crédible dans les différentes situations extrêmes que traverse son personnage et forme un duo charmant avec Veronika Lake. Si son personnage est plus classique, l’actrice est enthousiasmante, entre autres en gavroche ! On sent une vraie complicité avec McCrea et ça fait plaisir de voir l’actrice un peu distante de ses rôles de femmes fatales qui ont un peu occulté ses autres rôles. Autour de ce duo, une ribambelle de solides seconds rôles, mais je dois avouer que ce qui est le plus marquant c’est les clochards et autres taulards qui apparaissent dans le film. Des figurants, mais tous de vraies gueules comme on en fait plus, des trognes burinées et pas besoin de maquillage !
Côté intrigue, c’est l’efficacité au summum. 90 mn et tout est dit à travers une histoire sans aucun temps mort, pleine de rebondissements, avec ce qu’il faut d’humour, de sentiments et de tension, car oui, le héros ne traverse pas que des moments simples ! C’est virevoltant, et il y a même de l’action en mode cartoon ! J’ai vraiment beaucoup accroché à ce récit qui ne se prend pas les pieds dans le tapis de la satire facile comme un film contemporain l’aurait sûrement fait. C’est à la fois grandissant et divertissant, bref, ce que j’aime dans ce cinéma.
Visuellement rien à redire non plus. Dans un noir et blanc magnifié, le réalisateur signe une mise en scène extrêmement affutée. La course poursuite est vraiment marquante et c’est peut-être l’une des plus réussies et spectaculaires de son époque. Avec de petits riens le réalisateur crée tout de suite une émotion, un sentiment, ou un gag parfois, et c’est aussi enlevé que l’intrigue. Le tout dans des décors authentiques, avec comme je disais une figuration authentique. On croit aux différents environnements, avec une mention spéciale pour la soupe populaire qui sent presque le documentaire.
Pour ma part, rien à redire sur ce film cousu main par un Preston Sturges, souvent oublié et qui a pourtant réalisé un paquet de comédies pleines d’intelligence et de vitalité. Ca fait vraiment du bien de voir ça et je mets 5, car pour ma part il n’y a rien à remettre en question ici.