Après Frankenstein et Dracula, la Hammer ressort un nouveau monstre classique du bestiaire d’Universal avec cette "Malédiction des pharaons" (titre français ridicule et surtout incompréhensible au vu du "The Mummy" original !) qui nous offre une vision du mythe de la Momie. Le studio réunit, pour l’occasion, sa Dream Team avec Terence Fisher à la réalisation, Jimmy Sangster au scénario, Peter Cushing en héros pourfendeur et Christopher Lee en monstre… c'est-à-dire l’équipe responsable des réussites de "Frankenstein s’est échappé" et du "Cauchemar de Dracula". Il n’est, dès lors, guère surprenant que "La Malédiction des pharaons" soit du même acabit. On retrouve, en effet, cette ambiance élégante de l’Angleterre du 19e siècle, cette touche d’exotisme (l’Egypte à la place des Carpates), ce monstre étonnement humain et ses attaques impressionnantes (pour l’époque bien évidemment)… Certes, on se retrouve, sur le plan scénaristique, en territoire connu avec une intrigue assez classique de tombeau profané et de "malédiction". Pour autant, le film a le bon goût de multiplier les audaces (relatives) en cassant certains codes habituels. A titre d’exemple, le héros du film (extraordinaire Peter Cushing) n’est pas le chef d’expédition et n’est même pas convaincu, dans un premier temps, de l’existence d’une momie vengeresse. On est loin du héros hautain plein de certitude, courant à la rescousse de la veuve et de l'orphelin. Idem pour le méchant, qui n’est pas tant la Momie Kharis (campé par Christopher Lee qui parvient, une nouvelle fois, à faire ressentir toute la détresse de cette pauvre créature tiré de son sommeil contre sa volonté, avec, pour seules moyens d'expression, son regard et son immense corps désarticulé) mais bien le fanatique égyptien Mehemet Bey (George Pastell) qui parvient à être presque aussi effrayant que son monstre. Les personnages ne sont, donc, pas aussi prévisibles que prévus et ça fait plaisir. La mise en scène est, également, une réussite car, avec peu de moyens (ce qui se ressent parfois, à commencer par les scènes en Egypte qui font terriblement studio) Terence Fisher est parvenu à mettre en place une ambiance délicieusement gothique où la nuit est magnifiée, où les marais recèlent de sombres secrets et où la musique (signée Franz Reizenstein) prend une importance toute particulière. Quant au casting, il est, une fois de plus, très réussi même si la plupart des seconds rôles sont inconnus ou presque (Felix Aylmer en père ayant sombré dans la folie, Raymond Huntley en oncle bienveillant, Yvonne Fourneaux en ravissant pot de fleur ou encore Eddie Byrne en policier suspicieux). On ne dira jamais assez à quel point la Hammer était capable de trouver des gueules de cinéma qui, malheureusement, n’ont pas percé par la suite (à quelques exceptions près). Enfin, un mot sur le costume de la Momie, qui risquait fort de sombrer dans la redite (les bandelettes blanches ne sont pas forcément propice à l’imagination…) et qui s’avère formidablement effrayant par sa noirceur tellement pertinente lors des scènes de nuit. Tout n’est pas parfait dans "La Malédiction des pharaons", à commencer par certaines ficelles scénaristiques un peu grossières (
l’égyptien qui s’installe inopinément dans le coin alors que les archéologues commencent à mourir et qui n’est pas vraiment inquiété par la police, la femme du héros qui est la sosie bien opportun de l’amour passé de la Momie…)
et les défauts inhérents à toutes les productions Hammer qui ne brillent pas toujours par leur grande subtilité. Pour autant, j’ai trouvé que le film avait une vraie valeur ajoutée, due à la qualité de l’équipe réunie et qui nous offre certaines séquences très fortes (les assauts de la Momie qui aime casser les vitres, l’affrontement verbal entre Banning et Mehemet Bey sur l’influence mineur du Dieu vénéré par ce dernier…). Un petit bijou à l’ancienne, donc, pour peu qu’on soit sensible à ce genre de cinéma… "La nuit du loup-garou", sorti l’année suivante, ne sera pas aussi réussi…